Le Royaume-Uni ferme la porte aux travailleurs non qualifiés

La ministre de l'Intérieur, Priti Patel, et le Premier ministre Boris Johnson ont salué un nouveau système à points qui fera baisser le nombre d'immigrés.

Le gouvernement de Boris Johnson a dévoilé un nouveau système de contrôle de l’immigration pour l’après-Brexit. Si les conditions sont moins drastiques que ce que les Brexiters pouvaient espérer, elles sont beaucoup plus dures pour les travailleurs peu qualifiés.

Le gouvernement britannique a présenté son plan officiel pour l'immigration post-Brexit, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2021, après la fin de la période de transition. Comme annoncé il y a quelques semaines, ce sera un système de points "à l'australienne", des compétences solides en anglais, et une preuve d'emploi, avec un minimum de salaire requis de 20.480 livres (environ 25.000 euros) pour les secteurs en pénurie.

Le nombre de points variera en fonction des niveaux de compétences ou de diplômes. Les candidats à un visa devront accumuler un minimum de 70 points pour pouvoir travailler au Royaume-Uni. Un bon niveau d’anglais rapportera dix points. Un haut niveau de qualification en rapportera vingt.

20.480 livres
20.480 livres
Les candidats à un visa de travail devront prouver que leur salaire est égal ou supérieur à 20.480 livres, soit environ 25.000 euros, pour les secteurs en manque de main d’oeuvre. Pour les autres emplois, le salaire devra atteindre 30.800 euros.

Concrètement, ce plan envoie un message clair aux Brexiters qui ont voté pour la sortie britannique de l'UE avec la volonté première de contrôler l'immigration... mais ne changera pas non plus fondamentalement la donne. La fin de la libre circulation a été la toute première motivation des Brexiters, et bien qu’il marque une rupture avec l’avant-Brexit, ce plan gouvernemental de contrôle de l’immigration est relativement souple.

Les travailleurs peu ou pas qualifiés seront les premiers touchés, mais il est clair que ce système à points évoluera en fonction des besoins.

Priorités aux grands talents

Les portes ne seront plus ouvertes sans conditions aux travailleurs de l’Est – les Polonais, Roumains ou Bulgares principalement –, qui ont constitué l’essentiel de l’immigration depuis quinze ans, et ont considérablement boosté l’économie en offrant une main d’oeuvre à faible rémunération. Mais les entreprises de construction et les services de santé, qui dépendent de ces travailleurs, ont fait pression auprès du gouvernement, et l’ont poussé à accepter une réduction d’un tiers du seuil salarial.

Dans les secteurs des soins à la personne, près de 15% des emplois sont actuellement occupés par une personne née à l’étranger. Dans cette économie au plein emploi (seulement 3,8% de chômage), dopée par les bas salaires et les contrats zéro heure, le seuil salarial fixé par le gouvernement reste encore relativement élevé et nécessitera probablement d’autres corrections, en catimini. Un poste sur onze n’est pas pourvu à l’heure actuelle.

"Les emplois que le gouvernement considère comme ‘peu qualifiés’ sont vitaux pour la vie sociale et la croissance économique. Cette annonce menace de rejeter les gens dont nous avons besoin pour fournir des services dont le public dépend."
Tom Hadley
Director of policy de la Recruitement and Employment Confederation.

"Les emplois que le gouvernement considère comme ‘peu qualifiés’ sont vitaux pour la vie sociale et la croissance économique", a averti Tom Hadley, director of policy de la Recruitement and Employment Confederation. "Cette annonce menace de rejeter les gens dont nous avons besoin pour fournir des services dont le public dépend." Les associations représentant les personnels de santé, de l’agriculture ou de la restauration, ont accueilli froidement ce plan, même si le gouvernement s’est engagé à assouplir le système des emplois saisonniers, en multipliant par quatre le nombre d’autorisations temporaires.

La volonté du gouvernement, et tout particulièrement du conseiller spécial Dominic Cummings, est claire: le Royaume-Uni doit se projeter vers ce qu’il considère comme l’économie de demain, celle de l’intelligence artificielle notamment, et ne pas se limiter à l’économie traditionnelle.

Le gouvernement espère aussi remobiliser une force de travail "inactive", constituée par ces 8 millions de Britanniques âgés de 16 à 64 ans, selon une estimation livrée par Priti Patel. La ministre de l’intérieur a appelé les entreprises à faire davantage appel à cette main d’oeuvre dormante, en insistant davantage sur la formation ou la requalification.

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