analyse

Le Kremlin a tenté d'influencer les élections européennes

La commissaire européenne à la Justice, Vera Jourova, et celui en charge de l'Union de la sécurité, Julian King ©EPA

Pas moins de 1.000 cas de désinformation en provenance de "sources russes" ont été détectés lors des élections européennes, selon un rapport diffusé ce vendredi. La Commission européenne désigne le Kremlin comme responsable.

L'Union européenne "tombe-t-elle en morceau"? Le président français Emmanuel Macron veut-il "expulser des États membres de l'Union européenne"? C'est ce qu'affirme Sputnik Georgia, un média en ligne détenu par l'État russe.

Un énorme mensonge validé par quelques éléments de vérité, telle est la recette de la désinformation. Depuis la guerre froide, le Kremlin est passé maître dans cette technique de communication visant à influencer l'opinion publique.

Selon la Commission européenne, Moscou a amplifié sa stratégie de désinformation auprès des Européens grâce aux réseaux sociaux, dans le but de détruire la confiance dans les institutions européennes et les gouvernements trop critiques.

1.000 attaques russes avérées

Pas moins de mille cas de désinformation en provenance de Russie ont été dénombrés depuis le mois de janvier, contre 400 l'an dernier à la même période. C'est ce qui ressort d'un rapport européen publié ce vendredi par la Commission. Le phénomène s'amplifie. Les campagnes pour influencer les élections européennes ont été à leur plus haut niveau depuis 20 ans, dit le rapport. Le plus souvent, la désinformation est lancée au départ de faux comptes localisés en Russie. Plus l'histoire est énorme, plus elle tourne sur les réseaux sociaux.

L'une de ces attaques affirme que "l'Europe a rendu la Pologne plus pauvre que sous le régime communiste".

L'une de ces attaques affirme que "l'Europe a rendu la Pologne plus pauvre que sous le régime communiste". Une autre prétend que "les politiques de l'Union européenne sont dictées par les États-Unis". Une troisième martèle que "l'Union européenne a des racines nazies". Une autre que "l'Europe poursuit la politique agressive de l'Allemagne nazie".

L'une de ces histoires affirme - sans preuve - que la vidéo sulfureuse montrant le ministre d'extrême droite autrichienne, Heinz-Christian Strache, proposer ses "services" à un oligarque russe aurait été diffusée par les services secrets autrichiens, voire la CIA.

Ces cas de désinformation ont été détectés par l'unité East Stratcom de l'Union européenne, chargée de surveiller les réseaux sociaux. Le phénomène est inquiétant, sans que l'on puisse parler d'attaque massive, comme ce fut le cas lors du Brexit et de l'élection présidentielle aux États-Unis via la firme Cambridge Analytica.

"Nous ne pouvons accepter cela"

"Nous ne pouvons accepter cela comme la nouvelle norme", dit Julian King, le commissaire européen à l'Union de la sécurité. L'Union européenne n'est pas les mains vides face à ces attaques, mais elle ne dispose pas encore de l'arsenal législatif nécessaire pour y mettre fin. Les capacités européennes d'identification ont été renforcées, avec la création de la cellule East Stratcom au sein du service européen d'action extérieure (SEAE) et d'un mécanisme d'alerte rapide.

Vera Jourova ©REUTERS

Un code de bonnes pratiques a été conclu avec les plateformes Google, Twitter et Facebook, auxquelles Microsoft vient de se joindre. Celui-ci fait l'objet d'une évaluation régulière. Si des progrès importants ne sont pas réalisés dans ce cadre volontariste, l'Union européenne pourrait passer à la vitesse supérieure en réglementant.

Le sommet européen de vendredi prochain sera l'occasion pour les dirigeants de l'UE de prendre acte des progrès accomplis. Et du chemin qui reste à parcourir. "Il ne faut pas attendre de révolution avant la prochaine Commission européenne", dit une source. "Nous travaillons pour que la nouvelle Commission puisse être équipée pour évaluer la situation et revoir la réglementation quand le moment sera venu", dit Vera Jourova, la commissaire européenne à la Justice. 

La moitié des États désarmés

"Nous n'envisageons pas de créer une autorité européenne qui dirait ce qui est bon ou pas, ce serait de la censure."
Julian King
Commissaire britannique

L'Europe pourrait être mieux protégée contre ces vagues de désinformation. Le frein principal tient dans le fait que cette matière ressort de la législation nationale et non européenne. À cette heure, "la moitié des États n'ont aucun outil pour faire face" à cette menace, dit Julian King. La volonté de changer les choses n'est pas encore manifeste. Pour l'instant, "un tiers des États membres de l'UE disent vouloir revoir la législation en place pour mieux tenir compte des campagnes de désinformation".

La question touche aussi la liberté d'expression, un droit fondamental que l'Union européenne se défend de mettre en cause. "Nous n'envisageons pas de créer une autorité européenne qui dirait ce qui est bon ou pas, ce serait de la censure", avertit le commissaire britannique.

L'agence Tass sort du bois

Lors de la présentation de ce rapport, une journaliste de l'agence de presse russe Tass interroge les commissaires européens sur les preuves de la provenance russe des cas de désinformation. 

"Il est évident que leur origine est russe", répond la commissaire Jourova, s'appuyant sur le rapport détaillé de la cellule East Stratcom, "nous avons aussi d'autres cas dont on pourrait dire qu'ils sont inspirés par la Russie, mais nous n'avons pas de preuve".

Il s'agit bien "d'un ciblage local tentant de semer la sédition" ajoute Julian King.

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