Jour J pour la succession d'Angela Merkel

©EPA

Après 18 ans de règne, Angela Merkel cède ce vendredi les rênes de son parti conservateur. Deux candidats se démarquent: Annegret Kramp-Karrenbauer, dite AKK ou "mini-Merkel", et Friedrich Merz, au profil plus libéral.

"En ces moments difficiles, nous ne devrions pas oublier nos valeurs chrétiennes-démocrates", a lancé la chancelière allemande Angela Merkel lors d'un congrès à Hambourg, au cours duquel son remplaçant, après 18 ans de règne à la tête du parti, va être désigné.

Le vote aura des accents historiques, puisqu'il qui doit aussi déterminer le cap que prendra l'Allemagne. Les délégués de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) élisent ce vendredi le successeur de Merkel à la présidence du parti. Pour rappel, la chancelière allemande a décidé en octobre d'abandonner la tête de la CDU à la suite de mauvais résultats électoraux.

La question décisive, c’est le profil des délégués. Beaucoup sont maires, élus locaux… Ils vont choisir le candidat qu’ils estiment être la meilleure locomotive électorale.
Michael Bröcker
journaliste au Rheinische Post

Les 1.101 délégués – pour la plupart fonctionnaires du parti, élus locaux ou régionaux – éliront cette après-midi le futur président du parti. Le vote est d’autant plus important que le vainqueur sera également chef de file de la droite aux prochaines législatives, et probablement le prochain Chancelier, au regard des sondages.

Deux candidats se font face. Le troisième, le ministre de la Santé, Jens Spahn, fait figure d’outsider. Homosexuel déclaré, âgé de seulement 37 ans, Spahn a peu de chances de convaincre un parti qui était l’été dernier encore majoritairement opposé au mariage homosexuel.

"AKK" contre Merz

Annegret Kramp-Karrenbauer ©REUTERS

• La dauphine de Merkel, Annegret Kramp-Karrenbauer, dite AKK, a longtemps fait figure de favorite. Elle a derrière elle une longue carrière d’élue dans la Sarre, à l’ouest du pays, où elle a occupé plusieurs postes de ministre régionale, avant de devenir ministre-présidente de la région. Son profil fédérateur et centriste lui a valu le surnom de "mini-Merkel" et lui assure le soutien de la fédération des femmes de la CDU. Elle est toutefois plus conservatrice que l’actuelle Chancelière sur les questions de société.

Friedrich Merz ©REUTERS

• Son challenger, Friedrich Merz, est un ancien rival de la Chancelière, court-circuité en pleine ascension politique par la fille de pasteur protestant de l’ex-RDA. Reconverti dans les affaires en 2009 (Merz siège au sein des conseils de surveillance de BASF, HSBC, Axa et préside le conseil de surveillance de Blackrock), il est entre-temps millionnaire, ce qui est loin d’être un atout auprès de l’électorat allemand. Son profil économico-libéral lui vaut l’appui des milieux d’affaires au sein du parti. Il est également plébiscité par les nostalgiques de la CDU "rhénane", le parti chrétien-démocrate de feu Helmut Kohl (chancelier de 1982 à 1998) ou Konrad Adenauer, pilier immuable de presque tous les gouvernements de la RFA.

Soutien de Schäuble

Le soutien affiché mardi à Friedrich Merz par l’éminence grise des conservateurs allemands, Wolfgang Schäuble, dans une interview au quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), s’inscrit dans cette logique de retour aux valeurs sûres du passé. "Merz, explique Schäuble dans le FAZ, est un Européen convaincu, un fin connaisseur des relations transatlantiques et il respecte les valeurs de l’économie de marché. Pour la CDU il est très important d’avoir à la tête du parti quelqu’un avec un tel profil." Merz, selon Schäuble, augmenterait les chances pour la CDU de renouer avec les succès du passé.

Cette intervention de l’ancien ministre des Finances d’Angela Merkel dans la campagne – lui aussi un ancien rival malheureux de la Chancelière – pourrait modifier la donne. Jusqu’ici, AKK faisait figure de favorite. 39% des électeurs, et 48% des sympathisants de la CDU souhaitaient sa victoire, selon un sondage du 30 novembre dernier. Merz, de son côté, n’était crédité que de 26% d’opinions positives auprès des électeurs, et de 35% auprès des sympathisants de la CDU.

Merz a toutefois remporté à l’applaudimètre un succès remarqué fin novembre, lors de la présentation des trois candidats aux délégués de Rhénanie–du–Nord–Westphalie, la région la plus peuplée d’Allemagne et située à l’ouest du pays. La fédération de Rhénanie aligne un tiers du nombre total des délégués.

"La question décisive, c’est le profil des délégués", estime Michael Bröcker, journaliste au Rheinische Post et auteur d’une biographie de Jens Spahn. Beaucoup sont maires, élus locaux… Ils vont choisir le candidat qu’ils estiment être la meilleure locomotive électorale."

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