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La BCE amorce la fin de son programme de soutien économique

Mario Draghi, le président de la Banque Centrale Européenne, a annoncé le début de la fin pour son programme de rachat d'actifs. ©AFP

La Banque centrale européenne devrait arrêter ses rachats sur le marché à la fin de l’année.

La Banque centrale européenne a annoncé, ce jeudi, qu’elle devrait arrêter de racheter des obligations sur le marché d’ici la fin de l’année. Dès la fin du mois de septembre, elle réduira le montant de ses rachats à 15 milliards d’euros par mois contre 30 milliards d’euros actuellement. Elle n’a par contre pas touché à ses taux d’intérêt. Mario Draghi, le président de la BCE, a indiqué que l’institution touchera à ses taux d’intérêt au plus tôt d’ici la fin de l’été 2019, et aussi longtemps que nécessaire en fonction de l’évolution de la trajectoire d’inflation.

Sur le marché des changes, l’euro a rapidement grimpé face au dollar après l’annonce de la BCE. Mais la monnaie européenne a ensuite changé sa trajectoire. Vers 18h, elle perdait 1,36% à 1,163 dollars, son plus bas niveau depuis le 5 juin. Le mouvement a été identique sur le rendement du Bund allemand à 10 ans qui est descendu à 0,421%. Il avait atteint plus tôt un pic à 0,513%, juste après l’annonce de la BCE. "Le marché pensait que la première hausse de taux interviendrait en juin et là on se dirige plutôt vers juillet, voire la fin du troisième trimestre", explique Alexandre Baradez, analyste marchés chez IG, qui qualifie cette prévision de "souple" et d'"accommodante".

"Communication réussie pour Mario Draghi, qui signe un tapering à la Canada Dry."
Nicolas Forest
Candriam

Sur les marchés d’actions, le Stoxx 600 a accentué sa hausse après l’annonce de la BCE. Il termine la séance sur un gain de plus de 1,3%, tiré par le secteur automobile, qui profite de la baisse de l’euro, et par le secteur des services aux collectivités.

Mario Draghi, s’est refusé à donner quelque indication sur un calendrier de hausse des taux lors de la conférence de presse qui a suivi la réunion, délocalisée à Riga, du Conseil des gouverneurs de la BCE. "Nous n’avons pas discuté d’une date pour la remontée des taux", a-t-il indiqué. "Cette décision a été prise en raison de la vigueur de l’économie" mais aussi d'"incertitudes croissantes" sur fond de tensions commerciales entre l’Europe, la Chine et les Etats-Unis", a-t-il laissé entendre.

Une nouvelle ère

Si la décision de la BCE sur la fin de son programme de rachat d’actifs était largement attendue sur les marchés, celle-ci inscrit toutefois une nouvelle ère pour ceux -ci. "Le focus des marchés va désormais se tourner vers le timing du premier resserrement des taux d’intérêt" constate William De Vijlder, chef économiste chez BNP Paribas. "Mais la BCE va se montrer très lente pour remonter ses taux d’intérêt" ajoute-t-il.

Toutefois, comme le souligne Nicolas Forest, global head of fixed income management chez Candriam, la BCE a évité "le trauma du ‘tapering’ causée par la Réserve fédérale américaine (Fed) en 2013 tout en préparant le marché à une nouvelle ère de normalisation". Car pour rappel, en 2013, la Fed avait créé des remous sur les marchés quand elle avait annoncé la fin de ses rachats d’actifs, une annonce qualifiée de "tapering". "Communication donc réussie pour Mario Draghi qui signe ici un tapering à la Canada Dry, cela a la couleur et le goût du tapering, mais ce n’est pas vraiment un tapering" commente Nicolas Forest.

Lire par ailleurs notre édito: "La BCE se hâte lentement"

Un timing délicat

William De Vijlder souligne que la BCE a choisi un moment particulier pour annoncer la fin de son programme de rachats d’actifs. "Si elle avait attendu encore un mois pour l’annoncer, elle courrait le risque que l’une ou l’autre donnée économique négative secoue ses plans" relève-t-il.

"Les derniers indicateurs économiques disponibles et les résultats des enquêtes sont plus faibles mais demeurent cohérents avec la poursuite d’une croissance économique solide et généralisée", a expliqué Mario Draghi. Il a brossé un tableau nuancé de l’économie: si la conjoncture souffre "d’incertitudes croissantes" et des tensions commerciales, l’inflation remonte plus que prévu.

La BCE s’attend désormais à voir le PIB de la zone euro croître de 2,1% cette année — contre 2,4% lors de ses dernières prévisions en mars — avant de ralentir à 1,9% l’an prochain et 1,7% en 2020.

Mais  la croissance économique européenne pourrait se replier si les tensions avec les Etats-Unis dégénéraient en guerre commerciale ouverte ou encore en cas de crise entre Bruxelles et le nouveau gouvernement populiste italien, élu sur un programme de forte hausse des dépenses publiques.

En attendant, sur les marchés, les intervenants prévoient une remontée des taux obligataires. "La prime de risque sur les taux longs était écrasée jusqu’à présent par les rachats d’actifs de la BCE. Elle devrait se reconstituer avec l’arrêt de ce programme" souligne William De Vijlder. Mais il relève que sur les taux à court terme, les taux de refinancement au plancher de la BCE ont toujours une influence. Toutefois, selon lui, la remontée des taux à dix ans devrait tirer dans son sillage le reste de la courbe des taux, encore largement en négatif. Le taux allemand à cinq ans pointe toujours à -0,21% ce jeudi. Mais le taux belge à 5 ans est lui repassé en territoire positif. à 0,019%.

 

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