Grèce: vers un répit de deux ans

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L'Eurogroupe envisage d'accorder deux ans de plus à la Grèce pour qu'elle assainisse ses finances publiques. L'idée ferait l'objet d'un consensus. Mais il faudrait dans un tel cas combler un trou de 32,6 milliards d'euros. Pas question, par contre, de déjà débloquer la tranche d'aide de 31,2 milliards d'euros qui a été suspendue.

Les dirigeants de la zone euro ne sont pas prêts à donner leur feu vert au versement d'une nouvelle tranche d'aide à la Grèce faute d'un consensus sur les moyens de rendre soutenable la dette publique du pays sur les dix prochaines années. Les ministres des Finances de la zone euro, qui étaient réunis lundi à Bruxelles, devraient en revanche accorder un sursis de deux ans à Athènes pour atteindre ses objectifs budgétaires, ce qui impliquera 32,6 milliards d'euros de financements supplémentaires, selon un projet de rapport de la troïka des créanciers publics internationaux.

Sans ce délai, le trou à combler atteint déjà la somme conséquente de 22,9 milliards d'euros jusqu'en 2016, en raison de l'explosion des intérêts de la dette grecque et du retour incertain du pays sur les marchés, indique le rapport.

Des "solutions créatives"

"Il faut qu'on cherche des solutions créatives", a affirmé l'Autrichienne Maria Fekter à son arrivée à la réunion de l'Eurogroupe. L'idée est de trouver comment combler ce déficit, mais à ce jeu, les créanciers se renvoient la balle. La Banque centrale européenne (BCE) refuse d'accepter des pertes sur les obligations grecques qu'elle possède, le Fonds monétaire international (FMI) refuse de remettre au pot et laisse cette responsabilité à la zone euro, qui exclut tout nouveau prêt, synonyme de troisième plan d'aide à la Grèce.

Plusieurs solutions sont à l'étude: un abaissement des taux d'intérêt des prêts déjà consentis à la Grèce ou un rachat par le pays d'une partie de sa dette à prix cassés, une option "techniquement compliquée", selon un responsable européen.

La question est liée à l'évolution de la dette grecque. Beaucoup d'analystes considèrent qu'il est irréaliste de la ramener à 120% du PIB en 2020, comme prévu jusqu'ici, et là encore, les créanciers d'Athènes pourraient lui donner un répit. "La question est de savoir si l'objectif de 120% du PIB constitue le dernier mot, ou si nous prolongeons un peu cette période", a expliqué Juncker.

Pour aider la Grèce, "nous devons trouver une solution réelle, pas une solution à la va-vite", a déclaré la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, à son arrivée à la réunion.

Plusieurs ministres ont évoqué la possibilité de tenir une autre réunion dans quelques jours. Elle pourrait avoir lieu "soit cette semaine, soit la semaine prochaine", a déclaré Juncker avec le souhait de clore le sujet avant le sommet des 22 et 23 novembre.

Le rapport de la troïka

Parallèlement, la Grèce attend encore le déblocage d'une nouvelle tranche d'aide de 31,2 milliards d'euros. Pour un certain nombre de responsables européens, les fonds ne seront pas débloqués dans l'immédiat, les ministres attendant que la troïka - qui réunit la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international (FMI) - présente son "analyse de la soutenabilité de la dette" grecque.

Ce document doit préciser comment la Grèce est supposée ramener sa dette, qui avoisine actuellement 190% de son produit intérieur brut (PIB) à 120% d'ici 2020 ou peu après, et si cet objectif est crédible. Trois sources ont déclaré à Reuters que, selon les derniers calculs de la troïka, la dette publique grecque reviendrait à 144% du en 2020 et diminuerait d'environ dix points supplémentaires au cours des deux années suivantes si les politiques actuelles restaient inchangées.

En attendant, les ministres des Finances de la zone euro on reçu un rapport provisoire de la troïka comprenant déjà un examen des mesures prises par Athènes et une évaluation des besoins financiers du pays, qui doivent être réajustés compte tenu notamment de la récession plus profonde que prévu traversée par le pays.

Sur le premier volet, le rapport est "fondamentalement positif car les Grecs ont tenu leurs promesses. Maintenant c'est à nous de tenir les nôtres", a affirmé lundi le chef de file de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker. Mais il a prévenu qu'il n'y aurait pas de décision définitive dans la soirée sur le déblocage de 31,2 milliards d'euros qu'attend la Grèce depuis juin, car certains pays, en premier lieu l'Allemagne, doivent d'abord obtenir l'aval de leur Parlement.

Pourtant, le temps presse: faute d'argent frais, le pays risque la cessation de paiement car il doit rembourser pour 5 milliards d'euros d'obligations expirant vendredi. Prenant les devants, il devait lancer un emprunt exceptionnel mardi pour rembourser une partie de cette créance.

Pour obtenir cette aide financière, Athènes a adopté un programme d'ajustement budgétaire musclé comprenant d'une part des économies de 18 milliards d'ici 2016 et, d'autre part, un budget pour 2013 imposant 9 milliards d'euros d'économies, approuvé dimanche soir par le Parlement.

"Nous devons absolument réaliser des avancées décisives", a affirmé le ministre français des Finances, Pierre Moscovici, à son arrivée, expliquant que l'objectif de la France était "de sortir de la réunion avec un accord politique".

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