"La Grèce est prête à se financer pleinement sur les marchés"

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L’année 2017 sera-t-elle pour la Grèce celle qui marque la fin de la crise? C’est ce que pense Dimitris Papadimitriou, ministre de l’Économie et du Développement du gouvernement d’Alexis Tsipras. Le retour à la croissance, après une récession qui aura duré pas moins de 8 ans, et la hausse des exportations comme des investissements étrangers plaident en sa faveur. Rencontre à quelques jours du troisième anniversaire de l’arrivée de Syriza au pouvoir ce 25 janvier.

Assis derrière son bureau au sixième étage du ministère, c’est un homme d’un certain âge, souriant et d’une apparente bonhomie qui nous accueille. De sa fenêtre, on aperçoit la place Sydagma, point central de la capitale grecque. L’époque où la place était noire de manifestants anti-austérité et où les émeutes sanglantes y avaient régulièrement lieu semble bien loin…

Dimitris Papadimitriou le sait, c’est une période idéale pour parler aux journalistes. Tous ceux qui ont occupé son poste depuis 8 ans et le début de la crise rêvaient de pouvoir dire la phrase qu’il prononce: "L’année passée, la Grèce a renoué avec la croissance." Ne boudant pas son plaisir, il ajoute avec une fierté à peine contenue: "Avec quatre trimestres de croissance d’affilée, 2017 constitue la première année de réelle reprise pour le pays. Si les projections concernant le 4e trimestre se confirment, on pourrait même être au-delà du 1,6% de croissance escompté."

Contrôle des capitaux

Cependant, le PIB grec est passé de 354 milliards de dollars en 2008 à 194 milliards en 2016 (chiffres de la Banque mondiale). Une hausse de 1,6% n’est-elle pas dérisoire vu la violence de la crise qu’a traversée le pays? De plus, les challenges auxquels fait face la Grèce restent immenses. Une dette qui s’élève encore à 180% du PIB, une compétitivité ayant encore reculé et pointant désormais au 87e rang mondial, le contrôle des capitaux auquel restent soumises les banques grecques et puis aussi, surtout, des excédents budgétaires à dégager d’au moins 2,4% annuellement d’ici 2060

CV EXPRESS

Dimitris Papadimitriou est né en Grèce en 1946. À 17 ans, il part pour les Etats-Unis où il vivra pendant 50 ans. Il y enseignera l’économie au Bard College de New York pendant près de 40 ans et présidera l’Institut économique Levy pendant trois décennies. Économiste encarté au parti démocrate américain et au carnet d’adresses bien fourni, en novembre 2016 il devient contre toute attente, ministre de l’Économie et du Développement du gouvernement d’Alexis Tsipras.

Il répond calmement, tantôt candide, tantôt en niant l’évidence même. À l’entendre, même le contrôle des capitaux imposé aux banques du pays depuis juillet 2015 n’est plus une entrave pour l’économie du pays. Seul chose qu’il concédera après trois questions sur le sujet? "Il est vrai qu’un secteur bancaire sans contrôle des capitaux fonctionne mieux."

Concernant la croissance, s’il concède, ce n’est que pour mieux contre-attaquer. "Certes, la croissance reste anémique mais c’est un point de départ. Surtout, ce retour à la croissance marque la mise en place d’un nouveau modèle économique pour le pays. Un modèle sain, qui n’est plus basé sur l’emprunt et la consommation des ménages comme c’était le cas avant la crise. Cette croissance est due aux exportations, qui ont augmenté de 8,2% sur les trois premiers trimestres 2017, et au tourisme. Et la hausse très élevée de nos exportations de produits agroalimentaires marque le nouveau savoir-faire de nos entreprises." Il se pose, content de son effet et rajoute: "La hausse de 69% des investissements étrangers directs, montre bien que les investisseurs comprennent que la Grèce est aujourd’hui un pays nouveau."

Un pays nouveau certes, mais toujours aussi peu compétitif? Le classement du Forum économique mondial place le pays au 87e rang mondial. Très sérieusement le ministre botte en touche. "C’est la méthodologie de l’étude qui est mauvaise. On a publié une étude sur le sujet."

Excédent budgétaire

Quand le classement du FEM épingle le très mauvais environnement macroéconomique n’est-il pas dans le vrai? L’obligation pour la Grèce de dégager un excédent budgétaire primaire de 3,5% jusqu’en 2022 (prévu par le troisième mémorandum) et de 2,4% jusqu’en 2060 n’est-elle pas un problème? "L’excédent budgétaire primaire de 3,5% résultera en grande partie de la croissance!" Quid de la nécessité d’un excédent de 2,4% jusqu’en 2060? Il prend une posture stoïque. "Tous les pays doivent payer leur dette." On sourit, il se reprend immédiatement: "C’est vrai, c’est une difficulté supplémentaire pour l’économie. Mais ces chiffres seront très probablement réajustés en fonction de ce qui sera décidé concernant la dette grecque."

La dette, justement. Lundi, lors de la réunion de l’Eurogroupe, la zone euro a donné son accord de principe au déboursement d’une nouvelle tranche d’aide à la Grèce. Surtout, les partenaires d’Athènes se disent maintenant prêts à discuter d’un allégement de sa dette. "D’ici la fin du programme en août 2018, je crois qu’on aura une vision claire de ce qu’il adviendra que ce soit un rallongement du temps de remboursement, une baisse des taux d’intérêt ou autre chose qui inclut les deux", précise Dimitris Papadimitriou.

N’a-t-il pas peur que la question soit de nouveau repoussée comme on le fait continuellement depuis l’Eurogroupe de novembre 2012? "2018 n’est pas 2012: il y a eu de très grands progrès accomplis depuis. Tant au niveau de l’ajustement fiscal de l’État qu’au niveau de la confiance que les partenaires européens du pays font à la Grèce. Entre la confiance restaurée de nos partenaires européens et la pression du FMI c’est sûr: on va régler la question de la dette."

Besoins de financement

Reste à savoir comment la Grèce assurera ses besoins de financement une fois que le troisième programme d’aide arrivera à sa fin. "On est prêts à revenir sur les marchés pour nous y financer pleinement, et cela bien avant la fin du programme actuel en août 2018." Face à notre étonnement, il explique. "Notre sortie en juillet 2017 a prouvé que c’est faisable. On a emprunté 3 milliards à un taux de 4.625% et, plus important, la demande était supérieure à l’offre. On n’attend plus que la clôture de la troisième évaluation et une nouvelle hausse de la note de la Grèce par les agences de notation pour le faire (le 19 janvier Standard & Poor’s a relevé la note de la Grèce de B- à B, NDLR)." Le pays n’a donc pas besoin d’un quatrième programme? "C’est bien ça. Un nouveau programme n’est pas nécessaire."

Optimiste? En tout cas, il semble que telle est désormais la stratégie du gouvernement grec. Le lendemain de l’interview, le ministère des Finances annonçait la mise en place d’un "coussin de sécurité" de 12 milliards d’euros avant la fin du programme actuel, financé par des sorties sur les marchés, et le mécanisme européen de stabilité. Au même moment, le vice-président du gouvernement, Yannis Dragasakis, déclarait que le pays ne veut pas de la mise en place d’une ligne de crédit préventive pour son financement après la fin du programme actuel. La Grèce aurait-elle vraiment tourné la page?

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