Dijsselbloem ne démissionnera pas

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Jeroen Dijsselbloem est au centre d'une controverse depuis qu'il a tenu des propos jugés désobligeants envers les pays du Sud de l'Europe. Le président de l'Eurogroupe a présenté ses excuses, tout en précisant qu'il n'avait pas l'intention de démissionner.

Le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, mis en cause par les pays du Sud de l'Europe après avoir laissé entendre qu'ils dilapidaient leur argent en "schnaps" et en "femmes", "regrette" ses propos mais ne compte pas démissionner. "Si certains ont été offensés par la remarque, je le regrette", a déclaré le ministre néerlandais, qui préside l'Eurogroupe depuis 2013.

Pour rappel, Jeroen Dijsselbloem est au centre d'une controverse déclenchée par ses propos dans une interview au quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ). Dans cet entretien publié dans l'édition de lundi de la FAZ, il fait une comparaison entre les pays du sud de l'Europe ayant reçu une aide financière de l'UE et un individu qui dépenserait tout son argent "en alcool et en femmes".

"Durant la crise de l'euro, les pays du nord ont fait montre de solidarité avec les pays touchés par la crise. En tant que social-démocrate, j'accorde une importance exceptionnelle à la solidarité. Mais on a aussi des obligations. Je ne peux pas dépenser tout mon argent en 'schnaps' (ndlr, alcool fort) et en femmes et ensuite vous demander de l'aide. (...) Ce principe vaut aux niveaux personnel, local, national et même européen."
Jeroen Dijsselbloem
Dans son interview au FAZ

Réactions en chaîne et appels à la démission

Interpellé mardi au Parlement européen par un député espagnol, Jeroen Dijsselbloem avait refusé de s'excuser Mais ses propos et son attitude ont rapidement fait boule de neige. 

No, certainly not.

Dénonçant des propos "racistes, xénophobes et sexistes", le Portugal a réclamé mercredi sa démission. "L'Europe ne sera crédible que le jour où M. Dijsselbloem aura démissionné de la présidence de l'Eurogroupe et aura clairement présenté des excuses à tous les pays et à tous les peuples qu'il a profondément offensés", a dit le Premier ministre portugais Antonio Costa dont le pays, à l'instar de la Grèce, a dû en passer par un plan de renflouement financier.

En Espagne, dont le secteur bancaire a bénéficié d'un soutien financier, le député Esteban Gonzalez Pons a déploré "une insulte raciste et machiste aux pays du Sud et à leurs femmes". Lui aussi a réclamé la démission du Néerlandais.

L'ancien chef du gouvernement italien Matteo Renzi s'est également joint au concert d'appels à la démission, "le plus tôt possible". Selon l'Italien, "Jeroen Dijsselbloem a perdu une excellente occasion de se taire.(...) Il s'est laissé aller à des réflexions stupides, je ne trouve pas de meilleur terme, contre les pays du Sud à commencer par l'Italie et l'Espagne".

A Bruxelles, la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, a estimé qu'il avait commis une erreur. "Je peux dire que je n'aurais pas dit cela. Et je pense que c'est une erreur", a-t-elle dit mercredi lors d'une conférence de presse.

Un président de l'Eurogroupe fragilisé

Sur la défensive, le président de l'Eurogroupe a fait savoir par son porte-parole qu'il ne visait spécifiquement aucun pays ou groupe de pays mais que son message était adressé à l'ensemble des pays de la zone euro et tendait à expliquer qu'il ne peut y avoir de solidarité sans obligations. "Dijsselbloem n'a pas désigné un pays ou un groupe de pays. Son message est destiné à tous les pays de la zone euro: la solidarité s'accompagne d'obligations. Nous devons respecter nos règles budgétaires. C'est important sur les plans personnel, national et international", a précisé son porte-parole.

"Mon mandat court jusqu'en janvier. La formation d'un nouveau gouvernement de coalition aux Pays-Bas pourrait prendre plusieurs mois. Il est trop tôt pour dire s'il y aura un laps de temps entre la nomination d'un nouveau ministre et la fin de mon mandat."
Jeroen Dijsselbloem

Le mandat du Néerlandais à la présidence de l'Eurogroupe s'achève en janvier 2018. Il jouit de la considération des 18 autres ministres de l'Eurogroupe et des institutions de l'Union européenne mais la débâcle de son Parti travailliste (PvdA) aux élections législatives de mercredi dernier aux Pays-Bas a fragilisé sa situation.

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Dijsselbloem était ministre des Finances du gouvernement sortant de coalition. Le groupe travailliste au Parlement ayant fondu de 38 à 9 élus, la participation du PvdA au futur gouvernement semble très compromise et le mandat de Dijsselbloem pourrait être remis en question.

Le Néerlandais laisse toutefois son sort entre les mains des ministres européens des Finances. "Ce sera à l'Eurogroupe de décider comment il veut procéder", a-t-il indiqué.

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