L'Europe revient dans la course des superordinateurs

Superordinateur Tier 1 de l'Université de Gand est dans le top 200 des calculateurs les plus puissants au monde. ©UGent, foto Hilde Christiaens

"EuroHCP", la future société européenne de superordinateurs, aura cinq ans pour créer un des trois calculateurs les plus puissants au monde. La Commission propose pour cela d’y investir un milliard d’euros sur deux ans avec l'aide des pays volontaires. Dont la Belgique fait partie.

Les calculateurs les plus puissants de l’Union européenne sont sortis du top dix des superordinateurs les plus performants au monde. Et alors que les entreprises et centres de recherche européens consomment à eux seuls le tiers de la puissance de calcul mondiale des calculateurs à haute performance (HPC), l’Union ne dispose plus sur son sol que de 5% de la capacité de calcul. Dangereux paradoxe, alors que ces superordinateurs permettent de faire la différence dans une multitude de domaines – du dépistage précoce de maladies à la modélisation des changements climatiques en passant par le cryptage militaire. Rester trop longtemps dépendant de pays tiers pour le traitement des big data, "cela impliquerait la délocalisation progressive des activités d’innovation", a prévenu jeudi la commissaire Mariya Gabriel, en charge de l’Économie digitale.

Un fleuron européen

Les Européens sont à la traîne mais ils ont une réponse au problème : créer un fleuron européen du traitement de données. La commissaire propose de mettre en place "EuroHPC", une entreprise communautaire créée par la Commission et des Etats volontaires en partenariat avec le secteur privé, dont l’objet sera de mettre en place une infrastructure de calcul "de classe mondiale".

"Rester dépendants de pays tiers impliquerait la délocalisation progressive des activités d’innovation."
Mariya Gabriel
Commissaire européenne en charge de l'Economie numérique

Si un accord intervient rapidement sur les modalités de financement et d’appels à projets, le dispositif devrait être opérationnel en 2019, et les utilisateurs publics et privés devraient commencer à avoir accès à deux superordinateurs "pre-exascale" (cent millions de milliards de calculs/seconde) l’année suivante. Parallèlement, EuroHPC doit soutenir le développement de systèmes dits "exascale" (un milliard de milliards de calculs/seconde). L’Union espère ainsi rattraper son retard et réintégrer le top 3 des superordinateurs mondiaux pour 2023, cinq ans après le lancement de EuroHPC.

500 millions par an

Montant de l’opération ? En comparaison aux États-Unis et à la Chine, les Européens sous-investissent dans les superordinateurs à hauteur de 500 à 750 millions d’euros par an, estime la Commission. L’idée est donc, grosso modo, de combler le trou. Pour les deux années qui viennent, la Commission propose de puiser 486 millions d’euros dans le budget européen et demande aux États de doubler la mise. En soulignant que l’investissement est extrêmement rentable, puisque chaque euro investi dans des projets HCP en Europe génère 69 euros de bénéfices.

Le budget européen financera la moitié du projet, ce qui permettra un accès équitable aux États membres à hauteur de 50% des capacités de calcul. L’autre moitié des capacités reviendra aux États qui mettent la main au portefeuille – au prorata de leur contribution. Le secteur privé pourra participer sous forme de contributions en nature. Des universités et entreprises participeront à EuroHPC au travers de partenariats avec les organisations ETP4HPC et Big Data Value Association (dont fait notamment partie la VRT).

Douze Etats membres de l’Union plus la Suisse se sont engagés à jouer le jeu, en signant une déclaration commune sur le calcul à haute performance – la Belgique a accroché son wagon au train cet été. Et la Commission s’attend à ce que d’autres pays rejoignent le groupe – ils peuvent le faire à tout moment. Selon le commissaire Carlos Moedas, en charge de la Recherche, d’autres pays vont ajouter leur pierre à l’édifice, et "ils vont le faire très vite, car ils en ont besoin". L’arrimage des pays scandinaves ne serait qu’une question de temps, avance-t-on dans son entourage. Le Royaume-Uni est le seul grand pays de l’Union à ne pas être de la partie – le Brexit complique la donne, mais Londres reste pourtant "très intéressé" selon une source européenne. Etre membre de l’Union n’est pas nécessaire pour participer, comme le montre la présence helvétique – participation d’autant plus pertinente que la Suisse est en pointe dans ce domaine : elle abrite le Cray XC50, troisième ordinateur le plus puissant au monde. 

Reste la question du "où?". Le site d’installation du futur centre informatique suscitera toutes les convoitises, mais la réponse interviendra après l’adoption du nouveau cadre et au terme d’une mise en concurrence des pays d’accueil potentiels.

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