Borsus va remettre à plat l'ensemble des aides publiques

Invité à la première édition des "Midis de L'Echo", le ministre wallon de l'Économie Willy Borsus (à droite) a parlé d'une "rupture" à venir dans les aides de la Région au développement économique de la Wallonie. ©Anthony Dehez

Aides à l’emploi, aux entreprises,… Le ministre de l’Économie Willy Borsus annonce une remise à plat de l’ensemble des dépenses de la Wallonie.

La Wallonie est à la croisée des chemins. Entre une économie qui peine à décoller, un taux de chômage toujours inquiétant et une échéance 2024 qui se rapproche à grands pas et qui privera le sud du pays de près de 600 millions de financement à échéance 2035, la Région wallonne vit une nouvelle révolution. Celle de son redressement!

C’est dans le cadre bucolique du Cercle de Wallonie sur les hauteurs de Liège que L’Echo a confié ce vaste sujet à deux connaisseurs. Il y a Philippe Destatte, directeur de l’Institut Destrée et fin observateur du redressement wallon. À sa gauche, Willy Borsus, ministre libéral en charge de l’Économie et pilote du redressement.

Cruel constat

Rendez-vous les "midis de l’Echo"

"Les Midis de L’Echo", c’est un nouveau rendez-vous proposé par L’Echo en partenariat avec le Cercle de Wallonie. Toutes les six semaines, deux personnalités du monde économique se retrouveront face-à-face pour débattre d’un sujet d’actualité. Prochain rendez-vous à Liège le 24 janvier 2020 pour un duel entre Thomas Dermine (ex-Catch, Institut Emile Vandervelde) et Geert Noels (Econopolis) sur le sujet "Faut-il flandriser la Wallonie?"

Le décor serait cependant incomplet sans quelques chiffres qui permettent, aux entrepreneurs et hauts fonctionnaires venus écouter les hôtes ce mercredi midi, de bien comprendre l’état de l’économie en Wallonie. Dramaturge, Philippe Destatte pointe quelques indicateurs. "Pour certains économistes bienveillants, la Wallonie serait comme sur un cyclodrome en train de rouler à pleine vitesse à côté de la Flandre. La Wallonie a par contre deux tours de retard sur la Flandre. Mais on dit qu’elle finira bien par rattraper la Flandre. Pourtant, si je regarde les perspectives économiques régionales du Bureau du Plan ou de l’IWEPS (l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique), elles ne disent pas cela du tout. En 2017, la croissance économique de la Flandre, c’est 2%. Celle de la Wallonie, c’est 1,6%. Si je prends la croissance du PIB en volume sur une période 2011-2017, je vois que la Flandre est à 2% de moyenne et la Wallonie à 1,4% de moyenne. Donc, le cycliste wallon, il s’essouffle. Il faut cesser de se comparer à la Flandre. La situation dans des provinces comme Liège ou le Hainaut continue à s’éroder."

Casser la routine budgétaire

Ce qui va être mis sur la table va être en profonde rupture. Cela va secouer beaucoup.
Willy Borsus
Ministre de l’Économie

Conscient du défi, le ministre de l’Économie partage ce constat et rejoint encore Philippe Destatte sur un autre point: il y a des marges budgétaires à aller chercher pour relancer la Wallonie. Philippe Destatte parle de "500 millions à aller chercher dans les aides à l’emploi ou près de 2,5 milliards dans toute l’ingénierie d’appui aux entreprises qui n’échappent pas aux effets d’aubaine"…

Le plan de bataille du gouvernement ne dit pas autre chose. L’exécutif va ainsi valider ce jeudi un calendrier précis qui remet à plat toutes les dépenses de la Région wallonne. C’est le fameux budget Zéro! L’enjeu est crucial et vise à passer au crible l’ensemble des dépenses de la Région qui soutiennent les structures, l’innovation, la solidarité.

L’heure de la rupture

À l’heure où chaque dépense publique doit compter pour la relance, l’objectif de Willy Borsus est de parvenir à dégager des marges de manœuvre afin de soutenir les secteurs porteurs et les entreprises qui jouent un rôle moteur dans l’écosystème wallon. "Le soutien des pouvoirs publics doit s’inscrire dans la rupture. On ne peut pas continuer à être saupoudreur dans l’action publique régionale que ce soit en matière de recherche, d’innovation ou de l’investissement. Ce qui va être mis sur la table dès l’année prochaine va être en profonde rupture dans un certain nombre de leviers. Cela va secouer beaucoup. Il faut qu’on fasse le choix d’investir dans les secteurs les plus porteurs, de supprimer les effets d’aubaine, d’avoir des leviers très actifs dans la gestion de nos participations."

Pour justifier ce passage douloureux, Willy Borsus invoque l’urgence. "Par rapport à l’urgence de notre situation et l’échéance de 2024, on doit accélérer le rythme, on doit donner une autre dimension à cette volonté de reconstruire un certain nombre de choix à partir d’un exercice fondateur. On doit faire grandir la part du privé. Il faut qu’on ose cette rupture. Cela touche aux mécanismes d’aides à l’emploi, d’aides à l’entreprise. Cela touche à des structures qui se sont ajoutées au fil du temps. Vous serez impressionnés de voir l’ensemble des aides. Il est pertinent de faire le choix de ce qui est vraiment le levier déclencheur d’une transformation, d’une évolution. Je n’ai aucune vocation à être le cerbère de service mais le levier de croissance des entreprises."

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