L’Europe va filtrer les investissements non-européens

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L’UE renforce sa protection face à l’appétit des grands États. La Commission pourra désormais donner son avis sur les investissements non-européens dans des secteurs stratégiques.

Le Parlement européen a adopté jeudi à une large majorité un règlement mettant en place un instrument européen de filtrage des investissements directs étrangers pour des motifs de sécurité et d’ordre public. L’idée est de protéger les secteurs stratégiques de l’Union européenne contre des investisseurs agressifs.

La Chine est la première visée. Ses investissements en Europe ont été multipliés par six ces vingt dernières années et ciblent en particulier les secteurs de haute technologie. Les fonds proviennent souvent d’entreprises d’État opaques.

"L’Europe qui protège est devenue une réalité", affirme Franck Proust (PPE), l’eurodéputé français en charge de ce dossier, "ce mécanisme est une avancée concrète qui protège nos industries, nos technologies et nos intérêts stratégiques des menaces".

"L’Europe qui protège est devenue une réalité"
Franck Proust
Eurodéputé PPE

Ce règlement devrait être adopté par les États de l’UE le 5 mars et entrer en vigueur d’ici deux ans.

Les pays émergents plus agressifs

Depuis le début du siècle, la structure et la provenance des investissements directs étrangers ont changé. De plus en plus proviennent d’économies émergentes.

Les investissements du Brésil ont été multipliés par dix et ceux de la Russie ont presque doublé.

Désormais, ces investissements directs étrangers seront contrôlés afin de vérifier s’ils ne risquent pas de mettre en danger les intérêts stratégiques. La coopération entre les États européens sera également encouragée.

La Commission européenne pourra présenter son avis sur l‘investissement prévu, mais sans avoir la possibilité de le bloquer. La décision finale reviendra à l’État où l’investissement sera réalisé.

Quatorze États de l’UE, à l’exclusion de la Belgique, disposent déjà d’instruments de filtrage. Mais leur conception et leur application diffèrent.

Le règlement protégera les infrastructures critiques comme l’énergie, le transport, les télécommunications, les données, l’espace et la finance. Il protégera aussi des technologies comme les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle et la robotique.Les négociateurs du Parlement européen ont ajouté les secteurs de l’eau, de la santé, de la défense, des médias, des biotechnologies et de la sécurité alimentaire.

Relire notre édito: "Trumpiser l'Europe"

En 2016, Berlin et Bruxelles n'avaient pu que constater, impuissants, le transfert de technologies "made in Germany" lors de la reprise du fabricant allemand de machines-outils Kuka par le géant chinois de l'électroménager Midea, pour 4,6 milliards d'euros.

Pressée par le président français Emmanuel Macron, malgré les réticences de plusieurs États membres, la Commission européenne avait présenté sa proposition sur le filtrage des investissements en septembre 2017.

6.295 milliards d'euros
investissements directs étrangers
Avec un tel montant affiché en 2017, l'UE est la principale destination des investissements directs étrangers dans le monde.

L'Europe est devenue la première destination des investissements directs étrangers. Ils s'élevaient à 6.295 milliards d'euros fin 2017.

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