Forte participation à la présidentielle roumaine, le pro-européen Iohannis favori

©EPA

Les Roumains se mobilisaient dimanche au premier tour d'une présidentielle que le chef de l'Etat sortant Klaus Iohannis semble assuré de remporter, confirmant l'ancrage pro-européen de cet ancien pays communiste.

A 15 heures, 30% des 18,2 millions d'inscrits avaient exprimé leur suffrage, un taux de participation plus élevé que lors des précédents scrutins.

"Il nous aura fallu trente ans pour avoir la possibilité de choisir entre des candidats qui ne soient pas tous issus du parti communiste", renversé en décembre 1989, se félicite Bradut Bumbas, un Bucarestois rencontré par l'AFP dans un bureau vote, en compagnie de son épouse et de leur fillette.

Les observateurs pensent que le scrutin pourrait marquer la fin d'une ère: pour la première fois depuis le retour du multipartisme, le parti social démocrate (PSD), héritier direct du communisme et à la base électorale plutôt rurale et âgée, n'est pas assuré d'être présent au second tour.

"Les Roumains décident aujourd'hui de l'avenir de leur pays pendant les prochaines années."
Klaus Iohannis
Président de la Roumanie

Klaus Iohannis, 60 ans, représente le parti libéral (PNL). Il a axé sa campagne sur la défense de l'Etat de droit. Selon les sondages, il est en passe d'être reconduit à son poste, suite au second tour, le 24 novembre. "Les Roumains décident aujourd'hui de l'avenir de leur pays pendant les prochaines années", a déclaré M. Iohannis, un ancien professeur de physique issu de la minorité allemande, devant des journalistes, en déposant son bulletin dans l'urne. En fonction depuis 2014, il a voté dans une école de Bucarest baptisée Jean Monnet, du nom d'un des "pères de l'Europe", a constaté un journaliste de l'AFP. Il affirme avoir "voté en faveur d'une Roumanie normalisée".

Son élection pourrait consolider le courant libéral à l'Est de l'Union européenne (UE) face aux partis souverainistes, après les succès de progressistes en Slovaquie et en Hongrie cette année. Une mobilisation plus forte dans les grandes villes au détriment des campagnes semble confirmer ce scénario.

Signal pro-européen

La candidate sociale-démocrate et ex-Première ministre Viorica Dancila, 55 ans, renversée par le parlement le mois dernier, dispute la deuxième place à Dan Barna, 44 ans, représentant d'un jeune parti pro-européen (USR), selon les sondages.

La Roumanie, pays de 19,7 millions d'habitants, s'est nettement moins teinté de nationalisme que la Hongrie ou la Pologne. Toutefois, depuis son retour au pouvoir en 2016, le PSD a tenté de museler la justice, dénoncent ses détracteurs et Bruxelles. "Tandis que les partis au pouvoir en Pologne et en Hongrie ont gagné après une campagne contre l'UE aux Européennes de mai dernier, les Roumains ont eux sanctionné leur gouvernement et ont envoyé un signal pro-européen", rappellent Manfred Sapper et Volker Weichsel dans le dernier numéro de la revue allemande Osteuropa.

Le PSD s'est aussi présenté comme le défenseur des intérêts de la Roumanie contre les institutions communautaires, ce qui ne lui a pas forcément réussi. La gauche, accusée de corruption, "devra donc se chercher une nouvelle identité suite à ces trois années de pouvoir", estime le sociologue Vasile Dancu. Début novembre, un gouvernement libéral dirigé par Ludovic Orban a été installé à Bucarest.

"Révolution non achevée"

Sur les réseaux sociaux, les Roumains se sont fortement engagés afin de convaincre la population de se déplacer massivement à l'élection, à l'instar de l'écrivain Mihai Sora: "Nous n'élisons pas simplement un homme, nous élisons notre avenir", a écrit ce philosophe respecté âgé de 103 ans. Il est devenu le porte-voix des dizaines de milliers de manifestants qui sont descendus régulièrement dans la rue ces dernières années contre les "dérives" de la gauche et en défense d'une justice indépendante.

"Allez voter pour que la révolution (anticommuniste, ndlr) non achevée d'il y a 30 ans soit menée à bien", a pour sa part lancé l'éditorialiste du site Republica.ro Cristian Tudor Popescu. 

4 millions
Diaspora roumaine
Quelque quatre millions de Roumains vivent à l'étranger et peuvent faire basculer le résultat de l'élection.

Aux derniers jours de la campagne, les candidats se sont adressés aux quatre millions de Roumains émigrés et dont le vote peut faire basculer les résultats. Les voix de la diaspora sont pour la plupart acquises au camp libéral et le réseau diplomatique a ouvert dès vendredi trois fois plus de bureaux de vote que lors de la précédente élection. Plus de 470.000 émigrés avaient déjà voté dimanche en milieu de journée, un record pour le premier tour d'une présidentielle.

Au total, 14 candidats sont en lice pour ce scrutin qui clôturera à 21H00). Deux sondages à la sortie des urnes seront diffusés aussitôt.

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