Willy Borsus (MR): "Si une réforme de l’État était la solution pour l'économie wallonne, cela se saurait"

©Dieter Telemans

Face à une crise qui se prolonge pour certaines entreprises, Willy Borsus (MR), ministre de l'Economie de la Région wallonne, va dégager de nouvelles aides, notamment pour le secteur aérien, lourdement touché. Sur le plan institutionnel, le ministre libéral plaide pour une réforme institutionnelle qui joue la carte de l'efficacité.

Willy Borsus, certains secteurs du monde de l’entreprise et l’Union des classes moyennes voient les bulles de 5 personnes comme une mesure trop restrictive aujourd’hui. Ces bulles freineraient la bonne marche de leurs activités. Faut-il tourner la page de la bulle?

Je constate que les mesures prises ont entraîné des résultats positifs. Le chiffre des contaminations est à la baisse contrairement à ce qu’on observe dans certains pays qui nous entourent. La Première ministre l’a dit. Nous allons passer d’une gestion de crise à une gestion du risque. On va aller vers une adaptation de la bulle. Personnellement, je plaide pour qu’on puisse permettre aux gens de se rendre à plus de deux dans les commerces. Je plaide aussi pour qu’on puisse élargir progressivement le nombre de personnes qui sont dans les commerces. Ce que disait l’UCM , c’est qu’on fasse en sorte qu’ils puissent retravailler.

"Je plaide pour qu’on puisse permettre aux gens de se rendre à plus de deux dans les commerces. Je plaide aussi pour qu’on puisse élargir progressivement le nombre de personnes qui sont dans les commerces."

Reconnaissez-vous qu’à l’heure actuelle, un commerçant puisse éprouver des difficultés à travailler correctement?

Il y a une forme de prudence de la part des consommateurs. La confiance n’est pas là. Les gens dépensent moins et vont moins dans les commerces.

La Wallonie a soutenu de nombreux secteurs économiques, des PME et des indépendants, depuis la crise. Une nouvelle aide forfaitaire de 3.500 euros sera prochainement disponible pour les secteurs qui sont encore touchés comme les agences de voyage, les entreprises de l’événementiel. Faudra-t-il aller plus loin encore?

Aujourd’hui, on doit réfléchir à de nouvelles mesures car il reste des secteurs qui expriment leur détresse et parfois leur détresse absolue. C’est notamment le cas de l’événementiel. Il n’y aura pratiquement plus d’événements jusqu’à la fin de l’année. Des secteurs comme les voyagistes, les autocaristes, les forains ou les traiteurs sont aussi toujours frappés par la crise. Je pense que pour toutes ces personnes, il faut une nouvelle disposition qui sera liée à la chute du chiffre d’affaires constatée pendant l’été.

Au-delà des 3.500 euros annoncés en juillet pour toutes ces personnes, il y aura donc une quatrième vague d’aides?

Oui, nous préparons une quatrième disposition.

On parle beaucoup de l’aide apportée aux plus petites entreprises et aux indépendants. Les grandes entreprises et les industriels souffrent également. Le gouvernement va-t-il aussi leur venir en aide?

Une mesure vient d’être prise afin de soutenir l’investissement dans les plus grandes entreprises. Je parle de l’investissement dans la recherche industrielle. Il y a aujourd’hui un taux d’intervention publique dans la recherche industrielle qui était fixé à 30% depuis 2015. Ce sont des subventions en recherche industrielle. On va augmenter ce taux à 50% dès ce début de mois de septembre. L’objectif derrière cette mesure est de soutenir l’investissement en recherche industrielle. Cela représentera une subvention supplémentaire de 6 millions dès 2020. Par ailleurs, nous devons aussi nous pencher sur un autre secteur en difficulté, celui de l’aéronautique. Cela représente 5.500 emplois directs en Wallonie. On y retrouve des grandes entreprises comme Safran, la Sonaca et des entreprises plus petites. L’ensemble de ce secteur est lourdement impacté. On a une crise qui remonte pour certains acteurs aux problèmes du Boeing 737 Max. Elle s’est par ailleurs amplifiée avec la crise actuelle. Aujourd’hui, les perspectives de relance de l’activité, selon les études, nous amènent à fin 2023, voire 2024 pour avoir une reprise d’activités comparables à celles de 2019.

"Nous devons aussi nous pencher sur un autre secteur en difficulté, celui de l’aéronautique."

Comment comptez-vous aider toutes ces entreprises aéronautiques?

Avec les entreprises concernées et les centres de recherche comme le Cenaero ou Materia Nova, nous allons lancer un partenariat d’innovation technologique. On va rassembler les entreprises et les centres de recherche. La Région wallonne va dégager un budget de 25 à 27 millions d’euros par an pour prendre en charge les coûts de recherche, qui seront mutualisés dans ce projet d’innovation technologique. On parle notamment des frais de personnel.

Mais toutes ces entreprises, que vont-elles faire ensemble?

Il y aura un fil conducteur principal : une aviation verte. Il s’agit de pousser la transition énergétique dans le monde de la motorisation, dans le monde de l’équipement et de l’aviation. On a ici une mesure qui allège le payroll des entreprises concernées, qui rassemble les entreprises et un fil conducteur autour de la transition environnementale. L’idée, c’est de répondre aux difficultés de ces entreprises tout en profitant de cette situation pour en faire une opportunité.

Faudra-t-il aider éternellement les entreprises?

Non ! Jusqu’ici, on a géré des aides de crise face à une situation d’urgence. L’aide va être ciblée sur la relance. Le choix de l’avenir sera d’abord de cibler les leviers de la relance, que se soit en recherche, en innovation, en investissement. Ces aides seront donc ciblées. Avoir des aides qui sont un déclencheur d’investissements et qui permettent à des entreprises d’aller de l’avant, ce sont des aides de relance.

©Dieter Telemans

La Wallonie connaît un retard économique face à la Flandre. Une réforme de l’Etat peut-elle aider le sud du pays à rattraper ce retard?

Une réforme de l’Etat, c’est un moyen. Si une réforme de l’Etat était la solution pour l’économie wallonne, cela se saurait.

Mais dans le cadre d'un processus de relance, une réforme de l’État peut-elle apporter un plus à la Wallonie? Qu’en pense le ministre de l’Économie?

Je fais le choix de l’efficacité. Ce en quoi je me reconnais totalement dans le message porté par le MR. Objectivons ce qu'il est pertinent de gérer au niveau régional et de gérer au niveau fédéral. Veillons, entre francophones, à pouvoir revisiter l’espace francophone. Au niveau francophone, la première réflexion à avoir est de se demander comment avoir des institutions qui soient plus simples.

"Au niveau francophone, la première réflexion à avoir est de se demander comment avoir des institutions qui soient plus simples."

Vous ne dites donc pas non à une réforme de l’État…

On est au cœur de la crise, dans une situation économique qui n’a pas de précédent depuis 1929. Ce n’est donc pas lorsqu’on est au cœur d’une situation d’urgence, ce n’est pas lorsque la maison brûle qu’on doit se demander comment on va refonder l’ensemble de son environnement. Il y a une situation d’urgence à gérer. Réfléchissons donc posément à l’échéance de 2024, à la façon de rendre nos institutions, la maison Belgique, plus efficaces.

Au préalable à toute réforme en 2024, il faudra ouvrir à la révision une série d’articles de la Constitution. Il faut donc avancer déjà aujourd’hui si le monde politique belge veut lancer une réforme de l’Etat après 2024?

C’est clair que la déclaration de ces articles est un préalable incontournable. Il y a cependant des éléments de réforme qui ne passent pas nécessairement par la révision de la Constitution. Mais en toute hypothèse, je plaide pour que ce raisonnement soit amené de façon posée, de façon largement concertée avec les interlocuteurs économiques, la société civile,… Et avec une ligne de conduite: Comment peut-on rendre notre fonctionnement politique plus efficace et faire de notre fédéralisme un fédéralisme apaisé?

Mais un accord sur une réforme de l’Etat ne doit-il pas faire partie de l’accord du prochain gouvernement fédéral?

Ce serait une opportunité. Un accord de gouvernement est une opportunité. C’est l’occasion de mettre sur la table cette réflexion mais avec un fil conducteur qui est l’efficacité.

La Belgique saute d’une crise institutionnelle à l’autre. Le modèle ne semble plus fonctionner...

Je ne partage pas ce raisonnement qui est de dire que la Belgique ne fonctionne plus. J’invite à aller voir dans certains pays qui nous entourent les structures décentralisées. Confrontés à un choc inédit avec des investissements très volontaristes de la Première ministre et des différents niveaux de pouvoir, nous avons fait fonctionner la Belgique.

"Confrontés à un choc inédit avec des investissements très volontaristes de la Première ministre et des différents niveaux de pouvoir, nous avons fait fonctionner la Belgique."

Mais personne ne peut nier que cette nouvelle année de crise prouve que le modèle actuel coince…

C’est clair qu’on a un fédéralisme un peu particulier. Au lieu d’avoir X Régions, X "Länder", on a une situation particulière. Mais malgré cette situation particulière, la Belgique franchit l’obstacle. Cela ne doit pas nous empêcher de mener un exercice d’efficacité autour du fonctionnement de l’Etat.

Le MR joue la carte de la belgitude, vous soutenez cette image?

Notre parti joue la carte de l’efficacité.

Maintenant qu'on se dirige vers un gouvernement fédéral sans la N-VA, les relations entre la Wallonie et la Flandre (la N-VA fait partie de l'exécutif de la Région flamande) ne vont-elles pas être plus compliquées? Ne craignez-vous pas que la N-VA tire sur les partis francophones et la Wallonie?

Dans un État fédéral, il n'est pas anormal d'avoir des majorités différentes à différents niveaux de pouvoir. Mon attitude sera en tout cas de soutenir un fédéralisme de coopération et d'action.

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