L'Espagne et la Catalogne plongées dans l'incertitude

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Rien n’arrête la Catalogne dans sa course vers l’indépendance. Alors que les relents d’affrontements de la veille entre la Garde civile et la foule s’élevaient des rues de Barcelone, le président catalan Carles Puigdemont annonçait qu’il proclamerait, lundi ou mardi, l’indépendance de la Catalogne. Cet acte est prévu par la loi sur le référendum voté le 6 septembre denier.

Madrid rejette en bloc le référendum frappé d’illégalité par la Cour constitutionnelle. L’Espagne pourrait perdre une région de 7,5 millions d’habitants, représentant un cinquième de son PIB. Le pays est désormais plongé dans une zone d’incertitude pouvant déboucher sur la violence. Ou le dialogue.

La violence a montré ses travers. Les milliers de policiers dépêchés par Madrid n’ont pas suffi à décourager plus de 2,26 millions de personnes de voter en faveur de l’indépendance. Selon Carles Puigdemont, la victoire du "oui" est acquise à 90% des suffrages exprimés, tandis que 42,3% des électeurs Catalans se sont rendus aux urnes.

"Il ne s’agit pas d’une affaire intérieure. Il est évident que nous avons besoin d’une médiation."
carles puigdemont
président de la catalogne

Le Premier ministre Mariano Rajoy (Parti populaire) a perdu la bataille. Malgré le dispositif policier, il n’est parvenu à fermer que 4% des bureaux de vote.

L’échec de Rajoy est, avant tout, moral. Devant le monde entier, la Garde civile a chargé les gens se rendant aux urnes. Plus de 900 personnes, parfois âgées, ont été blessées par des policiers distribuant coups de matraques et tirant des balles en caoutchouc. "Los Messos", les policiers régionaux, restant fidèles à la région catalane.

Illégal, voir bancal, le référendum n’en est pas moins validé par l’écho que les violences policières ont eu dans le monde.

Que va-t-il se passer dans les prochains jours?

La Catalogne en grève pour défendre ses droits

La Catalogne est en grève ce mardi, du FC Barcelone à la célèbre Sagrada Familia, pour défendre ses "droits" et dénoncer les violences policières en marge du référendum de dimanche. La grève doit notamment toucher le port de Barcelone, les universités publiques, les transports, le Musée d'art contemporain (MACBA), l'Opéra ou la cathédrale de la Sagrada Familia.

Le Barça suivra aussi le mouvement: ni les équipes professionnelles ni celles des jeunes ne s'entraîneront mardi. 

 

 

Le gouvernement espagnol pourrait suspendre l’autonomie de la Catalogne, dissoudre son gouvernement et la placer sous tutelle, comme le prévoit la Constitution espagnole en cas de sédition.

Rajoy aurait dû prendre cette décision – inédite dans l’histoire de l’Espagne – avant le référendum, au lieu d’envoyer la police contre les électeurs et en faire des martyrs. Suspendre l’autonomie de la Catalogne aujourd’hui enflammerait encore plus la rue.

Les partenaires socialistes (PSOE et Podemos) de Rajoy pourraient déboulonner le Premier ministre. Mais ils sont trop opposés à l’indépendance de la Catalogne que pour provoquer "une crise dans la crise".

Madrid acculée au dialogue

Dos au mur, le gouvernement espagnol se voit contraint de nouer un dialogue avec les indépendantistes. La tâche sera ardue après cinq ans d’échecs des négociations entre Madrid et Barcelone.

Puigdemont a appelé ce lundi à une médiation internationale, se tournant vers l’Europe. "Il ne s’agit pas d’une affaire intérieure. Il est évident que nous avons besoin d’une médiation", a-t-il déclaré. Mais l’UE fait la sourde oreille. La France, l’Allemagne et les Pays-Bas ont apporté leur soutien à Mariano Rajoy.

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a appelé au "dialogue", sans condamner les violences policières ni soutenir les indépendantistes. Il a répété que le référendum est illégal et qu’il s’agit d’une "question interne" à l’Espagne. Le président du Conseil européen Donald Tusk a appelé Rajoy à éviter l’escalade de violence.

La crise se joue aussi à Bruxelles. Sur le plan politique, l’Europe verse dans le camp de Madrid. Les trois institutions européennes, le Parlement, la Commission et le Conseil, sont dirigées par le PPE, la première famille politique, dont est membre Mariano Rajoy. En outre, une reconnaissance par l’UE du processus d’indépendance en cours en Catalogne risquerait d’enclencher un "effet domino" sur des régions comme l’Écosse et la Flandre.

Chute des Banques Catalanes

Le référendum d’autodétermination en Catalogne a également agité la Bourse de Madrid. Alors que les autres indices européens ont clôturé en hausse ce lundi, l’Ibex 35 a lâché 1,21%, largement entraîné par la chute du secteur bancaire. Les deux principales banques catalanes, Caixa Bank et Banco de Sabadell, ont perdu 4,43% et 4,53%. Les autres groupes espagnols ont aussi été malmenés, mais dans une moindre mesure. Sur le marché obligataire, l’écart entre le taux espagnol à 10 ans et le Bund allemand s’est agrandi jusqu’à plus de 126 points de base, soit son plus haut niveau depuis la mi-juin.

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