interview

Yvon Englert, délégué Covid-19 en Wallonie: "Le point de mire est de fêter Noël 2021 dans des conditions normales"

Voilà ce qui anime, notamment, le "Monsieur Covid wallon": l'impression, et la volonté, d'être utile dans cette crise sans précédent.

La campagne belge de vaccination a débuté, symboliquement. Et passera la seconde début janvier. À quoi devrait ressembler 2021? Pourquoi certains choix ont-ils été posés? On fait le point avec le "Monsieur Covid" wallon.

Cette année, la trêve des confiseurs n'est pas au menu. Il court, il court, Yvon Englert. C'est la fonction qui veut cela: délégué général Covid-19 pour la Wallonie. "Je le savais en acceptant, sourit l'ancien recteur de l'ULB. Alors je ne vais pas m'en plaindre."

Ce lundi 28 décembre est à marquer d'une pierre blanche, signant le début de la vaccination belge contre le Covid-19. À petite échelle, puisque Pfizer a effectué une livraison symbolique d'un petit 10.000 doses en 2020. Symbolique toujours: la première injection a été effectuée de manière simultanée à Bruxelles, en Flandre et en Wallonie. C'est l'occasion de faire le point sur un processus pouvant éviter que 2021 ressemble à une redite de 2020.

Où en est-on, et que pouvons-nous attendre de 2021?

Pour l'heure, nous disposons d'un seul vaccin entièrement validé, celui de Pfizer. Utilisé ce lundi pour les premières vaccinations en Belgique. L'événement est historique, puisqu'il porte l'espoir qu'en 2021, nous puissions sortir de ce cauchemar. Les choses sérieuses débuteront le 5 janvier, avec le lancement de la vaccination massive dans les maisons de repos. Pour ce faire, Pfizer nous annonce une livraison de 175.500 doses le 4 janvier. Une seconde devrait suivre quinze jours plus tard; après quoi on table sur des arrivées hebdomadaires. La vaccination dans les maisons de repos devrait s'achever d'ici la fin février, même s'il n'est pas impossible que cela déborde légèrement sur mars. Tout cela si l'approvisionnement suit.

Entre-temps, d'autres vaccins pourraient être mis sur le marché.

Le plus avancé est celui de Moderna, déjà approuvé et utilisé aux États-Unis. Ce second vaccin pourrait être approuvé en Europe durant la première quinzaine de janvier. Un troisième ne devrait plus traîner non plus, celui d'AstraZeneca, même s'il n'a encore reçu de feu vert nulle part.

"L'objectif est d'atteindre une couverture de 70% d'ici la fin 2021. Voilà notre point de mire, que nous pensons réaliste: passer un Noël 2021 dans des conditions normales."

Pour quand peut-on espérer une sorte de retour à la normale?

Après les maisons de repos, on enchaînera avec la vaccination du personnel de santé et dans les institutions collectives. Et vers fin avril ou début mai, on devrait être à même de lancer la phase "1b", soit les plus de 65 ans, les personnes à risque entre 45 et 65 ans, ainsi que les métiers prioritaires. Si les livraisons suivent et que les vaccins sont approuvés dans les temps, tout cela nous mènerait jusqu'à la fin juillet. Où l'on se tournerait vers la population dans son ensemble. L'objectif étant d'atteindre une couverture de 70% d'ici la fin 2021. Voilà notre point de mire: passer un Noël 2021 dans des conditions normales.

Que pensez-vous de la proposition visant à secouer ce timing? Et vacciner le maximum de personnes avec une première dose, quitte à reporter la seconde injection?

L'idée est intéressante. Elle témoigne par ailleurs de l'intérêt pour le vaccin, ce qui constitue une bonne nouvelle. Cela étant, je ne me précipiterais pas sur cette hypothèse. Il convient d'en examiner toutes les facettes du point de vue de la santé publique. Que gagne-t-on et que perd-on à protéger moins bien davantage de gens? Parce que d'après les données disponibles, on remarque un effet protecteur dès la première dose - on parle d'une efficacité de 50%. Se pose aussi la question de la durée de cette protection. Cette piste n'est sûrement pas dangereuse; reste à prouver qu'il s'agit d'une meilleure idée. J'ajoute que plus l'on dispose de vaccins, plus cette hypothèse perd de sa pertinence. Nous avons jusqu'au 25 janvier environ pour nous prononcer.

"Cela permet de s'inscrire en faux par rapport à l'idée qui s'est propagée, voulant qu'en allant aussi vite, on ait transigé avec la sécurité. Ce n'est pas exact. Et ce que l'on connaît par ailleurs, c'est l'effet dévastateur du Covid. À ce stade-ci, le rapport coût/bénéfice de la vaccination est indiscutable."

Qu'ignore-t-on quant aux effets de la vaccination?

Il faut être clair: nous ne disposons pas du recul nécessaire concernant les effets rares engendrés par le vaccin. Mais c'est le cas pour tout autre médicament ou vaccin: il y a toujours une période durant laquelle il faut compléter les données. Par ailleurs, l'étude clinique menée pour le vaccin Pfizer, impliquant 40.000 personnes, est beaucoup plus large que ce qu'il est courant de faire. Ce qui permet de s'inscrire en faux par rapport à l'idée qui s'est propagée, voulant qu'en allant aussi vite, on ait transigé sur la sécurité. Ce n'est pas exact. Et ce que l'on connaît par ailleurs, c'est l'effet dévastateur du Covid. À ce stade-ci, le rapport coût/bénéfice de la vaccination est indiscutable.

On ne sait pas non plus si les personnes vaccinées pourront encore, ou non, être contagieuses.

Une personne vaccinée aura très peu de chances de tomber malade. Et si c'est le cas, ce sera une forme moins sévère de la maladie. Ce qui permettra, en quelques mois, de soulager le système hospitalier. Reste cette inconnue: si elle est protégée individuellement, une personne vaccinée peut-elle encore jouer un rôle dans la transmission du virus? Cela prendra encore quelques semaines pour trancher. Mais l'on disposera prochainement de la réponse, et celle-ci sera déterminante. Plus la protection sera forte, plus rapidement nous pourrons retrouver une vie normale.

Qu'en est-il des moins de seize ans?

Les vaccins ont été testés sur les plus de seize ans. Il n'existe donc aucune donnée, même s'il n'y a pas de raisons de penser qu'un danger particulier guette. Par ailleurs, les jeunes sont moins à risque et nous sommes encore à court de vaccins. Je ne vois aucun argument poussant à regretter le choix de ne pas vacciner les moins de seize ans. Différentes études sont néanmoins en cours, sur la frange des douze à dix-huit ans.

Plus la vaccination concernera de gens, plus il vous faudra emporter l'adhésion. Comment procéder?

La première chose est d'avoir confiance dans l'intelligence des gens, d'être transparent et d'expliquer les choses. C'est ce que nous faisons depuis des semaines, en marquant des points. Nous avons organisé de nombreux "webinaires" à destination de publics ciblés: journalistes, généralistes, maisons de repos, mutualités ou syndicats. Cela continuera en janvier avec les pharmacies, le personnel infirmier ou les kinés: autant de référents pour la population en termes de santé. Le but n'étant pas de convaincre, mais d'informer.

"Nous accorderons une attention particulière aux jeunes. À qui l'on n'a, jusqu'ici, pas suffisamment prêté attention. Que l'on a chargés de tous les maux, de manière abusive, alors qu'ils sont victimes de la crise, tout en présentant peu de risques de développer la maladie."

Et pour le grand public?

En janvier, nous commencerons à communiquer via les grands médias. Et accorderons une attention particulière aux jeunes. À qui l'on n'a, jusqu'ici, pas suffisamment prêté attention. Que l'on a parfois chargés de tous les maux, de manière abusive, alors qu'ils sont victimes de la crise, tout en présentant peu de risques de développer la maladie. Nous allons diffuser des messages via les réseaux sociaux, faire appel à des influenceurs et aimerions trouver le moyen de les impliquer dans l'élaboration du message.

L'Autorité de protection des données a critiqué le traitement des données liées à la vaccination. A-t-on été trop légers?

Disposer d'une base de données unique et centralisée était important en matière d'efficacité. Mais il existe un cadre juridique protégeant les données à caractère médical. Je prends toujours l'exemple des tests génétiques: il a été interdit de les utiliser dans le cadre des assurances, afin d'estimer les risques futurs. On n'a pas interdit les tests génétiques; on a délimité et protégé leur usage. Il en est de même des données liées à la vaccination.

Seulement, l'arrêté royal fixant les conditions d'accès à ces données est jugé trop flou, et n'a fait l'objet d'aucun débat.

Je suis favorable à un débat. C'est important, afin que la population puisse avoir entière confiance dans l'entièreté du système. Il n'est pas trop tard pour mener pareil débat.

"Une adhésion partagée et réfléchie est préférable d'un point de vue démocratique."

Pourquoi ne pas avoir rendu la vaccination obligatoire?

Cela s'inscrit dans la tendance actuelle. En Belgique, il n'y a plus que le vaccin contre la polio qui soit obligatoire, ce qui n'empêche pas que nous nous vaccinions très largement. Par ailleurs, il n'est pas encore établi si être vacciné empêchera de transmettre le virus. Dans ce contexte, il a été jugé préférable de compter sur la participation citoyenne. Oui, cela implique de dialoguer, de convaincre même. Ce qui peut constituer un obstacle à court terme mais s'avérera bénéfique à moyen terme. Une adhésion partagée et réfléchie est préférable d'un point de vue démocratique.

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