Donald Tusk s'en prend violemment à Trump, qualifié de "capricieux"

Donald Tusk ©EPA

Le président du Conseil européen Donald Tusk dénonce "l'attitude capricieuse" du président américain Donald Trump, quelques heures avant un dîner informel des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne à Sofia, en Bulgarie.

Le président du Conseil européen Donald Tusk n'y est pas allé de main morte avec le président américain ce mercredi dans un discours prononcé quelques heures avant un dîner informel des 28 chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne à Sofia, en Bulgarie. "Pour une fois qu'un dirigeant européen ose un peu lever le ton face aux humiliations répétées de Donald Trump", se réjouiront certains.

"Outre les défis traditionnels tels que la montée en puissance de la Chine, l’attitude agressive de la Russie, nous assistons aujourd’hui à un phénomène nouveau: l’assertivité capricieuse de l’administration américaine. En regardant les dernières décisions du président Trump, on pourrait même penser: avec des amis pareils, qui a besoin d’ennemis? Mais pour parler franchement, l’Europe devrait être reconnaissante au président Trump. Car grâce à lui nous avons perdu toutes les illusions. Il nous a fait prendre conscience que lorsque vous avez besoin d’une main tendue, c’est au bout de votre propre bras que vous la trouverez", a déclaré Donald Tusk, qui en tant que président du conseil européen s'exprime au nom de l'ensemble des 28 chefs d'Etat.

"Il n’y a aucune raison objective pour penser que l’Europe devrait avoir quelque complexe envers qui que ce soit."
Donald Tusk

"L’Europe doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour protéger, en dépit de l’humeur du jour, la relation transatlantique. Mais en même temps, nous devons nous préparer aux scénarios où nous devrons agir par nous-mêmes. Nous disposons de suffisamment de potentiel pour être à la hauteur du défi. Mais ce dont nous avons besoin, c’est de plus d’unité et de détermination. Il n’y a aucune raison objective pour penser que l’Europe devrait avoir quelque complexe envers qui que ce soit. (…) Nous avons le droit et l’obligation de garder la tête haute, tant face à nos ennemis que nos amis. C’est cela, en somme, le sujet de notre sommet", a-t-il ajouté.

"Je comprends Tusk"

Le Premier ministre Charles Michel a déclaré comprendre les mots durs prononcés par Donald Tusk. "Au cours des derniers mois, les Etats-Unis ont pris plusieurs décisions unilatérales allant à l'encontre des intérêts européens. L'UE doit prendre son avenir en main", a commenté Michel. Ce constat s'applique aussi au conflit israélo-palestinien, "une discussion où l'Europe est politiquement trop absente."

Le chef du gouvernement souhaiterait entre autres que l'Union européenne se serve davantage de sa position économique pour faire comprendre à l'Etat d'Israël qu'il a besoin de l'Europe. "Si nous voulons des relations renforcées avec Israël à l'avenir, ce pays devra prendre des engagements dans le processus de paix, ce qui n'est pas le cas actuellement".

"Au cours des derniers mois, les Etats-Unis ont pris plusieurs décisions unilatérales allant à l'encontre des intérêts européens. L'UE doit prendre son avenir en main."
Charles Michel

Les décisions unilatérale du locataire de la Maison Blanche sur le nucléaire iranien ou l'instauration de taxes douanières sur l'acier et l'aluminium sont des exemples de cas où les Etats-Unis ont agi contre les intérêts européens, selon Michel. "Je regrette ces décisions, mais nous devons maintenir un dialogue intense avec les Etats-Unis", a-t-il poursuivi.

Michel s'est par ailleurs montré particulièrement critique envers les Etats membres de l'UE qui se montrent "moins clairs" avec Israël et les Etats-Unis, réitérant sa demande d'enquête internationale indépendante à ce sujet et se disant "surpris" par la position du gouvernement néerlandais.

La Haye refuse en effet de convoquer l'ambassadeur d'Israël aux Pays-Bas et dit attendre les résultats d'une enquête diligentée par l'Etat hébreu lui-même. Le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Stef Blok, rejette l'idée d'une enquête internationale.

La question des taxes douanières

Le président du Conseil européen a également exhorté les Etats-Unis à revenir à "la réalité" dans leurs discussions commerciales avec les Européens, qui cherchent à obtenir une exemption définitive aux taxes douanières américaines sur l'acier et l'aluminium. "Il est absurde de penser que l'UE pourrait être une menace pour les Etats-Unis. Nous devons ramener la réalité dans cette discussion, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui", a-t-il déclaré.

"L'unité est notre plus grande force. Et mon objectif est simple: rester fermes", a-t-il ajouté. L'UE est exemptée jusqu'au 31 mai à minuit des taxes douanières américaines de 25% sur ses exportations d'acier et de 10% sur celles d'aluminium. Pour l'exempter définitivement, Washington exige une plus grande ouverture du marché européen.

Les Européens étudient plusieurs scénarios pour mettre un terme à ce conflit, certains étant prêts à discuter d'un accord commercial "restreint", d'autres à tolérer des quotas. Si les taxes douanières américaines venaient finalement à être appliquées, l'UE a préparé des contre-mesures sur une liste de produits américains emblématiques, comme des jeans, du bourbon ou des motos, qu'elle menace de taxer lourdement.

Selon une source européenne, elle publiera cette liste jeudi au Journal officiel, avant de notifier officiellement l'Organisation mondiale du commerce (OMC) vendredi de ces possibles contre-mesures, ce qui constitue la dernière étape dans cette procédure. Il lui faudra alors attendre 30 jours, soit d'ici mi-juin, pour pouvoir éventuellement mettre en oeuvre les contre-mesures en toute légalité, a précisé cette source.

La commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, a eu mardi un échange téléphonique avec son homologue américain Wilbur Ross. "Les contacts se poursuivront dans les jours à venir", a assuré la Commission, sans autre précision.

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content