1.000 milliards pour accélérer la transition climatique de l'Europe

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, présentant son Pacte vert comme le moment "Man on the Moon" de l'Europe, le 11 décembre. ©EPA

La Commission européenne propose un plan sur dix ans pour mettre l’Europe sur les rails d’une neutralité carbone en 2050, tout en reconnaissant qu’il est insuffisant. Il comporte un volet "transition équitable" pour aider les régions dépendantes des énergies les plus polluantes à accrocher leur wagon au train.

La Commission européenne a précisé ce mardi la manière dont elle entend réaliser l’ambition de sa présidente, Ursula von der Leyen, de mobiliser 1.000 milliards d’euros pour le climat au cours de la décennie qui s’ouvre: en réallouant, pour l'essentiel, des financements déjà prévus. La manière, aussi, dont elle entend aider les régions les plus lourdement dépendantes des énergies polluantes – et convaincre au passage un pays charbonnier comme la Pologne d’embrasser avec le reste de l’Union l’objectif d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050.

Les limites du secteur public

Mille milliards d’euros sur dix ans, c’est beaucoup d’argent, mais cela ne constitue pas une réponse européenne suffisante au défi climatique, reconnaît d’emblée la Commission. Rien que pour atteindre l'objectif de réduction de 40% des émissions d'ici 2030, qui doit être revu à la hausse dans les mois qui viennent, l'Union aurait besoin de 260 milliards d'euros d'investissements additionnels par an.

Les mesures du Plan d'investissement pour l'Europe durable (SEIP), le bras financier du Pacte Vert qui était présenté ce mardi à Strasbourg, doivent former un environnement "conducteur" censé encourager le secteur privé à fournir le gros de l'effort - son succès dépendra de l'engagement de toutes les parties prenantes, souligne-t-on à la Commission.

Une part essentielle de la contribution publique est bien sûr tributaire des négociations en cours au niveau des États membres sur le cadre budgétaire européen pour les sept années qui viennent. La Commission prévoit de consacrer le quart au moins de cette enveloppe à l’investissement climatique – et notamment 40% des montants alloués aux grandes politiques traditionnelles de l’Union que sont les fonds structurels et la Politique agricole commune. Voilà pour la moitié du montant annoncé, soit 503 milliards d’euros.

La deuxième part, c’est le plan d’investissements stratégiques de l’Union qui doit la fournir: "InvestEU" est chargé de mobiliser 279 milliards d’euros pour le climat. La Commission compte aussi sur les cofinancements nationaux de programmes européens fléchés vers l’action climatique pour verser 114 milliards de plus à la cause.

Vient enfin l’enveloppe la plus politiquement significative, celle par laquelle doit s’exprimer la solidarité entre les régions les plus avancées et celles toujours lourdement dépendantes des énergies les plus polluantes. Le "Mécanisme de transition juste" (MTJ) doit permettre d’investir 143 milliards d’euros dans les régions les plus sensibles, notamment charbonnières - l’extraction emploie encore 237.000 personnes à travers l'Union.

Aide aux plus dépendants

Une partie du montant annoncé pour ce "Mécanisme" sera apporté par une ligne de prêt de la Banque européenne d’investissement à destination des pouvoirs publics (25 à 30 milliards). Le plan d’investissements stratégiques InvestEU doit de son côté mobiliser 45 milliards d’euros d’investissements privés. Enfin, un nouveau "Fonds de transition juste" (FTJ) doit ajouter 30 à 50 milliards à l’opération par un tour de passe-passe: le nouveau fonds serait crédité de 7,5 milliards d’euros, mais chaque euro qu'il allouerait serait complété par 1,5 à 3 euros issus de l'enveloppe de fonds de cohésion de la région concernée, le tout complété par un co-financement national.

L'allocation de ces ressources, qui ne pourront servir au démantèlement ou à la construction de centrales nucléaires, dépendra notamment des pertes d'emplois potentielles liées à l'arrêt de la production de charbon et de tourbe, mais aussi du niveau de développement économique de l'Etat et de sa capacité d'investissement.

Un objectif "deux fois plus cher"

La proposition permettra-t-elle de convaincre la Pologne, qui a refusé de valider l'objectif de neutralité carbone pour 2050, de revenir dans le concert climatique européen ? Le mantra de son nouveau ministre du Climat, Michal Kurtyka, est que les ressources doivent être "additionnelles" - ce n’est que partiellement le cas ici –, alors que "atteindre l’objectif [de neutralité] va coûter deux fois plus en termes de part du PIB pour les pays d’Europe centrale" que pour la moyenne européenne au cours des trois décennies à venir.

Même si le "mécanisme de transition juste" n'est pas conçu pour des pays comme la Belgique, tous les États membres pourront y prétendre. Mais on s'inquiète plus côté belge de la manière dont l’Europe va aller chercher les 7,5 milliards supplémentaires du nouveau fonds de transition dans un contexte de négociation budgétaire tendue que des retombées pelliculaires qu'il pourrait avoir chez nous. Selon les plans de la Commission, l'impact budgétaire du nouveau fonds ne se fera ressentir que très progressivement, le paiement de 3 des 7,5 milliards étant reporté à la période de financement qui commence en 2028.

Philippe Lamberts: "Le fonds de transition juste a priori nous agrée"

Les députés européens démocrates-chrétiens, socialistes et libéraux ont soutenu ce mercredi à Strasbourg la proposition de "fonds de transition juste" de la Commission européenne. Des divergences sont apparues dans la famille socialiste, tandis que les écologistes demandent à voir la concrétisation du projet. 

"Je suis convaincu que le fonds de transition juste est essentiel, travaillons vite et trouvons un accord au premier semestre, lance le chef de file des libéraux Siegfried Muresan(PPE, Roumanie), le Pacte vert, ça passera ou ça cassera, tout dépendra du financement". Les démocrates chrétiens veulent "un mécanisme robuste avec un financement important", qui ne remet pas en cause les politiques existantes. "Ce fonds de transition juste doit booster le développement économique".

"Les citoyens devront retenir après ce débat que l'UE souhaite transformer les défis climatiques en possibilités de développement vers une société inclusive, résume Dacian Ciolos, le président des libéraux (RE, Roumanie), les citoyens des zones les plus pauvres pourront jouir de cette transition"

"Le fonds de transition juste est quelque chose qui, a priori nous agrée, dit le Belge Philippe Lamberts, coprésident des Verts, mais la question de la cohérence est importante, c'est très bien de faire des politiques vertes, mais si cela aggrave l'empreinte écologique ou les inégalités sociales, cela ne sert à rien".

Les socialistes divisés

Officiellement, les socialistes soutiennent la proposition de la Commission européenne, en insistant sur la préservation de l'équilibre social. "Il ne faut pas que ce soit seulement un slogan cette transition juste, il faut qu'il y ait justice, équité, sans réduire la politique agricole commune et le pacte de cohésion" a dit Iratxe Garcia Perez, la présidente du groupe socialiste (S&D).

Dans les ranges socialistes français, des voix divergent à 360 degrés."Il n'y a pas grand-chose dans cette proposition de fonds de transition, pour ne pas dire rien, déplore l'eurodéputé socialiste français Éric Andrieuxc'est une belle boîte à outils, mais elle est vide. De plus il n'y a aucune refonte de la politique agricole commune".

Vincent Georis

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