Charles Michel veut négocier le budget européen "au finish"

Le président du Conseil européen Charles Michel avec la Première ministre danoise, Mette Frederiksen.

Le président du Conseil européen Charles Michel a dévoilé sa proposition de budget à long terme en vue des négociations prévues lors d'un sommet européen extraordinaire, le 20 février prochain. L'ancien Premier ministre belge pense qu'un accord "est possible". Mais la bataille entre États riches et moins favorisés s'annonce serrée.

Ce n'était pas la Saint-Valentin vendredi au Conseil européen, mais une veillée d'armes. Le président, Charles Michel, se prépare à négocier "au finish" le budget à long terme de l'UE (2021-2027) lors d'un sommet extraordinaire prévu le 20 février. Il en a révélé l'essentiel dans une note consultée par L'Echo.

Voici deux ans que la Commission européenne a déposé un projet de budget à longe terme, le cadre financier pluriannuel (CFP), mais aucun accord n'a été trouvé. Le départ du Royaume-Uni creuse un trou de plus de 10 milliards d'euros dans les finances de l'UE. En outre des nouvelles politiques, comme le Pacte vert, doivent être financées. Il faudra consentir à des sacrifices au niveau de la politique agricole commune (PAC) et des fonds de cohésion venant en aide aux régions les plus défavorisées, deux postes représentant 60% du CFP.

"Les chefs d'Etat et de gouvernement ont l'intention de ne pas quitter Bruxelles avant d'avoir un accord, nous voulons aller au finish"
Un haut responsable européen

Charles Michel a rencontré les 27 dirigeants des États de l'UE durant 10 jours pour préparer ce sommet. "Les chefs d'État et de gouvernement ont l'intention de ne pas quitter Bruxelles avant d'avoir un accord, nous voulons aller au finish. Il est temps de décider", a confié un haut responsable européen.

Le président Michel propose un budget de 1.094,8 milliards d'euros, ce qui correspond à 1,074% du revenu national brut (RNB) de l'UE. C'est inférieur aux ambitions de la Commission (1,114%) et du Parlement européen (1,3%).

1.094,8
milliards d'euros
Le président du Conseil européen Charles Michel propose de doter l'UE d'un budget de 1.094,8 milliards pour la période 2021-2027.

Mais c'est trop élevé pour les États contributeurs nets comme les Pays-Bas, la Suède, l'Autriche et le Danemark, qui veulent plafonner les dépenses à 1% du RNB. Et trop peu pour les pays les moins riches de l'Union.

Charles Michel estime que sa proposition est un compromis entre les positions des 27 États de l'UE. "Le président pense qu'un accord est possible", dit une source. Mais pour certains diplomates, informés de la proposition, la bataille s'annonce serrée. 

Taxe sur les plastiques

Pour combler le trou laissé par le Brexit, Charles Michel propose de doter le budget de nouvelles ressources propres, une taxe sur les plastiques non recyclables et un fonds d'échange de quotas d'émissions de carbone (ETS). "Ces ressources propres permettront d'obtenir de 14 à 15 milliards d'euros par an", dit le haut responsable européen.

Nouvelles politiques

La proposition de budget fait la part belle aux nouvelles politiques prioritaires de l'UE, le climat, le numérique et la défense.

Le fond de transition juste serait doté de 7,5 milliards d'euros pour aider à atteindre l'objectif d'une économie décarbonée pour 2050 (Pacte vert).

Le fond de transition juste serait doté de 7,5 milliards d'euros pour aider à atteindre l'objectif d'une économie décarbonée pour 2050 (Pacte vert). La politique de sécurité et de défense passerait de 1,9 milliard à 14,3 milliards d'euros, en comparant avec le budget 2014-2020 calculé sans le Royaume-Uni. La politique numérique bénéficierait de 6,8 milliards d'euros et de l'accroissement du programme Horizon Europe. 

Le président du Conseil propose également d'augmenter le capital de la Banque européenne d'investissement à hauteur de 10 milliards d'euros.

Économies sur la PAC et la cohésion

Le budget de la PAC serait réduit de 44 milliards à 323 milliards d'euros par rapport au budget 2014-2020 (sans le Royaume-Uni). Pour la France, opposée à une réduction de ce poste, le choc sera rude.

Quant aux fonds de cohésion, ils seraient amputés de 53 milliards à 329 milliards d'euros. Une pilule difficile à digérer pour les pays de l'est de l'Europe. Le président du Conseil propose aussi de lier l'attribution des fonds au respect de l'État de droit, ce qui concerne au premier plan la Pologne et la Hongrie. 

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