Les quatre "frugaux" se cabrent face à la percée franco-allemande

Le chancelier d'Autriche Sebastian Kurz (ici le 13 mai à Vienne) a fait savoir que les "quatre frugaux" restent opposés à l'idée de subsides de crise. ©REUTERS

Les quatre pays rétifs à toute nouvelle aide européenne sous forme de subsides ont fait savoir que l'initiative franco-allemande pour un fonds de relance de 500 milliards ne changeait en rien leur position.

Les quatre "frugaux" de l'Union européenne n'auront pas attendu de dormir sur la proposition franco-allemande pour enclencher la douche froide. Lundi, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont proposé la création d'un emprunt communautaire de 500 milliards d'euros pour subsidier les régions et secteurs les plus sévèrement frappés par la crise du Covid-19. Mais l'Autriche, le Danemark, la Suède et les Pays-Bas n’ont pas lambiné pour le faire savoir: ils restent rétifs à l'idée de nouveaux subsides européens et plaident pour que les bénéficiaires d'un soutien financier le remboursent.

"Notre position reste inchangée. Nous sommes prêts à aider les pays les plus touchés avec des prêts."
Sebastian Kurz
Chancelier fédéral d'Autriche

"Notre position reste inchangée. Nous sommes prêts à aider les pays les plus touchés avec des prêts", a indiqué dès lundi soir dans un tweet le chancelier autrichien Sebastian Kurz, après avoir échangé avec les Premiers ministres des trois autres pays qui partagent cette approche. Par contraste, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a vu dans l’initiative de Paris et Berlin "un pas positif dans la bonne direction", en ligne avec les demandes ibériques, et son homologue italien Giuseppe Conte a fait une déclaration similaire.

Côté belge, le ministre des Finances Alexander De Croo (Open Vld) a exprimé son soutien à la proposition franco-allemande - "voilà l'ambition dont l'Europe a besoin aujourd'hui" -, tout en soulignant que la relance devra s’appuyer sur l’engagement des États à appliquer "des politiques économiques saines et un programme de réformes ambitieux", comme l’écrivent Angela Merkel et Emmanuel Macron dans leur communication. Alors que la Première ministre Sophie Wilmès (MR) avait cosigné fin mars une lettre appelant à la création d’un instrument de dette européen, Alexander De Croo a indiqué que la Belgique défend un "mix de prêts et de subsides". Parmi les premiers outils déployés par l'Union européenne, le Mécanisme européen de stabilité (MES) permet aux États de contracter des emprunts à hauteur de 2% de leur PIB pour financer leurs services de santé.

Délibération en juin

L'initiative franco-allemande intervient alors que la Commission européenne doit présenter le 27 mai une proposition de plan de relance comprenant un fonds ad hoc qui serait distribué au travers des programmes européens. Ceux-ci sont alimentés par le budget de l'Union, dont le plafonnement pour les sept prochaines années doit encore être défini par les Vingt-Sept dans le cadre financier pluriannuel (CFP). À côté du Fonds de relance, la Commission doit faire une nouvelle proposition sur la taille de ce budget pour 2021 à 2027 - "Nous attendons que le CFP actualisé reflète les nouvelles priorités plutôt que de relever le plafond", a indiqué Sebastian Kurz.

"Les propositions franco-allemandes sont ambitieuses, ciblées et bienvenues."
Christine Lagarde
Présidente de la Banque centrale européenne

En février, lors des dernières tractations au Conseil européen sur le sujet, les Vingt-Sept débattaient d'un budget plafonné à 1,07% du PIB de l'Union. Le Parlement, qui devra voter le plafond, avait plaidé pour 1,3%. C’était bien avant que la crise n’érode le volume de richesse produite et ne menace l'intégrité du marché unique et de la zone euro.

Dans le scénario le plus grave, la Banque centrale européenne (BCE) anticipe "une chute du produit intérieur brut de 15% sur le seul deuxième trimestre", a indiqué sa présidente Christine Lagarde, qui a par ailleurs jugé les propositions franco-allemandes "ambitieuses, ciblées et bienvenues".

Une fois déposée la proposition de la Commission, les Vingt-Sept auront quelques semaines pour se préparer à une délibération difficile, prévue pour le Conseil européen de juin.

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