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Emmanuel Macron à la recherche d'un second souffle

©AFP

Malgré des indicateurs économiques rassurants, le chef de l’État français, Emmanuel Macron, ne cesse de voir l’image de sa gouvernance écornée.

Un léger autant qu’inédit parfum de homard risque de flotter dans l’air dimanche, à l’occasion du défilé militaire du 14 juillet. Emmanuel Macron se serait sans doute bien passé du dernier avatar de son quinquennat alors que l’affaire Benalla et la crise sociale des gilets jaunes achèvent de se dissiper à l’approche des vacances d’été.

Le défilé du 14 juillet est pour tout chef d’État, une occasion d’entretenir le lien avec la nation. Mais en révélant les frasques du ministre de l’écologie, François de Rugy, notamment du temps où il présidait l’Assemblée nationale, Mediapart est venu gâcher à l’avance l’esprit de célébration.

Homard et champagne

Selon ce journal en ligne, François de Rugy a organisé dans les ors de l’hôtel de Lassay de somptueux dîners (comprenant des homards de belle taille) dont la vocation professionnelle est sujette à caution. Même Benjamin Griveaux, parmi les proches d’Emmanuel Macron, y est allé de sa critique acide en déplorant "l’image terrible" renvoyée par ces fastes après plusieurs mois d’une crise sociale sans précédent.

40%
Après des élections européennes, le niveau de popularité du président Macron est remonté à 40%.

François de Rugy, qui a été convoqué jeudi par le Premier ministre pour une séance d’explication, n’a néanmoins pas l’intention de démissionner et dit toujours bénéficier de la confiance de l’exécutif. Reste qu’effectivement cet épisode tombe au plus mal pour Emmanuel Macron, lequel multiplie les efforts pour relancer une machine qui, depuis son élection en 2017, avait tout d’une formule 1 à même de laisser loin derrière l’ancien monde.

Soucis en cascade

Le fait est qu’en 2018, le défilé du 14 juillet s’était déroulé sous les meilleurs auspices. Toujours dopé par l’énergie des élections présidentielles, le tout neuf Président avait alors bien l’intention de réformer rapidement la France afin de la sortir de ses vieilles ornières, comportant notamment un chômage endémique, un déficit et une dette publique préoccupants.

Mais la belle mécanique s’est subitement grippée. L’affaire Benalla sort le 19 juillet et lui colle immédiatement aux doigts comme un sparadrap diabolique. S’ensuivront à l’automne deux démissions majeures de son gouvernement (Nicolas Hulot, Gérard Collomb) et une hémorragie des membres de son cabinet. La cote d’Emmanuel Macron commence alors à dévisser doucement et connaîtra une accélération avec le phénomène imprévu des gilets jaunes en novembre.

Bon bilan économique

Au mois de juin dernier cependant, après des élections européennes ayant vu le parti de la majorité se hisser péniblement à une deuxième place derrière RN, le parti souverainiste, le niveau de popularité du Président remonte à 40%. Après tout, l’exécutif peut se targuer de disposer d’indicateurs positifs. Le PIB suit une pente ascendante tandis que, lentement, le chômage décroît (8,8% en 2018, 8,5 et 8,1% prévus pour 2019 et 2020). La dette est vaille que vaille contenue, de même que le déficit public. L’activisme d’Emmanuel Macron à l’international, et singulièrement en Europe, est également à ranger dans la bonne colonne du bilan.

Prochains rendez-vous

Mais c’est bien sur le sol hexagonal que le chantier présidentiel attend la reprise de son activité. La réforme de l’assurance chômage et celle ô combien délicate des retraites figurent dans le calendrier de rentrée. L’agenda du chef de l’État a pris du retard, tandis que la grande échéance des élections municipales est pour le printemps. D’ici-là il lui faudra engranger des ralliements de tout bord. En gagnant de grands électeurs sur le terrain des municipales, il peut enfin envisager de disposer d’un groupe substantiel au Sénat, ce qui lui a manqué jusqu’à présent. La chambre haute est renouvelée par moitié tous les trois ans et c’est là encore pour 2020, une échéance critique à l’égard de la volonté jupitérienne de réformer les institutions.

Dans ce contexte, le cas de François de Rugy est une guigne. Le contrôle du ministère de l’écologie ne cesse d’échapper à l’exécutif. Hier à la radio, François de Rugy refoulait son émotion tout en assurant ne pas aimer le homard et que le champagne lui donnait "mal à la tête". Des arguments propres à donner la migraine à Emmanuel Macron.

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