17 patrons pour un Benelux renforcé

Rik Vandenberghe, CEO d’ING Belgique. ©Photo News

Le Brexit met l’Europe sous pression. Plusieurs CEO plaident pour un renforcement de la collaboration entre Belgique, Pays-Bas et Luxembourg.

La Benelux Business Roundtable (BBR), un club de dirigeants d’entreprise des trois pays du Benelux, demande dans une carte blanche publiée dans L’Echo une accélération de l’harmonisation des règles s’appliquant aux entreprises et aux échanges commerciaux au sein du Benelux. Cette initiative devrait faire contrepoids à la stagnation dont souffre aujourd’hui le processus d’harmonisation au sein de l’Europe et qui, selon les chefs d’entreprises, est très dommageable pour les petites économies ouvertes que sont la Belgique et les Pays-Bas.

"Par le passé, nous nous sommes chamaillés pendant dix ans avec nos voisins du nord sur l’approfondissement de l’Escaut. C’est tout de même possible d’aller plus vite, non? Les travaux eux-mêmes n’ont pas duré plus de six mois", souligne Luc Bertrand, président du groupe anversois Ackermans & van Haaren.

"Avec le Benelux, nous pouvons plus facilement aller beaucoup plus loin et plus vite qu’à présent, avec des règles cohéren-tes." Luc Bertrand, AvH

"Je crois encore dans l’Europe, embraye-t-il, mais nous sommes maintenant membres d’un club sans règles. Avec le Benelux, nous pouvons plus facilement aller beaucoup plus loin et plus vite qu’à présent, avec des règles cohérentes." "L’Europe à plusieurs vitesses est déjà un fait", dit le président de la BBR, Eric ter Hark. "Les grandes puissances européennes ont beaucoup de difficulté à s’accorder. Les trois pays du Benelux ont énormément de choses en commun, à la fois sur les plans géographique et historique, et peuvent collaborer plus aisément que les blocs monolithiques que sont les grands pays."

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Carte blanche à Erik Ter Hark, Président du Benelux Business Roundtable: "Collaborer dans le Benelux, plus vite et plus loin".


Rôle pionnier

"Notre première ambition est d’analyser comment nous pouvons collaborer", poursuit Rik Vandenberghe, CEO d’ING Belgique. "Les trois pays du Benelux occupent une place importante au centre de l’Europe et ils doivent jouer un rôle de pionniers".

"Ce mouvement n’est pas né d’une quelconque rancune envers l’Europe, mais d’une approche positive", souligne Wouter De Geest, patron du groupe chimique BASF Antwerpen.

Travailleurs frontaliers

Wouter de Geest, CEO de BASF, Anvers. ©BELGA

C’est dans les secteurs de l’énergie et de la mobilité des travailleurs que les idées sont les plus abouties. Conséquence: la table ronde devrait publier un premier projet cet automne. "Comment rendre notre marché de l’emploi plus flexible et plus mobile? Pouvons-nous modifier les règles administratives et la fiscalité afin de faciliter le travail transfrontalier?" se demande De Geest. "Avec quelques petites modifications et une simplification administrative, il est possible de faciliter la mobilité des travailleurs entre les trois pays", renchérit Jean-Pierre Blumberg, avocat chez Linklaters. Ter Hark souligne par ailleurs que les travailleurs de petits pays se heurtent davantage aux frontières que dans les grands pays.

Dans le secteur énergétique, les patrons plaident pour que le Benelux soit davantage considéré comme une région, ce qui permettrait d’harmoniser les projets en matière d’énergie nucléaire ou éolienne. "Par exemple, les centrales nucléaires belges sont vétustes. Les Pays-Bas produisent trop d’électricité et disposent d’une centrale sous-employée à proximité de la frontière belge. La Belgique pourrait l’utiliser, moyennant l’installation d’une meilleure connexion".

Les infrastructures, la mobilité et la numérisation sont des thèmes qui seront mis à l’ordre du jour des prochaines réunions mensuelles. Des contacts ont été pris pour élargir l’organisation. "La BBR souhaite jouer le rôle de charnière au niveau des activités économiques de la région", explique son président, ter Hark.

Cette initiative devrait se traduire par des propositions concrètes pour le monde politique, les ministres des Affaires étrangères et les autorités du Benelux.

Hasard du calendrier, le secrétaire d’Etat à la Lutte contre la fraude sociale, Philippe De Backer (Open Vld), a annoncé hier le lancement d’un projet pilote au niveau du Benelux sur la fraude en matière d’allocations. Les institutions sociales des Pays-Bas et de la Belgique échangeront des informations sur l’emploi et le chômage pour examiner si certaines personnes reçoivent indûment des allocations.

Luc Bertrand, CEO d' Ackermans & Van Haaren et cosignataire de la Carte blanche. ©Debby Termonia

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