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Le coût caché du sauvetage des banques

©Sofie Van Hoof

Le contribuable a payé à coup de centaines de millions d’euros un "oligopole" d’entreprises appelé à la rescousse par les pouvoirs publics en pleine crise bancaire. Sans trop se soucier des défaillances du secteur, dénonce le Transnational Institute.

La crise bancaire n’a pas seulement coûté 213 milliards d’euros de plans de sauvetages aux contribuables européens. Elle leur a aussi coûté des centaines de millions d’euros de facture pour les sociétés de consultance chargées de conseiller les États et les institutions européennes sur les modalités de ces sauvetages. C’est le "coût caché" de la crise, et sa légitimité est douteuse, selon le Transnational Institute (TNI).

Dans un rapport qu’il publie aujourd’hui, ce think tank progressiste basé à Amsterdam fait le constat que des entreprises qui portent une part importante de responsabilité dans la crise bancaire ont de facto été "récompensées" à coup de contrats.

400 millions €
Les frais de consultance liés au renflouement des banques européennes dépasseraient 400 millions d’euros, estime le Transnational Institute.

Le TNI ne parvient pas à chiffrer avec précision le coût total des contrats de cette "industrie du sauvetage" comme il l’appelle, mais se base sur le "modèle" chypriote pour dégager un ordre de grandeur: les entreprises de consultance appelées à la rescousse pour sauver les banques de l’île ont demandé 0,1% des coûts de recapitalisation du programme en guise de frais. "En extrapolant, on peut estimer à plus de 400 millions les frais de bail out (renflouement) depuis 2008", indique Sol Trumbo Vila, coauteur du rapport.

Or ces centaines de millions d’euros d’argent public ont été confiées à une industrie qui est tout sauf saine et transparente, dénonce le TNI dans ce qu’il présente comme "l’étude la plus complète" faite au niveau européen sur le sujet. Les "Big Four" (Deloitte, EY, KPMG, PwC), en plus de quelques entreprises de conseil financier, forment de facto un "oligopole" qui a dessiné les paquets de sauvetage les plus importants en Europe. "Ces entreprises ont été récompensées avec de nouveaux contrats, malgré le fait que beaucoup ont fourni des mauvais conseils et ont échoué à attirer l’attention sur des modèles d’affaire inconsistants et des pratiques risquées", souligne le TNI. Avec une série d’exemples à l’appui. Comme lorsque la BCE a engagé Oliver Wyman pour mener des stress tests ignorant le fait qu’Oliver Wyman avait nommé la banque irlandaise AIB "meilleure banque au monde", "trois ans avant qu’elle ait dû être nationalisée et qu’elle ait failli provoquer la faillite de son pays hôte".

Conflits d’intérêts

"Combinée à leur rôle de consultants et de réviseurs, la concentration de ce travail dans les mains d’une poignée d’entreprises mène souvent à des conflits d’intérêts", souligne le TNI. Ici encore, en s'appuyant sur des exemples. Comme quand Deloitte a préparé les comptes de la banque espagnole Bankia avant d’en faire l’audit. Le cas est toujours en justice, et l’entreprise, contactée par L’Echo, n’a pas répondu à nos demandes de réaction.

Autre déclinaison du climat malsain qu’entend dénoncer TNI, certaines entreprises conseillent les gouvernements sur la manière de valoriser des actifs tout en conseillant des investisseurs potentiels sur les mêmes actifs. Une entreprise comme "BlackRock est un bon exemple de la manière dont cela peut arriver", épinglent les auteurs de l’étude. Ici encore, l’entreprise n’a pas souhaité réagir avant la publication de l’étude.

"Après l’affaire Enron, qui a mené à la faillite du 5e ‘Big’, Arthur Andersen, on a annoncé une grande réforme du secteur, rappelle de son côté Christian Stiefmüller, senior analyst pour l’organisation pro-régulation financière Finance Watch: on allait forcer ces entreprises à séparer leur bras de consultance de leur bras d’audit et à adopter un comportement plus transparent. Dans les faits, on observe que les réglementations n’ont pas suffi: quinze ans après l’affaire Enron, les conflits d’intérêts sont toujours aussi présents."

Huit ans après la crise financière, "le rôle central que ces acteurs jouent dans le secteur financier n’a pas été réduit mais continue de s’étendre". Et aucun progrès n’a été fait "pour sevrer l’UE ou ses États membres de leur dépendance" à ces entreprises – "au contraire, la concentration des pouvoirs de décision dans la Banque centrale européenne que l’Union bancaire a mis en place a approfondi la dépendance envers les consultants extérieurs", dénonce TNI.

Pour l’institut, la solution résiderait dans la création "d’alternatives publiques et démocratiques" qui fonctionneraient en parallèle des sociétés d’audit. Sol Trumbo Vila mentionne comme exemples d’alternatives des groupes d’audits citoyens actifs en Grèce et en Espagne. Pour Christian Stiefmüller, "il faut surtout une supervision plus forte des auditeurs privés, et plus de moyens humains pour les régulateurs bancaires, de manière à ce qu’ils soient suffisamment puissants pour défier les sociétés d’audit". Rééquilibrer la balance, en somme.

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