Di Rupo et les socialistes unis contre Berlusconi

Martin Shulz (gauche) président du parlement européen a fait un discours enflammé pour soutenir le candidat italien pour les élections du 24 février Pier Luigi Bersani. (c) EPA/A. Di Marco ©EPA

À Turin, les grands noms du socialisme européen se sont réunis pour parler certes d'Europe, mais surtout des élections italiennes du 24 février. Un objectif commun: empêcher Berlusconi de revenir aux affaires et espérer que le socialisme, avec Pier Luigi Bersani, reprenne du terrain au Parti populaire européen (PPE).

L’accord sur le budget européen était à peine entériné, que la grand-messe socialiste européenne pouvait avoir lieu à Turin. L’Europe de gauche a fait le vœu de voir trois grands pays basculer dans le giron socialiste en l’espace de moins de deux ans. Avec la victoire de François Hollande, elle avait effectué une première étape. Tous les yeux sont maintenant rivés sur l’Italie, où Pier Luigi Bersani espère rajouter une rose à la table des 27 et éviter le retour de Berlusconi, qu’une part importante de l’Europe redoute.

Lors de l’événement de soutien qui se tenait ce samedi, mis à part le président français qui a adressé un court message dans un message vidéo, la "famille des progressistes" était au grand complet. Une famille qui peine encore à peser sur le Vieux Continent, alors que, comme le disait Roger Liddle, président du think thank Policy Network, "deux tiers des gouvernements et du parlement européens sont dominés par les conservateurs".

Au lendemain du vote du budget européen, les socialistes européens sont amers. Eux qui appellent corps et âme pour une politique de relance au niveau européen, ils ont vu la manne budgétaire diminuer. "Hier, j'ai vu le large sourire de David Cameron, expliquait donc ce samedi à Turin Elisabeth Guigou, ancienne Garde des Sceaux et aujourd'hui à la tête de la Commission des Affaires étrangères en France. Nous avons besoin de projets emblématiques sur l'énergie, sur l'échange d'étudiants et d'apprentis et un projet contre la fraude fiscale et la concurrence déloyale. C’est justement parce que les budgets nationaux doivent s'ajuster que le budget européen doit soutenir la croissance et l’emploi."

3 questions à Elio Di Rupo

Vous aviez déjà soutenu François Hollande il y a un an, aujourd’hui vous venez soutenir les socialistes italiens. Pourquoi est-ce important pour vous d’être là ?

L’Italie est un pays fondateur qui a été, avec Berlusconi, au bord du gouffre. Avec des conséquences terribles, non seulement pour les Italiens, mais qui entrainait d’une manière grave et irréversible l’ensemble de l’Europe.

Après cela, le président a choisi un technicien qui connaissait l’Europe pour mettre de la rigueur dans le système italien. Maintenant, il y a un retour à la démocratie avec un enjeu majeur. C’est soit le retour d’une droite qui n’est pas comparable avec celle que nous avons en Belgique. Ici elle a une irresponsabilité par rapport aux responsabilités locales et européennes. En face, nous avons un autre leader qui a été élu massivement et démocratiquement en interne et qui a un parti extrêmement solide avec des personnes de qualité. Mon espoir c’est de voir les progressistes l’emporter pour stabiliser le pays et consolider la démarche européenne.

Certains politiques n’avaient pas manqué de critiquer votre venue  pour soutenir Hollande. Pensez-vous que ce sera moins le cas cette fois-ci ?

En démocrate les critiques ne m’ont jamais gênée. J’agis selon ma conscience et selon les intérêts notamment de nos citoyens Belges qui ont besoin d’une Europe qui comprennent les problèmes et les résolvent.


Quel est l'intérêt des Belges dans ces élections ?

L’Europe, c’est plusieurs institutions, mais c’est surtout les sommets européens avec les chefs d’État de chaque pays. Dans ces conseils européens, l’Italie joue un rôle déterminant. On a donc tout intérêt pour nous Belges d’avoir assis autour de la table, à mes côtés, des gens qui comprennent les réalités économiques, financières sociales et qui peuvent aider à améliorer la situation.

Alfredo Pérez Rubalcaba, le secrétaire général du parti socialiste espagnol craint que cette politique d’austérité n’affecte un idéal européen qui était pourtant bien ancré dans son pays. "Ce projet est malade et les socialistes ont la responsabilité de le récupérer. J'ai la responsabilité de vous dire ce qui se passe dans mon pays. Un pays de 6 millions de chômeurs avec un jeune sur deux au chômage, un pays qui vit une crise économique, politique et sociale profonde. Je viens d'un pays, qui aujourd'hui, de l'Europe ne reçoit que des ajustements sociaux, de l'austérité et encore de l'austérité, Angela Merkel et encore Angela Merkel. On vient de voter un budget. Que pensez-vous que pensent aujourd'hui les Espagnols d'une Europe qui a accepté de prêter 40 milliards aux banques et qui n'est capable que de dégager plus de 6 milliards pour remédier au chômage des jeunes?", s’enflamme-t-il, succédant à un Martin Shulz tout aussi en verve, et qui aura droit à une vive ovation.

Les conservateurs représentaient ce samedi à Turin l’ennemi tout désigné des socialistes européens qui leur reprochent tous les maux dont souffre le Vieux Continent. Selon leur lecture, c’est cette austérité imposée par les conservateurs qui donnent du poids au populisme un peu partout sur la carte européenne. "La crise que nous vivons en Europe vient de la déréglementation financière, et pas de la dette comme on essaye de nous faire croire", dira notre premier ministre Elio Di Rupo lors de son passage à la tribune (voir encadré). "La politique n'est pas que technocrate, sinon il suffirait de mettre un ordinateur au pouvoir. La politique ne se joue pas non plus sur un terrain de football. Les Italiens ont besoin d’un gouvernement qui soit crédible", ajoutera notre premier ministre avant de céder la parole au principal orateur Pier Luigi Bersani.

Face à la mobilisation européenne derrière sa candidature celui-ci avait bien compris le message. "Je sais ce que vous me demandez, je dois battre Berlusconi! […] Il faut mettre Berlusconi aux archives et effacer ses dégâts civils, moraux, économiques et éthiques. […] Nous les progressistes italiens nous sommes les seuls qui ne faisons pas partie d'un système politique organisée sur les personnes. Après Berlusconi qu'est-ce qu'il y a ? Après Monti qu'est-ce qu'il y a?", expliquera-t-il à la tribune.

Des déclarations qui prennent tout leur sens à l’heure où Berlusconi fait une remontée spectaculaire dans les sondages. On notait de 15 à 20% de différence dans les sondages il y a deux mois entre la coalition de centre-gauche et celle de Berlusconi. Dans les derniers sondages autorisés avant l’élection du 24 février prochain, la gauche est créditée de 33% à 37% selon les différents instituts, contre 28,5 à 30,5% pour la coalition du Cavaliere.

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