Le nouveau gouvernement italien est prêt à faire trembler l'Europe

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Les populistes italiens du Mouvement 5 étoiles ont rendu public vendredi un "contrat de gouvernement" avec La Ligue (extrême droite).S’il ne prévoit pas de sortie unilatérale de l’euro, le programme tourne résolument le dos à l’austérité et aux "diktats" de Bruxelles. Il pose ainsi le décor d’une confrontation entre Rome et ses partenaires européens. Le mystère reste entier sur la composition du nouveau gouvernement et sur le nom de son futur chef.

La parole est à nouveau aux Italiens. Le M5S et la Ligue ont lancé les consultations (directes et sur internet) de leurs électorats respectifs concernant le "contrat de gouvernement" que les deux leaders, Luigi Di Maio et Matteo Salvini, espèrent pouvoir présenter, lundi prochain, au président Sergio Mattarella.

Ce contrat divise la péninsule – où les détracteurs de ce singulier nouveau binôme politique pointent son "dilettantisme" – et provoque, surtout, de fortes inquiétudes au sein de l’Union européenne.

Paradoxalement stimulés par les critiques, les responsables des deux formations voient pourtant leurs cotes de popularité croître depuis les élections législatives du 4 mars dernier. Selon des récents sondages, la Ligue bénéficie d’un pourcentage d’opinions favorables qui dépasse désormais 25% de l’électorat, un Italien sur quatre. Du jamais vu pour ce parti, héritier d’un mouvement autonomiste qui semblait initialement destiné à rester cantonné au Nord de l’Italie.

Et alors que cet exécutif en puissance cherche à s’accorder sur le nom du futur chef du gouvernement, l’Europe s’interroge sur les contours et les possibles conséquences de cette hétéroclite synthèse de programmes politiques qui semblaient, il y a une semaine encore, inconciliables.

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Petit tour d’horizon du "contrat de gouvernement" prévu par les nouveaux maîtres de Rome.

Les marchés italiens réagissent avec inquiétude

La perspective d'un tel gouvernement de coalition en Italie a causé un regain d'aversion au risque qui est néanmoins resté principalement cantonné aux actifs italiens et à l'euro. A Milan, l'indice boursier italien de référence a perdu 1,48%. Ce sont principalement les banques qui ont souffert. Le cours des actions de la banque Monte dei Paschi di Siena (MPS) est en chute libre: il a perdu 9% jeudi et 3,22% supplémentaires vendredi.

Le taux italien à long terme a augmenté vendredi de 11 points à 2,2%, son plus haut niveau depuis juillet. Cela fait presque trois ans que les taux n'avaient plus grimpé autant en une semaine, selon Bloomberg. Le spread, soit l'écart avec les bons d'État allemands, atteint 158 points.

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"Pour l'instant, on ne scénarise pas un impact très important des difficultés politiques en Italie", explique Frédéric Rollin, conseiller d'investissement chez Pictet AM. "Evidemment, si on a la mise en place d'un gouvernement plutôt anti-européen, ce ne sera pas une très bonne chose. On peut avoir encore un écartement des spreads entre l'Italie et l'Allemagne mais on n'anticipe pas de crise majeure parce qu'on imagine mal pour l'instant qu'un gouvernement italien puisse réellement envisager une sortie de la zone euro", ajoute-t-il.

Les finances publiques

Di Maio et Salvini répètent tous azimuts que les politiques d’austérité mises en place en Italie depuis 2011 représentent le vrai obstacle à une relance économique nationale. Alors que les gouvernements de la péninsule ont, ces dernières années, scrupuleusement respecté le plafond du 3% du PIB pour les déficits publics, le nouveau contrat de gouvernement prévoit "un recours approprié au déficit".

Les deux leaders semblaient même envisager – ce qui a été considéré comme l’une des mesures les plus controversées du programme – de demander à la BCE, qui détient actuellement 368 milliards d’euros d’obligations souveraines italiennes, acquises dans le cadre du "quantitative easing", de ne pas prendre en compte une partie de cette "dette rachetée" dans le calcul de la dette publique nationale totale.

- La fiscalité

L’actuelle "pression fiscale" en Italie a toujours été violemment dénoncée par les deux leaders politiques. Ils s’opposeront donc à toute augmentation de la TVA, considérée comme "un poids intolérable pour les ménages et les entreprises". Ils veulent, de même, réaliser leurs promesses électorales par l’introduction d’un impôt sur le revenu de 15% ou de 20% pour les particuliers, et de 15% pour les sociétés.

"Une fiscalité plus juste permettra de lutter efficacement contre l’évasion fiscale. Mais pour ceux qui continueront à éluder l’impôt pourraient s’ouvrir les portes de la prison", a déclaré Salvini.

- L’immigration

La défense des frontières a toujours été le fer de lance du programme électoral de la Ligue. Salvini préconise des stratégies de protection du territoire "qui ressemblent à celles mises en place par la France et l’Allemagne". Il explique que le nouveau gouvernement pourrait "utiliser les fonds publics, aujourd’hui destinés aux politiques d’accueil, pour lancer immédiatement une stratégie de rapatriement" des 500.000 migrants irréguliers dans la péninsule. Il est aussi préconisé un contrôle plus efficace des navires affrétés par les ONG humanitaires arrivant en Italie. Des centres de rétention des étrangers en situation irrégulière sont prévus dans chaque région du pays.

- La politique étrangère

Fidèle à l’élan nationaliste et souverainiste de la Ligue, le contrat insiste sur "la centralité de l’intérêt national" d’un pays qui doit retrouver un réel pouvoir de négociation, en Europe et dans le monde. L’allégeance à l’Otan est réitérée mais le document évoque l’hypothèse d’une levée des sanctions européennes contre la Russie de Vladimir Poutine, considérée comme un partenaire commercial incontournable et un "interlocuteur stratégique", notamment en Libye et en Syrie.

780 €/mois
Revenu citoyen
Un "revenu citoyen" mensuel de 780 euros pour les plus pauvres sera proposé. En contrepartie, le bénéficiaire s'engage à chercher un emploi et à accepter l'une des trois premières offres de travail qui lui seront présentées.

- Un revenu de citoyenneté

Grande promesse électorale du M5S qui explique, en partie, l’immense succès remporté par le mouvement dans le sud de l’Italie, l’introduction d’un revenu citoyen est un point névralgique du contrat. Pendant une période de deux ans maximum, les chômeurs italiens pourront bénéficier de 780 euros mensuels. Le coût de cette mesure est estimé à 17 milliards d’euros par an.

- Le système bancaire

Le contrat affirme, de manière encore confuse, la "nécessité de changer radicalement les mesures destinées à protéger l’épargne des Italiens". Il exprime de vives critiques quant à l’actuel système de "bail-in" et prévoit que la compensation financière, en cas de faillite bancaire, soit également étendue aux petits actionnaires des banques en liquidation. Cette partie du texte, et en particulier les commentaires concernant la Banque Monte dei Paschi di Siena, a déclenché une vague d’inquiétude qui a fait plonger de presque 9% le titre boursier de cette grande institution toscane. Un contrecoup dangereux qui a poussé le ministre de l’Économie et des Finances sortant, Pier Carlo Padoan, à mettre en garde les possibles futurs membres du gouvernement, en rappelant que "cette soudaine crise de confiance des marchés financiers est très grave. La crédibilité se construit lentement et pendant longtemps. Et il suffit d’un rien pour la détruire."

- La réforme des retraites

Autre point d’accord entre les deux formations politiques, une "réforme radicale" du système des retraites: Di Maio et Salvini veulent supprimer la "loi Fornero" qui a repoussé l’âge de départ à la retraite (fixé, aujourd’hui, à presque 67 ans). "Un quota 100" est ainsi proposé: ce nouveau barème envisage la possibilité de cesser l’activité professionnelle si les années de vie active, additionnées aux années de cotisations, égalent 100. Une réduction des "retraites dorées" (plus de 5.000 euros mensuels) est envisagée, et la mesure expérimentale "Option femme" est maintenue. Elle permettra aux travailleuses de 57-58 ans ayant cotisé pendant 35 ans, de quitter le marché du travail.

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