analyse

Retour en force de la droite en Grèce

Alexis Tsipras, Premier ministre sortant, passera la main à Kyriakos Mitsotakis. ©EPA

Le chef de file du parti conservateur Nouvelle démocratie (ND), Kyrikos Mitsotakis, a prêté serment ce lundi en tant que nouveau Premier ministre grec, au lendemain de la nette victoire de sa formation aux législatives qui tourne la page de l'ère Tsipras.

"Domination Totale". C’est par ce titre que Ta Nea, grand quotidien centriste grec, résume les résultats des élections législatives grecques de ce dimanche.

En emportant quasiment 40% des suffrages (39,85%), Nouvelle Démocratie réalise son meilleur score depuis 2007 et, surtout, réussit, avec 158 députés sur les 300 du Parlement grec, à obtenir la majorité absolue. C’est le premier parti à pouvoir gouverner tout seul depuis 2009 et le début de la crise.

"Le Parlement fonctionnera tout l’été car le futur ne peut pas attendre."

Kyriakos Mitsotakis, 51 ans, leader du parti et depuis ce lundi nouveau Premier ministre grec, n’a pas attendu avant d’annoncer la couleur. "Le Parlement fonctionnera tout l’été car le futur ne peut pas attendre." Le nouveau gouvernement va donc immédiatement se retrousser les manches et partir à l’assaut (législatif) de tout ce qui empêche le développement et la croissance économique de s’installer durablement en Grèce pour réellement tourner la page de la crise.

Baisser les impôts

Liberal et pragmatique, Mr Mitsotakis a fait une campagne avec comme seules promesses de baisser les impôts, faciliter l’entreprenariat et rendre la Grèce attractive aux investisseurs étrangers. Il aura fort à faire dans un pays qui, malgré la crise et les réformes qu’il a été obligé d’entreprendre sous la tutelle de ses créanciers, reste à la 115e place mondiale de l’indice de liberté économique du Heritage Foundation.

"C’est pourquoi l’élection de Mitsotakis est une chance unique pour que la Grèce se rapproche enfin de la moyenne européenne concernant la liberté d’entreprendre", explique Nicos Rompapas, président du Think Tank libéral Kefim.

"Syriza a su garder ses électeurs par peur de Mitsotakis."
Seraphim Seferiades
professeur de sociologie politique à l’Université Panteio

Mais si la droite et le libéralisme triomphent en Grèce, la gauche résiste et résiste bien. Avec 31,5% des suffrages, Syriza, le parti d’Alexis Tsipras ne perd que 4% de ses électeurs après plus de 4 ans au pouvoir et reste incontestablement le deuxième parti du pays. Il peut donc espérer être organiquement le parti de l’alternance dans un pays qui, traditionnellement, est toujours partagé entre deux grands partis, l’un de droite et l’autre de gauche.

Pour Seraphim Seferiades, professeur de sociologie politique de l’Université de Panteio à Athenes, ces deux grands blocs politiques se renforcent mutuellement. "Il s’agit en fait d’un double vote de protestation. Mitsotakis et la droite profitent du profond rejet du Syriza par les électeurs de droite. Et le Syriza a su garder ses électeurs par peur de Mitsotakis et d’un discours néolibéral qui fait peur aux classes les plus démunies."

Deux nouveaux partis

Derrière ce duel droite-gauche somme toute assez classique, ces élections auront aussi vu l’entrée au Parlement de deux nouveaux partis: Mera25, parti de Yanis Varoufakis, le controversé ex-ministre des finances d’Alexis Tsipras et Elyniki Lyssi, parti nationaliste ouvertement pro-Russe.

Du côté des perdants, ce ne sont pas moins de quatre partis qui siégeaient dans le Parlement sortant qui n’y siégeront plus. Parmi eux, et c’est la grande surprise du scrutin, le parti néonazi Aube Dorée, qui ne réussit pas à franchir la barre des 3% nécessaires pour élire des députés. C’est le seul résultat de ce scrutin qui fut salué à l’unanimité par l’ensemble des autres partis…

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect