La réforme de la zone euro à la sauce franco-allemande

Emmanuel Macron et Angela Merkel à Mesemberg, ce mardi. ©AFP

Le couple franco-allemand s’est accordé pour proposer au reste de la zone euro une réforme de l’Union monétaire. Angela Merkel et Emmanuel Macron plaident de concert pour un budget de la zone euro pour promouvoir sa compétitivité, sa convergence et sa stabilisation.

Le moteur franco-allemand est de retour. Au terme d’un tête-à-tête au château de Meseberg, au nord de Berlin, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont annoncé être parvenu à un accord sur une réforme de la zone euro.

Ces dernières semaines, les appels du pied de Paris à Berlin avaient pris une intensité inédite: "Mais réveillez-vous, la France a changé!", lançait le mois dernier encore le président français lors d’une conférence devant la Chancelière. À dix jours d’un Conseil européen présenté comme crucial pour l’avenir de l’Union européenne, il semble qu’il ait été entendu.

Cette mise au diapason – par laquelle les deux dirigeants ont aussi rappelé leur concorde en matière de politique migratoire et de défense, notamment – consolide le bloc européen. Et cela dans un contexte troublé par une montée des populismes en son sein, et tendu par la perspective d’une guerre commerciale avec les États-Unis, dont l’Allemagne serait la première victime. L’enjeu de la réunion était d’affirmer une volonté commune – et concrète – de rendre l’Europe "plus souveraine et plus unie", pour reprendre les mots du président français, pour qui il s’agit là "peut-être d’un choix de civilisation".

Dizaines ou centaines

Alors que la Grèce est sur le point de sortir de son plan de sauvetage, "le moment est venu pour dire qu’il faut rendre la zone euro résistante aux crises", a affirmé Angela Merkel lors d’une conférence de presse aux côtés de son homologue. "Nous entrons dans une deuxième étape de la vie de notre monnaie unique", a renchéri le Français.

"Nous entrons dans une deuxième étape de la vie de notre monnaie unique."
Emmanuel Macron
Président de la France

Berlin valide ainsi la demande de Paris de doter la zone euro d’un vrai budget, censé promouvoir la compétitivité, la convergence et la stabilisation de la zone. Il devrait entrer en fonction dès 2021, indique la "déclaration de Meseberg", un document de douze pages. L’accord sur ce grand principe n’est pas nouveau, puisque la chancelière allemande avait déjà indiqué dans une interview au début du mois être favorable à un budget "limité à deux chiffres en milliards d’euros". Une position qui pourrait ressembler à la proposition de la Commission européenne de créer une enveloppe de 25 milliards d’aides aux réformes structurelles dans la zone euro.

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Emmanuel Macron avait estimé de son côté qu’il faudrait "plusieurs points de PIB de la zone euro" pour que ce budget ait un impact économique – soit quelques centaines de milliards. Les deux dirigeants n’ont pas abordé publiquement les gros "détails" du futur budget: le rythme de montée en charge, l’origine de l’argent (taxe sur les transactions financières, ressources nationales, européennes…), comme les questions de gouvernances restent à discuter.

Filet de sécurité

Si la persévérance du Français semble récompensée sur ce point, la chancelière obtient de son côté satisfaction sur une revendication de longue date. Paris valide la réouverture du traité du Mécanisme européen de stabilité (MES), pompier des crises de la zone euro, pour le renforcer en ce que d’aucuns appellent un "Fonds monétaire européen". Il aurait notamment la capacité de juger la solvabilité des États auxquels il vient en aide – sujet de discorde majeur entre Berlin et le FMI au cours de la crise grecque.

Une avancée est en outre enregistrée sur le front de l’union bancaire. En cas de sauvetage d’une banque, un filet de sécurité ("backstop") serait activable en quelques heures. Opérationnel pour 2024 et rattaché au MES, il serait activé en dernier ressort en cas de faillite, si la contribution des créanciers privés ne suffit pas. Comme attendu, les deux dirigeants n’ont par contre pas annoncé de progrès sur un point cher à la France: la création d’une garantie européenne des dépôts, qui viendrait compléter l’union bancaire.

Reste aux deux dirigeants à convaincre leurs seize collègues d’embrasser leur accord. Une modification de traité pourrait alors avoir lieu dès l’année prochaine.

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