Angela Merkel signe la fin de l'austérité

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La chancelière allemande Angela Merkel annonce plus de six milliards d’euros de baisses d’impôts, à un an des élections législatives.

Lorsque le navire risque de sombrer sur des hauts-fonds, mieux vaut parfois lâcher un peu de lest afin de retrouver le grand large. Pour assurer l’équilibre budgétaire des comptes publics, Wolfgang Schäuble se refusait depuis plusieurs années à assouplir sa politique fiscale. L’ancien dauphin d’Helmut Kohl a pourtant décidé, hier, d’accorder les plus importantes baisses d’impôts depuis son arrivée au ministère des Finances en 2009.

"La bonne situation budgétaire a un effet positif. Nous allons pouvoir mettre en œuvre un petit allégement fiscal, qui s’élèvera à six milliards d’euros en 2017 et 2018", a dit la chancelière Angela Merkel devant des industriels à Berlin.

Cet accord conclu entre les conservateurs de la CDU/CSU et leurs partenaires de coalition sociaux-démocrates du SPD prévoirait notamment, selon le quotidien Handelsblatt, une hausse de dix euros des allocations familiales versées aux foyers les plus modestes.

Un couple marié ayant deux enfants, avec des revenus cumulés de 5.000 euros, pourrait, quant à lui, bénéficier d’une baisse d’impôts de 137 euros.

Le texte pourrait être approuvé la semaine prochaine par le gouvernement allemand.

Une surprise

Cette réforme fiscale a surpris certains observateurs. "Personne ne s’attendait à une telle annonce, note Klaus-Peter Sick, chercheur au centre Max Bloch de Berlin. Lorsque j’ai appris cette nouvelle en écoutant la radio ce matin, je me suis dit: ‘Angela Merkel tombe dans le populisme pour répondre à la hausse de l’extrême droite. Quoi de plus simple, en effet, pour remonter dans les sondages que de diminuer les impôts? Cette décision est purement électoraliste.’

Huée par des manifestants lors des célébrations de la journée de l’Unité allemande qui se sont tenues lundi à Dresde, la chancelière a enregistré le mois dernier le pire résultat de son histoire pour des élections régionales à Berlin. Son parti est même arrivé, le 4 septembre, en troisième position lors du vote en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, le Land où se trouve la circonscription électorale d’Angela Merkel.

Lors des douze derniers mois, la CDU a perdu plus de huit points dans les sondages pour atteindre tout juste 32% des intentions de vote, selon l’institut TNS Emnid. Le parti populiste et islamophobe, AfD, ne cesse de lui grignoter des voix. À moins d’un an des prochaines élections fédérales, Angela Merkel se devait de réagir si elle souhaite remporter un quatrième mandat consécutif.

Soutien à la demande

Les baisses d’impôts annoncées hier devraient aussi calmer un peu les critiques formulées par la Commission européenne. Bruxelles et Washington demandent depuis plusieurs mois à Berlin de soutenir la demande intérieure afin de promouvoir les importations, de réduire les déséquilibres commerciaux entre pays et de relancer la croissance mondiale.

En 2016, l’Allemagne devrait afficher l’excédent de la balance des comptes courants le plus élevé au monde, passant devant la Chine, selon l’institut Ifo.

Le gouvernement fédéral a répondu à ces demandes en mettant en place l’an dernier un salaire minimum et en augmentant sensiblement les retraites. Une hausse des dépenses publiques en matière d’infrastructures et de défense a aussi été annoncée. La baisse d’impôt représente le "dernier étage" de cette fusée de la relance. Mais les coupes annoncées hier ne doivent pas non plus être exagérées.

"Ces mesures restent assez limitées, juge Henrik Uterwedde, le directeur adjoint de l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg. La plupart des baisses touchant notamment les plus modestes sont imposées par la Constitution. À onze mois des élections, la CDU et le SPD ont juste voulu faire un geste aux électeurs. Il aurait été très mauvais pour ces partis de ne rien annoncer."

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