L'Europe en crise, la Commission Juncker pourrait être prolongée

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L’Europe traverse une crise majeure qui pourrait entraîner le report de deux échéances politiques prévues début novembre, l’entrée en fonction de la Commission von der Leyen et le Brexit.

Le rejet de la candidate française à la Commission européenne, Sylvie Goulard, par le Parlement européen a déclenché une crise entre Paris et l’Union européenne. "Une crise institutionnelle majeure" selon Amélie de Montchalin, la secrétaire d’État française aux Affaires européennes.

Le moment est mal choisi. Deux échéances clés se profilent pour la fin du mois, le Brexit le 31 octobre et l'entrée en fonction de la nouvelle Commission le 1er novembre.

"Cela ne m’étonnerait pas que l’on doive reporter de plusieurs semaines le vote sur la Commission von der Leyen."
Philippe Lamberts
Coprésident des Verts au Parlement européen

Cette crise, à défaut d’être résolue très vite, pourrait entraîner un report du vote du Parlement, prévu le 24 octobre à Strasbourg, sur l’équipe de la future Commission proposée par sa présidente élue, Ursula von der Leyen. Dans ce cas, le nouvel exécutif européen ne pourrait entrer en fonction. La Commission Juncker serait prolongée et exercerait les affaires courantes. Elle s’y prépare de pied ferme.

L’hypothèse des affaires courantes, évoquée par certaines sources depuis les élections européennes de mai, est de plus en plus probable. Ce ne serait pas une première. Par trois fois dans l’histoire, la Commission européenne a joué les prolongations en raison d’un refus du Parlement.

"Cela ne m’étonnerait pas que l’on doive reporter de plusieurs semaines le vote du Parlement sur la Commission von der Leyen", confie le coprésident du groupe des Verts, Philippe Lamberts.

Cette situation n’est pas des plus heureuses vu la concomitance du Brexit et les "discussions" en cours entre Londres et Bruxelles. À moins que le départ du Royaume-Uni ne soit reporté. Une éventualité qui prend forme de jour en jour.

Paris et l’UE brouillés

La déchirure est profonde. Le président français Emmanuel Macron "ne comprend pas" le rejet de Sylvie Goulard. En colère lorsqu’il apprit la nouvelle, il a brisé le sceau de la confidentialité en révélant c’était la présidente élue Ursula von der Leyen qui lui avait proposé ce nom lors d’un entretien. L’Allemande, déforcée par cette réaction, a refusé de confirmer.

"C’est le droit de toute personnalité de s’en tenir à la confidentialité des échanges", dit la porte-parole de la Commission, Mina Andreeva, prenant la défense de la présidente élue.

Pour éviter un affaiblissement des institutions européennes, la Commission veut aller vite pour compléter l’équipe von der Leyen. Les trois candidats sur le carreau, la Française, la Roumaine et le Hongrois doivent être remplacés. "Il est nécessaire d’accélérer la procédure pour que l’Europe soit capable d’agir, en même temps on a besoin d’un certain temps", ajoute Mina Andreeva.

L’oiseau rare

La France cherche l’oiseau rare pour remplacer Sylvie Goulard. Des noms, comme celui de Ségolène Royal, circulent, mais sans grande conviction. "À ce stade, on n’a pas de candidat et on ne peut spéculer", poursuit Mina Andreeva.

Cette personne devra être compétente pour prendre en charge le portefeuille de taille laissé vacant (Marché intérieur, numérique, défense, espace) à moins qu’un glissement ait lieu entre les compétences des futures commissaires, ce qui entraînerait de nouveaux marchandages. Le candidat devra afficher toutes les garanties d’intégrité requises, cela va de soi depuis l'échec de la précédente candidate. Il faudra aussi préserver l’égalité homme/femme au sein du collège.

Nul doute que le sommet des dirigeants européens, la semaine prochaine à Bruxelles, sera des plus animés. 

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