reportage

En Grèce, Xi Jinping marque son territoire

Le président chinois Xi Jinping est arrivé dimanche à Athènes pour une visite officielle de trois jours. ©REUTERS

La visite du président chinois en Grèce marque le renforcement de la collaboration économique entre les deux pays. La Grèce veut utiliser cette alliance pour relancer son économie dont la croissance reste faible malgré la fin de la crise. La Chine veut continuer de tisser des liens à travers le continent européen au moment où sa stratégie de domination économique globale est attaquée par l’administration américaine.

Après un déjeuner face à l’Acropole, et avant un dîner au palais présidentiel, Xi Jiping et Kyriakos Mitsotakis sont passés aux choses sérieuses: le président chinois et le Premier ministre grec ont signé 16 accords entre les deux pays, dans tous les domaines possibles. Banques, énergies renouvelables, transports, télécommunications et tourisme, les dossiers de collaborations que transportaient les nombreux ministres de la délégation chinoise marquent le renforcement de l’alliance économique entre les deux pays.

Tout a commencé par le port du Pirée, en 2009. À l’époque Bosco, le géant chinois du transport maritime, compagnie publique, a obtenu la gestion d’une partie du fret marchandise avant d’en prendre le contrôle (67% du capital) en 2016.

Le Pirée, 1er port commercial de Méditerranée

Depuis, le nombre de conteneurs accueilli par le port a bondi de 700% ce qui devrait faire du Pirée, dès cette année, le premier port commercial de Méditerranée. Des multinationales comme Sony, Hewlett-Packard ou Huawei transitent à présent par le port grec, faisant du Pirée un maillon essentiel de la nouvelle route de la soie voulue par Pékin.

Une première agence de Bank of China ouvrira ses portes dans quelques jours dans le centre d’Athènes, alors que la ICBC (Banque industrielle et commerciale de Chine), inaugurera dans deux semaines un bureau de représentation.

De plus, pour profiter de toutes les opportunités qu’offre le port, un plan de rénovation de près d’un milliard d’euros est prévu. Construction d’hôtels de luxe, d’un centre commercial ainsi que l’extension de l’embarcadère des bateaux de croisière font partie du projet. Bloqué par le gouvernement grec précédent pour des raisons surtout politiques, il devrait désormais se concrétiser grâce à l’arrivée de la droite pro-business de Mitsotakis au pouvoir.

Mais les investissements chinois en Grèce, publics comme privés, ne s’arrêtent pas là. Une première agence de Bank of China ouvrira ses portes dans quelques jours dans le centre d’Athènes, alors que la ICBC (Banque industrielle et commerciale de Chine), inaugurera dans deux semaines un bureau de représentation. Des projets de développement gréco-chinois dans les énergies renouvelables et les télécommunications vont suivre. Des projets liés à la gastronomie voient aussi le jour.

C’est surtout grâce au domaine de l’immobilier avec les "golden visas" que la présence chinoise se fait le plus ressentir dans le quotidien de la capitale grecque.

Mais c’est surtout grâce au domaine de l’immobilier avec les "golden visas", que la présence chinoise se fait le plus ressentir dans le quotidien de la capitale grecque. En effet des pubs en chinois, vantant les mérites d’un achat immobilier en Grèce et des bénéfices qui en découlent sont présentes un peu partout, depuis l’aéroport et jusqu’au centre-ville d’Athenes.

Quels bénéfices? Moyennant l’achat d’un bien immobilier de 250.000 euros au minimum, la loi grecque permet à un résident non européen d’obtenir un permis de séjour grec de 5 ans. Ce visa est renouvelable au bout de cette durée si l’investisseur reste propriétaire du bien. Principal bénéfice pour l’investisseur, avec ce permis de séjour il peut voyager librement dans l’espace Schengen, d’où le nom de "golden visa"…

10.000 "golden visas" chinois

"Si les Européens étaient venus investir ici, on les aurait accueillis à bras ouverts. Les seuls qui sont venus, ce sont les Chinois."
Nicos Vernicos
vice-président de la "Chambre de Commerce Internationale pour la nouvelle route de la soie"

Dans un pays où le marché immobilier a perdu plus de la moitié de sa valeur pendant la crise économique et où les locaux n’ont quasiment pas accès aux prêts immobiliers, cette pratique fut salutaire, faisant remonter depuis deux ans les prix. Depuis que le programme existe, plus de 5.300 achats immobiliers ont été effectués, les deux tiers par des ressortissants chinois. Aussi, grâce à la possibilité qu’a l’investisseur de faire profiter du programme aux membres de sa famille c’est plus de 10.000 ressortissants chinois qui bénéficient aujourd’hui d’un "golden visa" délivré par les autorités grecques.

Si des voix s’élèvent à travers l’Europe ces dernières années pour contester l’ouverture complète de la Grèce aux capitaux chinois et les dangers géopolitiques qui en découlent, pour Nicos Vernicos, armateur grec et vice-président de la "Chambre de commerce internationale pour la nouvelle route de la soie", la situation est pourtant simple. "Nous étions en faillite. On avait besoin d’argent. Si les Européens étaient venus investir ici on les aurait accueillis à bras ouverts. Les seuls qui sont venus, ce sont les Chinois."

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