"Je ne suis que l'émanation du goût du peuple français pour le romanesque"

©EPA

C’est au pas de charge qu’Emmanuel Macron entend réformer la France. Et s’il boucle sans casse la première partie de son programme, c’est une autoroute à deux mandats qui s’ouvre devant lui. Récit de la première année de pouvoir d’un Président pressé.

Sa force, au-delà de son indéniable intelligence, c’est la vitesse. Cela fera un an le 7 mai qu’Emmanuel Macron pilote la France pied au plancher et tout le monde est prié de suivre. Il a accédé au sommet du pouvoir par effraction. Un objectif qu’il a longuement prémédité depuis les bancs de l’ENA, la prestigieuse école dont sont issus certains de ses prédécesseurs comme Jacques Chirac ou François Hollande.

"J’assume les choix qui sont faits, et je hais l’exercice consistant à expliquer les leviers d’une décision."
emmanuel macron

Jeune, fringant, avenant, son visage reflète l’avenir et l’ambition. Il y a du John Kennedy chez cet homme-là et contrairement à l’ancien Président américain, il a tout l’avenir devant lui. Dans un entretien très récent à la Nouvelle revue française, il déclarait avec une modestie feinte: "Je ne suis que l’émanation du goût du peuple français pour le romanesque". Son histoire pourrait effectivement s’écrire en deux tomes.

La "verticalité du pouvoir"

Emmanuel Macron déroule sa politique aux députés et sénateurs français réunis lors du Congrès de Versailles, en juillet 2017. Ce rendez-vous, calqué sur le discours sur l’état de l’Union américain, a été instauré par le nouveau président pour montrer sa volonté réformatrice. ©AFP

Cela fait donc un an qu’Emmanuel Macron a entrepris de transformer la France au pas de charge. Un pays souvent jugé irréformable: on ne compte plus les premiers ministres qui se sont cassé les dents à tenter de réformer le marché du travail, les retraites, les institutions. Et pourtant le bilan de sa première année est des plus flatteurs. Avec l’aide d’Edouard Philippe, son chef de gouvernement, des ministres au profil plutôt technique et une large majorité à l’Assemblée nationale, le chef de l’État a imposé une feuille de route où seul le mot "vacances" n’avait pas droit de cité.

Ce n’est pas tant avec la loi sur la sécurité intérieure afin de remplacer l’état d’urgence qu’Emmanuel Macron a imprimé avec sa marque mais bien avec la réforme du Code du travail, mitonnée durant l’été 2017 et portée sur les fonts baptismaux dès l’automne. Tout le monde a pu prendre alors la mesure de la méthode.

Malgré les grèves de la SNCF qui, par intermittence, paralysent à moitié le pays et les manifestations parfois violentes qui les accompagnent, Emmanuel Macron est bien déterminé à mener son train de réforme. ©REUTERS

De la concertation en lieu et place de négociation et une adoption finale par ordonnances (sans passer par l’Assemblée), le dispositif a été acté en quatrième vitesse laissant laudateurs et détracteurs médusés. Le Président démontrait là avec clarté qu’il entendait avancer sans se laisser intimider, répétant comme un mantra qu’il faisait ce qu’il avait dit. Les Français découvrent alors en lui un Président qui décide vite et sans états d’âme excluant tout ralentissement. Malgré les grèves de la SNCF qui, par intermittence, paralysent à moitié le pays, en dépit des mouvements d’humeur, Emmanuel Macron conserve le même état d’esprit. C’est bien ce que tout le monde a compris lorsqu’il déclarait également en avril à la Nouvelle revue française: "J’assume totalement la verticalité du pouvoir, qui croise l’horizontalité de l’action politique. J’assume les choix qui sont faits, et je hais l’exercice consistant à expliquer les leviers d’une décision."

Emmanuel Macron ne partage pas son ambition. Il est le seul auteur d’une partition longuement mûrie: à ses équipes de l’interpréter sans fausses notes.

Tout le monde se doit d’être d’accord avec lui. Jusqu’aux infirmières qu’il n’hésite pas à tancer et aux cheminots à qui il explique que lui travaille tous les week-ends. Emmanuel Macron tient à sa martingale et les faits jusqu’à présent lui donnent raison. Si le dernier sondage BVA publié vendredi ne lui accorde que 43% de bonnes opinions, il n’en a cure. Il sait bien qu’après les réformes, viendra le moment des résultats et que si la croissance économique bonne mère maintient son rythme, les chiffres finiront par lui porter crédit, notamment sur le chômage dont la courbe semble enfin s’infléchir.

Une équipe resserrée

Le gouvernement du Premier ministre Edouard Philippe comporte quelques figures de premier plan tels que Gérard Collomb (à l'Intérieur) ou Gérald Darmanin (aux Comptes publics). Mais il est souvent relégué au second plan par la garde proche d'Emmanuel Macron, plus technocratique. ©Photo News

Emmanuel Macron ne partage pas son ambition. Il est le seul auteur d’une partition longuement mûrie: à ses équipes de l’interpréter sans fausses notes. Il peut notamment s’appuyer sur un Premier ministre solide, lequel sait intervenir avec pragmatisme. Lorsque les syndicats de la SNCF ont fini par récuser la ministre des transports comme interlocuteur, Edouard Philippe a fini par accepter de les recevoir. Ce sera d’ailleurs le 7 mai, pour le premier anniversaire du quinquennat. Les deux hommes partagent même certains conseillers, histoire de gagner en efficacité.

Alxis Kohler était l'ancien directeur de cabinet d'Emmanuel Macron lorque celui-ci était ministre de l'Economie à Bercy. Il est aujourd'hui le secrétaire généralde l'Elysée. ©EPA
Conseiller en communication d'Emmanuel Macron au ministère de l'Économie, Ismaël Emelien participe au lancement d'En marche !. Une fois Emmanuel Macron à l'Elysée, il devient son conseiller spécial. ©DOC
Porte-parole d'Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle, Christophe Castaner est aujourdh'ui à la fois secrétaire d'État chargé des Relations avec le Parlement et délégué général du mouvement macroniste La République en Marche. ©AFP
La garde rapprochée d'Emmanuel Macron: Sibeth Ndiaye (troisième à gauche), Sylvain Fort (cinquième), Benjamin Griveaux (sixième), Richard Ferrand (septième) et Stéphane Séjourné (deuxième à droite). ©EPA
Principal porte-parole du mouvement "En marche !" jusqu'en juin 2017, Benjamin Griveaux est devenu secrétaire d'État auprès du Premier ministre et porte-parole du gouvernement. ©AFP

Mais dans les ors du palais de l’Elysée, Emmanuel Macron a aussi une petite équipe sur laquelle il peut compter. A commencer par Alexis Kohler, son ex-directeur de cabinet à Bercy, aux pouvoirs étendus. Le secrétaire général a en premier lieu l’oreille du Président, tout comme trois conseillers politiques: Stéphane Séjourné, Cédric O et Sylvain Fort. S’y ajoute Sibeth Ndiaye qui gère les relations souvent houleuses avec la presse. Pour parfaire ce cercle rapproché, il convient d’ajouter le très ambitieux porte-parole Benjamin Griveaux, lequel se laisse rarement démonter par les questions des journalistes. Et sans oublier pour finir Christophe Castaner, qui préside désormais aux destinées de la République en marche, le parti présidentiel.

Les ministres du gouvernement sont un peu relégués au second plan, exception faite peut-être de Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’éducation, de Gérard Collomb à l’Intérieur ou de Gérald Darmanin aux manettes des Comptes publics. Technique, l’équipe est là pour servir. Voire pour apporter l’indispensable dimension écologique que Nicolas Hulot a parfois un peu de mal à incarner. Mais c’est quand même ce dernier qui a contribué à dénouer le douloureux dossier de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes que le candidat Macron s’était engagé à construire durant sa campagne avant de prier son Premier ministre d’annoncer le contraire au mois de janvier.

Sorties planétaires

Emmanuel Macron se targue de dialoguer avec tout le monde pour replacer la France au coeur de la scène diplomatique. Sa récente visite à Washington semble en faire le principal porte-parole de l'Europe à l'international, au détriment de l'Allemagne. ©AFP

Rien de tel qu’un avion de la République Française pour respirer plus large et aller porter loin des frontières hexagonales la voix de la France, avec l’hymne national qui retentit au bas de la passerelle. De toute évidence, le jeune Président adore ce rôle. Il a été le premier à effectuer une visite d’État en Amérique alors que la chancelière allemande Angela Merkel n’a eu droit juste après qu’à quelques heures d’entretien avec Donald Trump. De surcroît Emmanuel Macron s’exprime dans un anglais courant, à peine teinté d’un léger accent picard, région dont il est issu. Il a eu beau se tromper de mot en qualifiant l’épouse du Premier ministre australien de "delicious" comme il aurait parlé d’un dessert, ses hôtes sous le charme lui ont vite pardonné.

Pendant que son gouvernement rame, alors que les manifestations du 1er mai dégénèrent, il vole vers l’Australie, puis vers la Nouvelle Calédonie, lointaine province française. Dans les semaines à venir, il sera en Russie puis au Canada. Emmanuel Macron croit aux vertus du dialogue pour résoudre les crises. Quand il ne se déplace pas ou qu’il ne reçoit pas, il téléphone. On ne compte plus les communiqués de l’Elysée faisant état d’une conversation avec Donald Trump, Vladimir Poutine, Recep Tayyip Erdogan, Hassan Rohani ou encore Theresa May afin de laisser entendre les préoccupations de la France sur telle ou telle crise qu’il convient d’endiguer. Et au besoin la France frappe, pour bien faire comprendre comme en Syrie, que le Président et chef suprême des armées, n’agite pas de menaces pour rire.

Mais l’un des gros morceaux de sa politique extérieure fait pour l’instant figure d’échec. La volonté présidentielle de réformer l’Union européenne a bien séduit ses pairs européens par son lyrisme volontariste mais il les a laissés majoritairement tièdes, notamment face à une Angela Merkel politiquement affaiblie.

L’avenir si tout va bien

Emmanuel Macron a tout juste quarante ans. S’il fait deux mandats, il n’aura même pas à ce terme – et de loin – l’âge qu’avait François Mitterrand lorsqu’il parvint au pouvoir. Et la plupart de ses interlocuteurs actuels à l’international seront tous à la retraite. Il dispose donc sur le papier d’une latitude extrême pour jouer un rôle prépondérant dans le monde à condition toutefois de ne pas se prendre les pieds dans le tapis, sur son propre territoire. Pour l’instant, rien n’indique qu’il pourrait être la victime d’une sortie de route fatale.

Deux rendez-vous essentiels l’attendent devant le peuple: les élections européennes de 2019 et les municipales de 2020. Il pourrait s’y ajouter l’avis des Français sur la réforme institutionnelle si Emmanuel Macron opte pour la voie référendaire. Mais s’il devait sortir vainqueur de ces chicanes à hauts risques, sur fond de chômage en baisse continue, l’impétueux pilote pourrait alors envisager le très long terme en mode cruise-control.

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