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L'Europe veut mettre de l'ordre dans la publicité politique en ligne

La vice-présidente de la Commission en charge de la Justice présentait jeudi une réforme pour assurer la transparence sur l'origine des contenus de nature électorale. ©AFP

La Commission européenne veut forcer la transparence, alors qu'en Belgique le débat fait rage sur la limitation des montants alloués à la communication électorale.

D’ici aux prochaines élections européennes, en 2024, il ne devrait plus y avoir la moindre ambiguïté sur la nature, l'origine et le ciblage des messages politiques qui arrivent sur nos fils de réseaux sociaux. C’est du moins l’idée que défend la Commission européenne, qui présentait ce jeudi une proposition de régulation des publicités politiques en ligne. "Nous avons vu trop d'exemples de risques liés au numérique", a souligné Vera Jourova, vice-présidente de la Commission, en présentant ses propositions, citant l’attaque du Capitole et le scandale Cambridge Analytica, du nom de l’entreprise qui avait notamment utilisé des données d’utilisateurs de Facebook à leur insu pour peser sur des scrutins britannique et américain.

"Nous avons vu trop d'exemples de risques liés au numérique."
Vera Jourova
Vice-présidente de la Commission

Avec cette nouvelle loi européenne, la publicité politique devra être clairement identifiée comme telle et l’internaute pourra entre autres voir qui a payé quel montant pour faire remonter ce contenu. Selon le règlement, sur lequel les législateurs européens doivent à présent se positionner, ce sera aux autorités nationales de superviser la bonne application des nouvelles règles et de fixer des sanctions.

Plafond en question

La question de l'encadrement des messages électoraux en ligne a une résonance particulière en Belgique, où les investissements massifs du Vlaams Belang (VB) dans la publicité sur Facebook ont été cités comme un des facteurs expliquant le triomphe du parti aux élections de 2019. Le succès de la publicité politique ne se dément pas depuis lors: en août, une publication du groupe de recherche AdLens comparant les dépenses politiques sur Facebook dans 33 pays européens avait montré que sept politiciens belges étaient dans le "top dix" des personnalités les plus dépensières en publicité électorale - en chiffres absolus. Le réseau Facebook publie les chiffres dans sa "bibliothèque publicitaire": depuis le 15 avril 2019, le Vlaams Belang a dépensé 2,3 millions d'euros en annonces sur Facebook - sans compter les dépenses de comptes liés, comme celui de Tom Van Grieken ou d'antennes régionales. Le PTB-PVDA et la NV-A sont aussi sur le podium belge de ce type de dépenses.

Ces tendances qui sont largement cohérentes avec les stratégies historiques de ces partis, souligne Jean Faniel, directeur du Centre de recherche et d’information socio-politiques (Crisp): "Tom Van Grieken a incarné le basculement vers internet, mais le VB a toujours privilégié la propagande aux études ou recherches. Si on regarde l'évolution des dépenses électorales, année après année, on voit qu’il a toujours dépensé très peu sur son personnel: une ou deux personnes, contre 80 à 90 personnes au PS par exemple."

Si chez les verts on veut réguler, chez les socialistes on défend l'interdiction pendant les périodes de campagne électorale.

Outre la transparence, certains plaident donc pour réguler les montants. Le groupe Ecolo-Groen à la Chambre a récemment déposé une proposition de loi pour limiter les dépenses de publicité électorale, en ligne ou non, à 1 million d’euros par an - "c'est la première proposition de régulation qui a été déposée à ce jour", souligne le député Gilles Vanden Burre, qui estime avoir l’oreille des chrétiens-démocrates et libéraux flamands sur le sujet. Si chez les verts on veut réguler, chez les socialistes on défend l'interdiction pendant les périodes de campagne électorale, selon une proposition de loi déposée par Khalil Aouasti.

En attendant la maturation du débat belge, la Commission avance donc à son échelle. Avec un travail de transparence certes "bon à prendre" pour Jean Faniel, "mais qui ne peut être qu’un élément dans une panoplie plus large d’éducation aux médias et à la politique".

Le résumé

  • La Commission européenne veut une pleine transparence sur les messages politiques en ligne.
  • Après les scandales comme celui de Cambridge Analytica, les internautes devront pouvoir identifier immédiatement les contenus financés à des fins de campagne politique.
  • Alors que la classe politique belge est championne d'Europe de la propagande électorale en ligne, le débat porte moins sur la transparence que sur une éventuelle limitation des montants.

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