analyse

Willy Borsus, l'homme fort du gouvernement Di Rupo

©BELGA

PS et MR se partagent les ministres-présidences. Mais, en Wallonie, le MR obtient les plus gros portefeuilles, tandis qu'ils reviennent au PS en Fédération Wallonie-Bruxelles. Décodage des rapports de force et des équilibres des castings ministériels.

De nouvelles têtes chez les femmes, des visages connus chez les hommes. Une prédominance masculine en Wallonie (5 hommes et 3 femmes), mais féminine à la Fédération (3 femmes et 2 hommes). Un jeu d'équilibre entre renouvellement et continuité. La présence de poids lourds. Et des rapports de force équilibrés entre les partis. Le casting ministériel pour la Région wallonne et la Fédération Wallonie-Bruxelles est connu. Et plusieurs enseignements peuvent être tirés.

Si Elio Di Rupo avait pris quasi toute la lumière lors de la présentation des accords de gouvernements en début de semaine, la répartition des portefeuilles rééquilibre le jeu en faveur du MR. Le PS prend, sans surprise, la ministre-présidence wallonne. Le MR sera chargé de piloter la Fédération. Mais Elio Di Rupo, comme Pierre-Yves Jeholet, n'auront pas de compétence particulière. Ils joueront le rôle d'arbitre de leur gouvernement.

Pour le libéral, il s'agit d'une promotion au goût un peu amer. Chantre de la disparition de la Fédération, il sera chargé d'en faire sa promotion, chose peu aisée à ce poste, certes institutionnellement significatif, mais peu visible. Il sera en outre chargé de gérer un exécutif dans lequel les socialistes sont le premier parti et gèrent le Budget et l'Enseignement. Autant dire l'essentiel du champ d'action de l'institution. Il sera par ailleurs à la tête d'un exécutif ne comptant que des personnalités sans expérience ministérielle, lui-même n'ayant jamais exercé de responsabilités à ce niveau.

Le MR en force en Wallonie

Mais, côté wallon, c'est le MR qui obtient le plus gros portefeuille. Le ministre-président sortant Willy Borsus sera à la tête d'un super-ministère (Economie, Commerce extérieur, Recherche et Innovation, Numérique, Aménagement du territoire, Agriculture) en plus d'être vice-président de l'exécutif. Il sera clairement l'homme fort du prochain gouvernement, n'en déplaise à Elio Di Rupo, sans compétence particulière à faire valoir, on l'a écrit.

Jean-Luc Crucke. ©BELGA

Les réformateurs tiendront également les cordons de la bourse, à charge de Jean-Luc Crucke de gérer les finances de la Région. Un rôle particulièrement important dans un contexte budgétaire compliqué. Lui, le chantre de l'équilibre budgétaire, devra assumer le déficit annoncé jusqu'au moins 2024. Borsus et Crucke en force, Jeholet gentiment écarté, la nomination suprise de Valérie Glatigny, ex-collaboratrice de Louis Michel: au MR, "il s'agit d'une construction très Charles Michel", résume Pascal Delwit. 

Le PS en transition

Avec l'Emploi (Morreale) et le Logement et les Pouvoirs locaux (Dermagne), le PS est dans son coeur de cible. Il devra assumer la réforme épineuse des APE. Et va tenter de marquer des points sur le logement, face à un PTB qui en a fait un cheval de bataille de premier ordre.

Et puis, il y a l'inoxydable Elio Di Rupo, 68 ans. "Là où des figures ministérielles socialistes importantes disparaissent (Demotte, Marcourt) au profit d'une génération intermédiaire (Dermagne, Désir, Morreale), Elio Di Rupo apparaît comme l'exception dans le casting socialiste. Cela ne donne pas une image de nouveauté, mais incarne une forme de stabilité qui peut rassurer, les partenaires sociaux notamment", analyse Pascal Delwit. Certains lui prêtent l'intention de n'effectuer qu'un demi-mandat.

Reste que ce choix pour la ministre-présidence clarifie le jeu tant pour le renouvellement de la présidence du PS qu'à la table au Fédéral. "Le chef de la négociation au Fédéral sera le futur président du PS", résume Pascal Delwit. La voie semble grande ouverte pour Paul Magnette.

Ecolo sur son terrain

Nollet (coprésident) et Henry (ministre), c'est un peu un retour dans le passé pour Ecolo. Il y a un contraste d'image entre le renouvellement que le PS semble assumer et le casting des verts.
Pascal Delwit
Politologue à l'ULB

Et Ecolo? Les verts obtiennent un gros portefeuille wallon avec le Climat, la Mobilité, les Infrastructures et l'Energie. C'est Philippe Henry, déjà ministre de 2006 à 2012, qui en prend la charge. C'est une surprise, on attendait plutôt Stéphane Hazée, mais le chef de file des verts au Parlement wallon ne sera pas ministre. Philippe Henry va devoir assumer le report du tarif prosumer et mener à bien les gros objectifs environnementaux présents dans l'accord de gouvernement.

Céline Tellier, fraîchement nommée à la tête d'Inter-Environnement Wallonie, incarne la "société civile" dans un gouvernement dont la genèse est passée par la fameuse note "coquelicot" PS-Ecolo. "Nollet (coprésident) et Henry (ministre), c'est un peu un retour dans le passé pour Ecolo. Il y a un contraste d'image entre le renouvellement que le PS semble assumer et le casting des verts", note Pascal Delwit. A la Fédération, Ecolo gèrera la Culture, la Petite enfance et les Médias, un portefeuille que les verts visaient et qu'ils ont obtenu.

On peut cependant s'interroger sur la durabilité de ce casting. Avec un Philippe Henry qui a laissé un souvenir pour le moins mitigé de son passage au gouvernement wallon et deux ministres inexpérimentées, Ecolo, pas arithmétiquement indispensable à cette tripartite, va-t-il tenir sur la longueur?

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