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Facebook menace les sites d'infos

Mark Zuckerberg, patron de Facebook. ©Bloomberg

Le réseau social teste une nouvelle version de son fil d’actualité réduisant la visibilité des sites des médias.

Le temps où Facebook servait de vitrine gratuite aux sites de médias traditionnels est-il passé? En tout cas, une nouvelle expérience tentée par le réseau social inquiète les éditeurs. Il y a une semaine, Facebook a en effet lancé un test dans six pays sur trois continents: la Slovaquie et la Serbie; la Bolivie et le Guatemala; le Cambodge et le Sri Lanka.

Le test consiste à scinder le fil d’actualités Facebook en deux parties.

Aucun grand marché donc. Le test consiste à scinder le fil d’actualités Facebook en deux parties. D’un côté, les publications traditionnelles des "amis" et membres de la famille des abonnés, ainsi que des contenus sponsorisés (déterminés via l’algorithme permettant d’identifier les préférences des utilisateurs).

De l’autre, les pages de médias, des marques d’entreprises ou autres, que l’internaute a liké où auxquelles il s’est abonné. Ces dernières seraient cantonnées dans un onglet appelé "explore" situé au fin fond du site, à gauche du fil traditionnel, sous les raccourcis. Bref, un espace quasiment invisible.

L’idée sous-jacente est que pour continuer à apparaître dans le fil traditionnel, les sites des médias et autres producteurs de contenus devront passer à la caisse afin de continuer à s’assurer de la visibilité.

Tollé

Il n’a pas fallu longtemps pour que l’initiative soit décriée. Un journaliste slovaque a indiqué à plusieurs médias que les interactions avec les 60 plus grands sites de son pays avaient été divisées par quatre depuis le lancement du test. On ose imaginer le ramdam si celui-ci avait été mené aux Etats-Unis, en France ou en Grande-Bretagne.

"Nous voulons comprendre si les gens préfèrent avoir des espaces séparés pour le contenu personnel et le contenu public."
Adam Mosseri
Responsable du Newsfeed de Facebook

Face au tollé, Facebook s’est justifié en expliquant vouloir répondre aux attentes de internautes: "Les gens nous disent qu’ils veulent accéder plus facilement aux publications de leurs amis et de leur famille", a indiqué dans un communiqué Adam Mosseri, responsable du Newsfeed de Facebook.

"Nous testons donc un espace consacré, pour que les gens puissent suivre leurs amis et leur famille, et un autre espace séparé, avec des messages de pages (de médias, marques, etc. NDLR) afin de comprendre si les gens préfèrent avoir des espaces séparés pour le contenu personnel et le contenu public".

"Comment justifier la scission en deux fils distincts par la demande des utilisateurs d’être plus connectés avec leur réseau d’amis?"
Catherine Anciaux
Secrétaire général de Lapresse.be

Cette justification laisse songeuse Catherine Anciaux, secrétaire général de Lapresse.be, l’association francophone des éditeurs de journaux: "Comment justifier la scission en deux fils distincts par la demande des utilisateurs d’être plus connectés avec leur réseau d’amis, et donc moins distraits par des posts d’entreprises, de médias ou autres alors même que les posts payants se verraient à nouveau injectés dans les fils d’actualité personnels?", se demande-t-elle.

Elle estime aussi que la manière dont les posts payés seraient injectés dans le fil d’actualité d’un utilisateur n’est pas claire à ce stade: quel pourcentage du fil serait accessible aux posts payants? Quelle serait la répartition entre les différents types de posts (médias, entreprises commerciales, ONG…)?

"L’obligation de payer la visibilité de certains contenus ne permettra plus aux acteurs plus modestes de bénéficier d’une visibilité."
Catherine Anciaux

"En tout état de cause, l’obligation de payer la visibilité de certains contenus ne permettra plus aux acteurs plus modestes de bénéficier d’une visibilité et de maintenir une certaine concurrence avec les gros acteurs", estime encore Catherine Anciaux.

Et c’est bien là la problème du test. Pour beaucoup d’acteurs médias plus modestes, Facebook constitue en effet un passage obligé, voire parfois unique pour capter du trafic, comme des médias 100% vidéo tels Brut, MinuteBuzz, etc.

D’autant que, depuis un an déjà, Facebook diminue sensiblement la visibilité des médias, via son algorithme. Et les effets sur le trafic se font déjà sentir.

Atteinte aux libertés

"Avec ses deux milliards d’abonnés, Facebook est quasiment en situation de monopole, ce qui pose des questions en termes de de libertés fondamentales."
Quentin Van Enis
Avocat et chargé de cours en droit des TIC et droit des médias

"Avec ses deux milliards d’abonnés, Facebook est quasiment en situation de monopole, ce qui pose des questions en termes de de libertés fondamentales comme la liberté d’expression et le droit d’accès à l’information", constate Quentin Van Enis, avocat et chargé de cours en droit des TIC et droit des médias à l’Université de Namur. Certes, Facebook est une entreprise privée et dispose à ce titre de la liberté d’entreprise, mais il faut oser se demander si, face à un acteur si puissant, les pouvoirs publics n’ont pas un rôle à jouer pour assurer un certain pluralisme de l’information.Or, le fait de favoriser la diffusion d’informations sponsorisées risque d’introduire d’importantes distorsions dans l’accès à la tribune médiatique."

Facebook a tenté de calmer le jeu en indiquant que l’extension de l’expérience à d’autres pays n’était pas planifiée. Il a cependant précisé qu’il poursuivra les tests pendant plusieurs mois et qu’il prendra en compte leurs résultats afin de "comprendre ce qui fonctionne le mieux pour les gens et les éditeurs" et voir "si c’est une idée qui mérite d’être poursuivie."

D’ici là médias et marques auront intérêt à diversifier leurs canaux de visibilité. Le problème c’est qu’ils n’ont pas beaucoup de choix…

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