Cinq ans après sa création, Podemos implose

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Jadis décrit comme l’étoile montante de la gauche européenne, le parti espagnol, troisième force politique du pays, est en plein déclin, miné par des querelles intestines.

En janvier 2014, Podemos naissait avec l’ambition de "prendre le ciel d’assaut". Le petit parti de la gauche radicale qui se voulait l’héritier du mouvement des indignés, créait la surprise en remportant en mai de la même année 8% des voix lors des élections européennes. Cinq ans plus tard, la formation est au bord de l’implosion, minée par des querelles intestines et plombée par les critiques contre son chef de file, Pablo Iglesias.

L’ascension de Podemos, qui compte aujourd’hui 67 députés au Parlement espagnol (sur 350), ce qui en fait la troisième force politique du pays, fut tellement fulgurante que lors des dernières élections générales en juin 2016, certains sondages auguraient qu’il pourrait même dépasser les socialistes (PSOE).

Départ du numéro 2

Cela semble aujourd’hui un rêve bien lointain alors que la formation s’apprête à célébrer un congrès extraordinaire après la démission de deux de ses principales figures – Ramon Espinar, son responsable à Madrid, et Iñigo Errejon, son ancien numéro deux – et la récente dégringolade des régionales andalouses de décembre (presque cinq points en moins, de 21,7% à 16,1%).

"Podemos est né des urnes mais ses élus n’ont pas su, n’ont pas pu ou n’ont pas voulu créer une force politique organisée et viable dans un moment de grandes convulsions."
Lucia Mendez
Commentatrice politique

Le départ de Errejon, qui a renoncé à son siège parlementaire le 21 janvier, a fait particulièrement mal. Ami personnel de Pablo Iglesias, il a annoncé qu’il formait une liste commune avec la très populaire maire de Madrid, Manuela Carmena, en vue des municipales du 26 mai prochain.

Carmena, élue en 2015 à la tête d’une formation de la mouvance de Podemos, a également pris ses distances vis-à-vis de Iglesias, de même qu’Ada Colau, la maire de Barcelone.

On reproche au leader de la gauche radicale et à son petit cercle de fidèles un style trop autoritaire et d’avoir éliminé les voix dissidentes. Peu à peu, les fondateurs de la première heure, tel M. Errejon, ont quitté Podemos ou ont été évincés. Podemos, qui avait si bien su canaliser le ras-le-bol des Espagnols, durement touchés par la récession, n’a pas non plus réussi à peaufiner une stratégie cohérente.

"Podemos est né à l’envers", écrivait, dans les pages du quotidien El Mundo, la commentatrice politique Lucia Mendez. "D’habitude, les partis naissent avant leurs électeurs. Podemos est né des urnes mais ses élus n’ont pas su, n’ont pas pu ou n’ont pas voulu créer une force politique organisée et viable dans un moment de grandes convulsions."

La crise a pris de court Pablo Iglesias, en plein congé de paternité après la naissance prématurée de ses deux jumelles en juillet 2018, fruit de sa relation avec sa compagne, Irene Montero, devenue numéro deux du parti. Le couple est loin de faire l’unanimité parmi les militants.

Les prochains mois s’annoncent durs. Un récent sondage ne crédite plus Podemos que de 14,9% des intentions de vote, contre 19% il y un an, loin des 21,1% obtenus aux législatives de 2016. C’est aussi une mauvaise nouvelle pour le premier ministre socialiste Pedro Sanchez qui, avec ses 84 députés, ne compte que sur l’appui de M. Iglesias pour gouverner.

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