"C'est ma dernière intervention devant le Parlement européen et j'ai le coeur gros" (Juncker)

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Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a défendu le bilan de cinq années de mandat à la tête de l'exécutif européen, ce mercredi à l'occasion de sa dernière intervention devant le Parlement européen. Un discours aux tonalités de testament politique, à quelques semaines des élections européennes.

Brexit, crise migratoire, évasion fiscale, Dieselgate... La législature qui s'achève fut des plus turbulentes pour les institutions européennes. En particulier pour le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker (PPE), qui a voulu imprimer une marque politique à l'exécutif européen, là où celle de ses prédécesseurs fut atone. Très vite, ses ambitions furent étouffées par la montée des populismes et les nationalismes exacerbés de nombreux Etats européens, de la Hongrie au Royaume-Uni.

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L'ancien premier ministre luxembourgeois a adressé son testament politique aux Européens, mercredi à Strasbourg lors de la dernière session du Parlement européen de cette législature. Sa prise de parole avait lieu dans le cadre d'un débat sur le futur de l'Europe, en présence du Premier ministre letton Krisjanis Karins

©AFP

"C'est ma dernière intervention devant le Parlement européen et j'ai le coeur gros de voir que certains collègues vont quitter la scène politique", a-t-il dit, la voix éraillée,"j'ai beaucoup aimé mon travail ici, j'ai beaucoup appris, je me suis beaucoup disputé". De fait, les disputes n'ont pas manqué, comme le jour où excédé par la faible participation des élus aux débats, il leur avait lancé, au bord des larmes: "Le Parlement européen est ridicule, très ridicule"

"Mais je crois aussi que nous avons fait beaucoup ensemble", a-t-il poursuivi, avant d'être salué par un tonnerre d'applaudissement.

"La Commission, pas une bande de putschistes"

"Le Brexit est important, la vie quotidienne des citoyens l'est plus"
Jean-Claude Juncker
Président de la Commission européenne

"Le Brexit est important, la vie quotidienne des citoyens l'est plus", a lancé celui qui fut à la tête de l'exécutif européen ces cinq dernières années et président de l'Eurogroupe durant de 2005 à 2013. Jean-Claude Juncker a mis en en avant la décision de mettre fin aux frais de roaming, plus importante à ses yeux que le débat sur le Brexit. Il a évoqué les 1.600 dialogues menés avec les citoyens, "ce qui prouve que la Commission n'est pas une bande de putschistes illégitimes, mais que nous sommes au contact quotidien des citoyens"

"En Europe il faut avoir de la patience et il faut la garder jusqu'au tout dernier jour", a-t-il insisté. 

"Patriotisme responsable"

Jean-Claude Juncker et le président du Conseil européen, Donald Tusk ©AFP

Le président de la Commission européenne, dont le mandant prend fin le 31 octobre, a défendu son bilan et sa vision politique de l'Union européenne. Une vision attachée aux nations et à une Europe se concentrant sur les grands défis plutôt qu'un État européen régissant tous les aspects de la vie des citoyens.

"L'Europe ne peut pas se faire sans les peuples", a-t-il dit, "les nations sont installées dans la durée, il ne faut plus parler des États-Unis d'Europe, car l'Europe ne sera jamais un État copiant les États-Unis", a-t-il ajouté, "il n'y a pas de contradiction avec le patriotisme responsable et l' appartenance à un ensemble plus grand que constitue l'Union européenne".

"Jamais dans l'histoire de l'Europe autant de progrès fut fait en matières sociale"
Jean-Claude Juncker
Président de la Commission européenne

Malgré l'enthousiasme de cette Commission, qui fit adopter 350 propositions en cinq ans, pas moins de 164 propositions législatives sont encore sur la table du législateur. La réforme du droit d'asile, sur laquelle les Vingt-huit n'ont pu se mettre d'accord, est l'un des grands échecs de la Commission et du Conseil, qui ne purent endiguer le nationalisme exacerbé des anciens pays de l'Est. Mais aussi des pays comme l'Italie, l'Autriche, où l'extrême droite s'est installée au pouvoir. 

"Mais j'ai une satisfaction, jamais dans l'histoire de l'Europe autant de progrès fut fait en matières sociales", a-t-il dit, remerciant les députés pour leur coopération.

"Il faut aimer l'Europe"

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker et Michel Barnier, le chef négociateur de l'UE pour le Brexit, pressenti à sa succession ©REUTERS

L'innovation, un domaine dans lequel l'Europe accuse un retard important par rapport aux États-Unis et à la Chine, est un autre terrain laissé en friche par l'Union européenne. Jean-Claude Juncker a déploré qu'aucun Etat ne consentait à accroître le budget de l'Union européenne afin de prendre en mains cette politique.

"Il est vrai que l'innovation, la jeunesse, la défense sont des domaines dans lesquels nous devons investir", a-t-il reconnu, "mais nous ne pourrons le faire que si nous coupons dans d'autres budgets, comme l'agriculture et la cohésion". La prise en compte de ces nouvelles priorités signifierait une augmentation de 1,4% du budget. Mais même le Parlement, jugé le plus progressiste dans ce domaine, a imposé une limite de 1,3% à l'augmentation du budget, supérieure à ce que souhaitait la Commission. 

"Si on n'aime pas l'Europe on est pas capable d'amour"
Jean-Claude Juncker
Président de la Commission européenne

Avant de s'en aller, ému, il a fait un dernier credo à l'Europe."Il faut aimer l'Europe, si on n'aime pas l'Europe on n’est pas capable d'amour. Et moi j'aime l'Europe, vive l'Europe", a-t-il conclu.

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