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Verviers tente d’effacer trois ans de chaos

Les stigmates des inondations de la mi-juillet sont encore très visibles dans différentes parties de l'ancienne cité lainière. ©Valentin Bianchi / Hans Lucas

Entre le chantier de longue haleine que représente la reconstruction d'une ville en souffrance et les inondations de juillet, les Verviétois ont dû subir une longue crise politique.

L’histoire de Verviers vacille entre de la stupeur et de la stupéfaction. En trois ans, depuis les élections communales, les Verviétois en auront effectivement vu de toutes les couleurs. Et il y a sans doute de quoi se morfondre entre les déchirements politiques qui ont paralysé l’ancienne cité lainière pendant près d’une demi-mandature, l’absence de majorité politique pendant la crise du covid et le désastre des inondations de la mi-juillet qui met à mal la reconstruction d’une ville déjà très fragilisée sur le plan socio-économique.

Entre inondations et reconstruction

En se promenant dans le centre-ville ce mercredi matin, plusieurs images sautent aux yeux. Les séquelles des inondations sont évidemment encore très visibles avec ses planches en OSB qui interdisent l’accès à des magasins fermés, le matériel de formation de l’école technique Don Bosco ravagé par la Vesdre, ces trottoirs réparés à la hâte pour éviter qu’on se foule une cheville ou le lit de la Vesdre qui attend d’urgence son curage avant la prochaine crue.

"Au bout de la rue", explique Maxime Degey (MR), premier échevin en charge des travaux publics. "Les deux dernières entreprises actives dans le secteur de la laine à Verviers ont fortement été touchées par les inondations. Ce n’est même pas certain qu’elles arriveront à se relever."

"On doit avoir plus de logements qualitatifs si on veut faire revenir les habitants dans le centre-ville."
Maxime Degey (MR)
Premier échevin en charge des travaux publics

À côté du drame de juillet qui a pris huit vies ici et a endommagé plus de 4.000 habitations, 26 kilomètres de voiries et quatre écoles communales, Verviers se reconstruit. La stratégie politique tente depuis plusieurs années de répondre aux défis démographiques.

"De 60.000 habitants en 2011, Verviers en compte 55.000 aujourd’hui", regrette la bourgmestre Muriel Targnion (PS "indignés"). "On doit avoir plus de logements qualitatifs si on veut faire revenir les habitants dans le centre-ville. Cela passe par une redynamisation commerciale et une revalorisation de l’espace public", assure pour sa part Maxime Degey, qui pointe un terrain vague ou un ancien parking couvert destinés à accueillir du logement.

Impossible de citer tous les projets. On parle d’un hub pour l’incubation des entreprises au cœur de la ville, du futur chantier de rénovation du magnifique Grand théâtre que l’actuelle majorité politique a ressorti des tiroirs ou l’embellissement des espaces publics du cœur de la ville."Nous avons aussi le projet de regrouper un pôle muséal dans l’hôtel De Biolley. C’est un vieux dossier de dix ans. À l’angle de la rue, il y aura aussi 180 nouveaux logements", se réjouit Maxime Degey.

Le chantier du Grand Théâtre, fermé en 2014, pourrait prochainement débuter. La ville espère rouvrir le bâtiment dans 3 ans. ©Valentin Bianchi / Hans Lucas

Un chancre à ciel ouvert

Mais Verviers, ce sont aussi ces chantiers inachevés comme l’emblématique projet de centre commercial qui devait s’installer en bordure d’une artère commerciale. "C’est devenu un chancre urbain depuis 15 ans", regrette l’échevin.

"Verviers a trop souvent été oubliée par le passé par rapport à d’autres villes. On doit réussir à obtenir plus de moyens financiers à travers les fonds européens."
Muriel Targnion (PS "indignés")
Bourgmestre de Verviers

De l’autre côté du chancre, la rue Spintay a, elle, des allures de ville fantôme avec ses dizaines de maisons abandonnées depuis une dizaine d’années. "Elles doivent être rasées pour y reconstruire une centaine de logements." La bourgmestre promet de son côté que les choses vont rapidement bouger. "Ce ne sera plus un centre commercial. Le nouveau projet concentrera majoritairement de l’habitat de qualité." 

Entre défis urbanistiques liés à la fin de l'âge d'or pour Verviers et ceux apparus avec les inondations, l’urgence est là! "D’ici un an et demi à deux ans, l’ensemble des chantiers de rénovation de l’espace urbain seront terminés. Ils n’ont heureusement pas été abimés par les inondations", assure Muriel Targnion qui mise aussi sur la prochaine programmation des fonds européens Feder.

"Verviers a trop souvent été oubliée par le passé par rapport à d’autres villes. On doit réussir à obtenir plus de moyens financiers à travers les fonds européens. Nous allons rentrer un projet à la pointe en matière d’environnement et de mobilité."

La rue Spintay attend un avenir. Depuis 15 ans, elle a des allures de ville fantôme. ©Valentin Bianchi / Hans Lucas

Chaos politique

Voilà pour la situation socio-économique de Verviers. Elle n’est évidemment pas des plus optimales. L’histoire serait cependant incomplète sans relater le contexte politique qui fragilise la reconstruction et a handicapé le fonctionnement de la ville avant les inondations. Faisons simple! Tout explose le 29 juillet 2020 avec un communiqué du Parti socialiste. En quelques lignes, les instances du PS annoncent l’exclusion de Muriel Targnion.

Pour comprendre cette radiation du PS de la bourgmestre de Verviers, il faut remonter le fil de l’histoire avec les premières tensions au sein de la commune.  Cela faisait un mois que Muriel Targnion et ses soutiens de la majorité PS et MR cherchaient à retirer au socialiste Hasan Aydin la présidence du CPAS pour y installer une nouvelle alliance avec le cdH. Il s’en est ensuivi un déchirement interne au PS verviétois.

"Sur le plan opérationnel, si la majorité est en place et fonctionne bien, le fait d’avoir cinq partis différents rend la prise de décision plus lente."
Muriel Targnion

Le chaos politique vire à l’affrontement avec cette passe d’armes entre socialistes afin de tenter de priver Muriel Targnion de son mayorat. L’histoire est complexe, mêle les ambitions personnelles de certains et un esprit de rancœur.

En septembre 2020, une motion de méfiance mixte (collective et individuelle) était, par exemple, déposée par une coalition MR-cdH-et Nouveau Verviers et obtenait le départ de Muriel Targnion et son remplacement par Jean-François Istasse. Un mois plus tard, le conseil d’État suspendait la manœuvre et restaurait la majorité précédente avec Muriel Targnion à sa tête et Hasan Aydin à la présidence du CPAS.

Nouveau pacte de majorité

Il faudra finalement attendre cet été 2021 pour qu’un accord voie enfin le jour entre cinq partis pour reconstituer une majorité politique autour de Muriel Targnion. Est-ce pour autant la fin de la saga? Et bien non! Début août, c’est un nouveau coup de théâtre. Hasan Aydin, toujours président du CPAS jusqu’à l’arrivée de son remplaçant, dépose un recours au conseil d’État contre la nouvelle majorité.

On tient là probablement une partie du scénario pour la suite de la série télévisée House of Cards. "Ce recours de l’ancien président du CPAS contre le nouveau pacte de majorité reste un point d’interrogation. Cela crée aussi des incompréhensions. Cet ancien président du CPAS est membre du PS qui participe à notre majorité", tente de résumer Maxime Degey.

"Le fait de ne pas faire partie d’un parti permet d’agir plus rapidement et, surtout, sans devoir rendre des comptes, ni sans devoir suivre les ordres qui viennent de Bruxelles."
Muriel Targnion (PS "Indignés")
Bourgmestre de Verviers

Muriel Targnion ne cache pas la complexité de la situation. "Nous n’avons pas encore une stabilisation à 100% avec ce recours. Et sur le plan opérationnel, si la majorité est en place et fonctionne bien, le fait d’avoir cinq partis différents rend la prise de décision plus lente."

Redevenue bourgmestre sans être affiliée à un parti, Muriel Targnion tente aujourd’hui de positiver une situation qui est pourtant loin d’être idéale. "C’est beaucoup plus efficace. Le fait de ne pas faire partie d’un parti permet d’agir plus rapidement et, surtout, sans devoir rendre des comptes, ni sans devoir suivre les ordres qui viennent de Bruxelles. La gestion de Verviers se fait enfin dans l’intérêt des Verviétois et non dans l’intérêt du parti socialiste." Cela reste évidemment à voir…

Dans tout ce méli-mélo où l’actuelle majorité se résume en un savant dosage entre membres du PS "indignés" (proches de Muriel Targnion), élus du PS officiel et trois autres partis, il n’est pas certain que les Verviétois y comprennent encore quelque chose à la vie politique de leur cité.

Fin de vie politique

Quant à la bourgmestre Muriel Targnion, elle ne briguera pas un nouveau mandat. Isolée sur le plan politique depuis certaines prises de position dans le dossier Nethys ou lors de l’accueil chahuté de l’ex-secrétaire d’État Theo Francken (N-VA), et en guerre avec le président du PS, elle s’apprête à mettre un terme à sa carrière politique. "Je ne baisse pas les bras, mais je n’ai plus de plaisir dans le monde politique. Je ne veux plus me représenter en 2024."

Et bien malin celui qui peut prédire qui succèdera à Muriel Targnion !

Série | Villes et communes à mi-mandat

Le 14 octobre 2018 avaient lieu les élections communales. C'est le niveau de pouvoir le plus proche du citoyen, celui qui influence très concrètement la vie quotidienne des Belges.

Trois ans plus tard, alors que la législature est à mi-mandat (le prochain scrutin aura lieu le 13 octobre 2024), L'Echo a décidé de dresser le bilan de l'action politique dans quatre villes ou communes emblématiques:

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