Bratislava, le sommet de tous les dangers

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Les Etats-membres de l’Union européenne se réunissent ce vendredi à Bratislava, sans le Royaume-Uni, pour jauger leur avenir. Le risque de confrontation ouverte entre les Vingt-Sept n’est pas négligeable.

Pour la première fois depuis que les Britanniques ont décidé de quitter l’Europe, les Vingt-Sept se réunissent ce vendredi à Bratislava pour jauger leur avenir. Sans verser dans l’alarmisme, la situation impose de prendre la mesure du risque: Bratislava, s’inquiète un diplomate de haut rang, pourrait être un sommet de la zizanie, annonciateur du délitement de l’UE. Voilà pour le scénario du pire. Si déjà cette réunion ne virait pas à la confrontation ouverte entre États-membres, elle serait un succès.

Mais l’objectif affiché par le président du Conseil, Donald Tusk, et répété hier par François Hollande et Angela Merkel est plus ambitieux. Il s’agit de définir un diagnostic commun de la situation dans laquelle est l’Union – une gageure – et si possible d’esquisser un agenda d’action pour les mois à venir. Pour que l’Union retrouve une direction claire d’ici au sommet de Rome l’an prochain, qui marquera le soixantième anniversaire de sa création.

"Les électorats nationaux veulent plus d’influence sur les décisions de l’Union."
donald tusk
président du conseil européen

C’est plutôt mal parti. En guise d’invitation, Donald Tusk a envoyé aux chefs d’État et de gouvernement une longue lettre dans laquelle il pose son propre diagnostic – des conclusions avant l’heure, en somme. Tous les ingrédients de la discorde y sont. Quand certains États membres – dont celui qu’il connaît le mieux, la Pologne – appellent à un affaiblissement des institutions communautaires au profit des États, Tusk relaye: "Les électorats nationaux veulent plus d’influence sur les décisions de l’Union."

Attaque frontale

Tusk attaque frontalement la politique de la Commission européenne et ses "discours politiquement corrects selon lesquels l’Europe ne peut devenir une forteresse". Il appelle à une mise au pas de la Commission, l’arbitre qui garantit le respect des traités et de l’intérêt général européen: les "institutions", dit-il, "ne doivent pas imposer leurs propres priorités".

"Le principal problème de l’UE est la naïveté sur laquelle reposent les politiques de Bruxelles."
Viktor Orban
Premier ministre hongrois

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban ne le désavouera pas: "Le principal problème de l’UE est la naïveté sur laquelle reposent les politiques de Bruxelles", a-t-il encore attaqué cette semaine. Il s’exprimait devant une barrière barbelée aux côtés du Premier ministre bulgare Boyko Borissov, qui de son côté s’en est pris au favoritisme de la Commission dans l’allocation de fonds pour renforcer les frontières: "La semaine dernière, les Grecs ont eu 165 millions. Bien sûr, le commissaire est Grec!"

Dans ce contexte tendu, le ton employé par Donald Tusk ne plaît pas à tout le monde. Parce qu’il induit une remise en cause de la méthode de travail communautaire, que la Belgique, notamment, a toujours défendue: c’est à la Commission de proposer, les États membres – et le Parlement – disposent. Ici comme au foot, taper sur l’arbitre est contreproductif, souligne un diplomate. À ce point de tension aigu s’ajoute le risque d’affrontement des nations entre-elles. La déclaration du ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, qui a appelé à exclure la Hongrie de l’Union parce qu’elle ne respecte plus ses valeurs, le souligne. Son Premier ministre n’a pas endossé la prise de position, mais Asselborn persiste, et remet le couvert: la Hongrie est en proie à "une hystérie propagandiste".

Trois sujets

La réunion se centrera sur trois sujets: les migrations, la sécurité et l’économie. Or, sur deux d’entre-eux la fracture politique entre États est grande. La question des migrations accroche sur le nœud de la répartition des demandeurs d’asile entre les États-membres, alors que la Hongrie organise le 2 octobre un référendum ouvertement xénophobe. Si elle refuse la solidarité, elle devra payer, avance un diplomate. L’économie divise aussi les États membres, singulièrement sur la question du détachement des travailleurs, dans laquelle les pays de l’Est ne voient aucun problème.

Dans ce contexte, la marge pour trouver un commun dénominateur européen n’a jamais semblé aussi étroite.

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