Juncker assure les règles de sa succession et tacle le président Macron

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Le président Juncker soutient des règles pour les élections de 2019 qui favorisent sa propre famille politique, le PPE. Au risque de défier Emmanuel Macron.

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, rencontrait la presse mercredi, après la réunion du collège, pour la première fois de l’année. Cet échange avec le gotha des médias internationaux, très suivi, revêtait une importance particulière, à un an des élections, et en plein débat sur les modalités de désignation de son successeur. Le chef de la Commission occupe le poste le plus en vue, sinon le plus puissant, de l’Union.

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"Le président de la Commission européenne pourrait être élu au suffrage universel. Mais de mon vivant, je ne pense pas que ce soit envisageable."
Jean-Claude Juncker
président de la Commission européenne

"Le président de la Commission européenne pourrait être élu au suffrage universel. Mais de mon vivant, je ne pense pas que ce soit envisageable, a-t-il dit. Le système de tête de liste doit être maintenu pour 2019, il permettra un débat vif mais pluriel et intense."

Le Luxembourgeois, fidèle à sa famille politique, le PPE (droite conservatrice), a soutenu la règle dite du "Spitzendkandidat" (le candidat tête de liste), selon laquelle le président est choisi parmi les têtes de listes proposées par chaque parti politique au Parlement européen.

Cette méthode, utilisée la première fois pour désigner Jean-Claude Juncker en 2014, a l’avantage d’impliquer pleinement les députés européens dans le choix du candidat à la présidence. Jusque 2014, cette désignation était le fruit d’un conciliabule discret entre les chefs d’État ou de gouvernement.

"Oui au candidat tête de liste, mais non à l’automaticité. (…) Il faut que le Parlement et le Conseil européen valident le choix."
Jean-Claude Juncker
président de la Commission européenne

Jean-Claude Juncker a également insisté sur le double rôle joué par le Conseil et le Parlement. "Oui au candidat tête de liste, mais non à l’automaticité. (…) Il faut que le Parlement et le Conseil européen valident le choix". Dans ce processus, le PPE, le plus grand groupe de l’hémicycle, est en position de force.

Le président français Emmanuel Macron occupé à créer sa famille politique, un "En marche" européen, n’est pas partisan de ce système, trop favorable au PPE et aux sociaux-démocrates (S&D). S’il ne parvient pas à imposer ses vues dans les semaines à venir, il devra attendre la prochaine législature en 2024.

Les dirigeants des 27 États de l’UE aborderont cette question le 23 février prochain. Ils auront le dernier mot sur la procédure.

Michel Barnier en vue

Le prochain président a toutes les chances d’être du PPE. La victoire d’Angela Merkel assure au parti une prépondérance au sein du Conseil européen, une institution dont il détient aussi la présidence, avec le Polonais Donald Tusk, comme celle du Parlement (Antonio Tajani).

Qui succédera à M. Juncker? Selon plusieurs sources, le très influent chef de cabinet du président, Martin Selmayr, pousse en coulisse la candidature de Michel Barnier. On voit mal qui peut rivaliser avec le "Montagnard de Savoie", sinon la Danoise Margrethe Vestager, citée comme favorite de Macron.

"Je suis contre un super-état européen. Nous ne sommes pas les États-Unis."
Jean-Claude Juncker
président de la commission européenne

Mais le PPE souffre de son hétéroclisme. Cet ensemble de plus de 70 partis peine à se trouver une ligne politique cohérente, voire à élaborer un projet ambitieux pour l’UE, pris entre les pro-européens et les moins convaincus, comme le Hongrois Viktor Orban, ou le jeune Sebastian Kurz, le Premier ministre autrichien allié avec l’extrême-droite.

Juncker s’est aussi opposé aux listes transnationales pour les prochaines élections, même s’il est séduit par l’idée. "Mon impression est qu’il faut approfondir la réflexion, mais je vois mal comment concrétiser cette idée pour 2019", a-t-il dit.

"Je ne suis pas le président de la commission du PPE. Je suis le président de la Commission européenne."
Jean-Claude Juncker
président de la Commission européenne

Or, le président Macron s’était prononcé en faveur de ces listes lors de son discours sur l’Europe à la Sorbonne. De même que le président de l’ADLE (libéraux), Guy Verhofstadt. L’ancien Premier ministre belge dénonce d’ailleurs cette "mainmise des conservateurs européens sur le système électoral".

Jean-Claude Juncker s’est justifié face à certaines critiques de la presse. "Je ne suis pas le président de la commission du PPE. Je suis le président de la Commission européenne".

Pas de "super-état"

Le président Juncker a écarté d’autres réformes, comme la réduction du nombre des commissaires européens, qui sont 28 à se partager les portefeuilles de l’exécutif. Il a aussi éloigné la perspective d’une fusion des présidences de la Commission et du Conseil. "Cela ne pourra se faire avant 2019, mais ce serait une idée rationnelle", a-t-il concédé.

Le président Juncker s’est fait le chantre d’une union d’États, mais pas d’une Europe fédérale, répondant aussi aux critiques britanniques. "Je suis contre un super-Etat européen. Nous ne sommes pas les Etats-Unis, mais l’Union européenne, un ensemble très riche qui compte 28 nations."

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