Suspense à la BCE

Que va annoncer Mario Draghi? ©AFP

La Banque centrale européenne pourrait annoncer ce jeudi la fin cette année de son ambitieux programme de soutien à l'économie, baptisé "QE", tout en réservant le suspense sur les modalités de cette sortie.

La Banque centrale européenne pourrait lever un long suspense ce jeudi. Elle pourrait parler de la fin de son programme de soutien à l'économie. A moins que les menaces sur la zone euro ne l'incitent à différer sa décision?

Réunie à Riga, en Lettonie, la BCE aura en mains un nouveau jeu de prévisions macroéconomiques, au moment même où l'inflation en zone euro remonte (1,9% en mai) et se rapproche de son objectif à moyen terme, légèrement en dessous de 2%. Mais les voyants sont loin d'être tous au vert et la situation en zone euro se complique, entre coup de froid sur la conjoncture, tensions commerciales accrues et incertitude sur les intentions du nouveau gouvernement italien.

Mercredi, le Comité monétaire de la banque centrale américaine a relevé une nouvelle fois ses taux d'intérêt d'un quart de point de pourcentage (0,25%) pour les porter dans la fourchette de 1,75% à 2%. Ce tour de vis de la Fed est le second de l'année et deux nouvelles hausses de taux sont encore envisagées cette année.

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La situation. Depuis des mois, les observateurs guettent avidement les modalités de sortie du "QE", les rachats de dette lancés en 2015, préalable à une première remontée "bien après" des taux directeurs, aujourd'hui à leur plus bas historique.

Le Belge Peter Praet, principal économiste de la BCE, a nourri leurs espoirs mercredi dernier: optimiste sur la croissance et l'inflation, il a estimé que l'institution devrait évaluer jeudi "si les progrès réalisés jusqu'ici ont été suffisants" pour envisager un abandon "progressif" du QE.

Le programme de soutien. L'"assouplissement quantitatif" ("quantitative easing" ou "QE") consiste pour la banque centrale à créer de la monnaie pour acheter sur le marché des emprunts d'État ou privés détenus par des investisseurs.
L'objectif est que ces derniers - des banques le plus souvent - réinjectent les liquidités qu'ils obtiennent en échange dans l'économie, en prêtant aux ménages et aux entreprises qui, à leur tour, doivent stimuler la croissance et l'inflation.

Déjà diminué de moitié en janvier, ce programme se poursuit au rythme de 30 milliards d'euros par mois au moins jusqu'à septembre prochain, mais a porté à ce jour sur plus de 2.400 milliards d'euros et pourrait se heurter dans les prochains mois à ses limites techniques.

Réunie à Riga, en Lettonie, la BCE aura en mains un nouveau jeu de prévisions macroéconomiques, au moment même où l'inflation en zone euro remonte (1,9% en mai) et se rapproche de son objectif à moyen terme, légèrement en dessous de 2%.

Le QE est-il une réussite?

En faisant baisser les taux, ce programme a facilité le financement des entreprises, des ménages et des Etats de la zone euro, permettant à ces derniers d'économiser des milliards d'euros sur la charge de la dette.
Parallèlement, la croissance s'est solidifiée tandis que l'inflation a remonté sensiblement en zone euro, pour atteindre 1,9% au mois de mai, portée par les prix du pétrole et, de façon plus vertueuse, par un chômage au plus bas depuis neuf ans, à 8,5% en avril.

Alors, quoi? S'il semble acquis que la BCE va discuter du QE, sa décision reste in fine incertaine: certains tablent sur l'indication d'un horizon fixe de fin des achats nets, d'autres sur un "arrêt flexible" laissant à la BCE de la marge en cas de revers conjoncturel, selon Frederik Ducrozet, économiste chez Pictet Wealth Management.

La BCE devrait par ailleurs réaffirmer que les taux d'intérêt vont rester à leur plus bas niveau "bien après" la fin des rachats nets d'actifs, laissant les analystes anticiper un premier tour de vis au plus tôt au second trimestre de 2019.

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