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interview

Willy Borsus: "On fait parfois mieux de l'écologie sans les écolos"

©Dieter Telemans

Le ministre-président wallon a dégainé les chiffres pour défendre sa politique budgétaire. Mettant en avant les succès engendrés en matière d'investissements, Willy Borsus défend l'esprit de réforme de son gouvernement concernant l'environnement.

Ce midi-là, la Meuse est grise, la Meuse est assez triste, en contrebas d’une Citadelle qui, jusqu’il y a quelques jours encore, accueillait le festival des arts du cirque. On n’est pas là pour faire les clowns, on n’est pas là pour rire et ce jeudi, alors qu’il ferme la fenêtre de la petite salle à manger de l’Elysette, le ministre-président soupire.

"Franchement, c’était la manifestation de trop."

Il fait allusion au rassemblement organisé le matin-même (jeudi) au bord du fleuve par la FGTB en vue de protester contre la réforme des APE – réforme phare de cette coalition orange bleue. "Il n’y a aucune raison de manifester, cette réforme est juste, elle est mesurée, il n’y a aucun bain de sang social à craindre, rien. C’est vraiment une protestation politique de la part de la FGTB et c’est d’autant plus clair que les députés PS sont sortis de la session parlementaire pour aller manifester avec le syndicat. Les choses sont très claires. D’ailleurs, nous ne reculerons pas, la réforme va être approuvée par le Parlement."

Il n’a pas encore touché au sandwich jambon-fromage devant lui; entre deux sessions parlementaires consacrées au budget, Willy Borsus veut expliquer pourquoi, selon lui, la Wallonie a opéré "un virage historique".

"On a encore deux problèmes majeurs: primo, l’adéquation de nos formations par rapport aux besoins du marché du travail; et secundo, on a quand même encore un problème de mentalité."

Il y a trois éléments importants dans ce budget. "Primo, il n’entraîne aucune nouvelle taxation directe et allège même la fiscalité; secundo, de nouveaux soutiens ont été décidés comme les primes énergie et les primes logement; tertio, le retour à l’équilibre budgétaire un an plus tôt que prévu. Si on avait dit il y a quelques mois que la Région wallonne présenterait un budget à l’équilibre, personne ne l’aurait cru. Or c’est le cas aujourd’hui, et c’est un véritable équilibre. Je suis formel à 2000%. J’entends les mêmes critiques de l’opposition depuis un an, disant qu’on s’endette et que notre budget est construit sur du sable. Je suis confiant et début 2019, avec les chiffres consolidés, cette vérité sera connue de tous. Mais il n’y a pas de grand miracle, il faut le dire, nous avons été prudents et efficaces et surtout, nous avons réduit le train de vie de la Région. On a rationalisé les choses. Un exemple: en Région wallonne, il n’existait même pas de cadastre des propriétés de la Région. Les propriétés qu’on occupe, le non-bâti, les locations. On a consacré une énergie de dingue à construire un cadastre dynamique pour connaître notre parc et on a plus de 80.000 références. C’est stupéfiant qu’il ait fallu établir ce genre de choses."

"Un vrai renouveau"

"Je rappelle que nous héritons d’une dette qui dépasse 21 milliards d’euros, certains ont la mémoire courte en venant nous critiquer là-dessus."

On lui dit que la dette wallonne augmente et que ce n’est bon pour personne. Il réplique: "Le périmètre de la dette évolue effectivement mais il doit être mis en regard des réformes économiques et des investissements. Je rappelle que nous héritons d’une dette qui dépasse 21 milliards d’euros, certains ont la mémoire courte en venant nous critiquer là-dessus."

Il s’emballe et ponctue chacune de ses phrases en tapotant sur la table. "Il y a un vrai renouveau wallon, un vrai redéploiement, que ce soit économique, budgétaire ou en matière de gouvernance. C’est cela dont les gens ont besoin."

Sur l’emploi, le nombre de chômeurs wallons a diminué de 8% par rapport au mois d’octobre 2017. "En Région wallonne, on a 139.601 chômeurs complets indemnisés, c’est le taux le plus bas depuis neuf ans. Quarante mois de diminutions successives. À côté de ça, c’est vrai qu’on a aussi 30.000 emplois en pénurie et qu’on met l’accent là-dessus pour que ces emplois trouvent preneurs, c’est vital pour notre croissance." "Le rythme des réformes doit se poursuivre, les exportations wallonnes se portent également très bien: 8,4% de plus cette année par rapport à 2017. On a une dynamique économique wallonne qui est impressionnante, d’ailleurs, on le sent, partout où on va, à l’international, les gens nous regardent différemment, ils sentent que les choses sont en train de bouger."

©Dieter Telemans

On a un bleu qui rosit de plaisir. Il dit: "Encore un chiffre?"

On dit: Allez.

Il dit: "Les chiffres des investissements en Région wallonne fin octobre, cela représente 878 millions d’euros et 1.913 emplois alors que pour toute l’année 2017, on était à 682 millions. Et encore, pour cette année, je ne compte même pas les investissements d’Alibaba et de Thunder Power. 878 millions sur dix mois. Le mouvement à l’internationalisation de la Wallonie s’amplifie, que ce soit du côté des exportations ou des investissements chez nous. L’indice de confiance économique est au top. La Wallonie va de l’avant et on a des montants jamais atteints."

Il reprend: "J’ai cette conviction qui est qu’en cinq ans, nous pouvons prouver que la Wallonie a profondément changé."

On dit: ça induit donc de rester au pouvoir lors de la prochaine législature.

"Mais oui! C’est clair qu’on ne peut pas tout avoir changé en un an et demi. Mais je le dis en toute modestie: je n’ai jamais connu un gouvernement qui, en 22 mois, avait adopté autant de textes et de réformes. On a une équipe soudée et mue par l’urgence. Aujourd’hui, même le regard que pose la Flandre sur nous a changé. On accueille les Flamands avec enthousiasme, on a de l’espace et de la volonté. Qu’ils viennent. La Wallonie va mieux mais on reste en dessous de la Flandre; vous savez, la meilleure façon de répondre à un problème, c’est de poser un diagnostic clair et correct. Je ne vais pas noircir le tableau, quand on est lucide par rapport à sa situation, on se donne plus de chance de réussir. On est en train d’écrire ensemble ce tournant historique de la Wallonie".

Réformer la formation

©Dieter Telemans

Ce qui a souvent été pointé, c’est le déficit d’esprit d’entreprise chez les Wallons. "On a 300.000 indépendants en Wallonie, un chiffre jamais atteint. On a 1.000 étudiants entrepreneurs, c’est super. Des jeunes qui lancent des business, c’est vraiment formidable, cette dynamique positive. On a encore deux problèmes majeurs cependant: l’adéquation de nos formations par rapport aux besoins du marché du travail. On doit réformer la formation et notamment dans les carrières techniques et d’ingénieurs. Secundo, on a quand même encore un problème de mentalité. Nous les Wallons, on nourrit parfois nous-mêmes nos propres doutes et notre morosité. Allez, je prends l’exemple d’Alibaba à Liège. On entend maintenant des grincheux se plaindre et demander: est-ce que ce sera de vrais emplois, etc. Mais si on avait raté le coche et qu’Alibaba avait été à Lille, les mêmes se seraient plaint. On commet une erreur fondamentale en alimentant notre propre morosité. Il faut arrêter de raser les murs: que ce soit en biopharma ou en agroalimentaire, entre autres, on a des entreprises wallonnes qui sont leaders mondiaux. On doit davantage en prendre conscience et en être fiers. Soyons fiers de nos fleurons et en avant toute."

On ne voudrait pas doucher ce bel enthousiasme et/ou plomber l’ambiance mais le dossier Publifin est revenu comme une locomotive sur le devant de l’actualité cette semaine, lui fait-on remarquer. "J’ai dit que pour Publifin et Nethys, le mois de décembre était le mois de vérité. Je veux que toutes les décisions stratégiques puissent être prises à la mi-décembre sur l’avenir du groupe et nous ne reculerons pas là-dessus. Je rappelle que ce qui sera mis sur la table devra garantir l’emploi de toutes les personnes qui travaillent dans le groupe. Ensuite se posera la question du management."

"Le PS a piloté la Région wallonne pratiquement sans discontinuer depuis sa création. Résultat? En 2017, on avait 26% des Wallons au bord du seuil de pauvreté. Est-ce cela que les gens attendent? Non!"

On demande ce qui doit advenir du journal L’Avenir. Il dit: "Je suis très direct là-dessus. Je pense que L’Avenir doit sortir du groupe Nethys; les négociations doivent être menées, il y a une offre du groupe IPM sur la table, voyons s’il y en a d’autres. On est en plein débat de restructuration, donc je demande que des négociations soient menées et aboutissent avec des candidats repreneurs, que ce soit IPM ou un tiers."

Last but not least, le stratégo politique. Willy Borsus souligne: "Le choix est cardinal et il se dessine devant nous: estime-t-on que le passé était meilleur et veut-on remettre des gouvernements de gauche-toute et radicale et extrême au pouvoir ou poursuit-on le renouveau et le rétablissement de la Wallonie? Le choix doit être mis sur la table mais je suis confiant quant à notre capacité de convaincre et aux résultats de nos familles politiques. Ceux qui spéculent sur le fait que la majorité ne sera plus majoritaire font un calcul hâtif. Le PS a piloté la Région wallonne pratiquement sans discontinuer depuis sa création. Résultat? En 2017, on avait 26% des Wallons au bord du seuil de pauvreté. Est-ce cela que les gens attendent? Non! Tant sur l’économique que le social et l’environnemental, nous sommes à la pointe et nous changeons la Région."

L’environnemental, nous y voilà. On titille le ministre-président sur le (supposé) fait que les libéraux ne comprennent pas l’urgence environnementale.

Et il sort de ses gonds: "Rien n’est plus faux. Il suffit de voir tout ce que le gouvernement wallon a adopté comme mesures en la matière, ça va des zones de basses émissions à la transition énergétique en passant par la suppression des pesticides. En quinze mois de gouvernement, on a adopté davantage de mesures environnementales que durant tous les gouvernements où Ecolo siégeait. Mon gouvernement est foncièrement engagé dans la lutte contre le changement climatique et le tandem Crucke/Di Antonio est ultra volontariste en matière d’énergie et d’environnement. C’est remarquablement offensif. Des certificats verts jusqu’aux transports, quand on fera le bilan de ce gouvernement, on verra à quel point la dimension cadre de vie/climat/environnement a été primordiale."

©Dieter Telemans

Dès lors, glisse-t-on, a-t-on besoin d’Ecolo pour faire de l’écologie? La réponse fuse: "parfois, on fait même de la meilleure écologie sans eux. Je dois constater que quand on voit qu’Ecolo a perdu trois quarts de ses sièges en l’espace d’une législature, en passant de 14 à 4, c’est que l’action d’Ecolo pilotée par Jean-Marc Nollet avait été jugée sévèrement. Je ne me souviens pas d’un autre parti qui ait perdu trois quarts de ses sièges en une législature. On a une double démonstration: Ecolo, cela s’est mal passé quand il ont géré et à côté de cela, on voit toutes les mesures vertes que nous avons fait adopter sans eux. Il y a de toute façon toujours un élément de fiscalité dans ce que propose Ecolo, un prélèvement supplémentaire, et ça, nous n’en voulons pas. Mais il faut être très clair: la pollution de l’industrie, qui crée des situations dangereuses dans nos villes et nos villages, cela, nous ne l’acceptons pas. Le dérèglement climatique et la pollution atmosphérique, nous la prenons à bras-le-corps avec une totale détermination. Toutes les familles politiques doivent appréhender cette dimension. Il est fini le temps où on consommait la planète à pleines dents en pensant que les ressources étaient inépuisables et que l’impact humain ne détériorait pas le cadre de vie. C’était de l’insouciance humaine et politique que de penser cela. Les libéraux, en tout cas, en ont parfaitement conscience. Je vous l’assure."

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