L'Europe veut une relance économique massive avec un nouvel objectif climatique

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a prononcé son premier discours sur "l'état de l'union" ce mercredi devant le Parlement européen. ©EPA

La présidente de l'exécutif européen, Ursula von der Leyen invite l'UE à relancer massivement son économie en fixant un nouvel objectif climatique. Elle propose une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 55% d'ici 2030, contre 40% auparavant.

Volontariste, visionnaire et ambitieuse. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, n'a pas déçu lors de son premier discours sur "l'état de l'Europe", prononcé ce mercredi devant le Parlement européen. Après plusieurs mois de pandémie qui ont bouleversé la vie de plus de 400 millions d'Européens, la cheffe de l'exécutif européen a proposé une série de mesures visant la relance massive de l'économie européenne en fixant, entre autres, de nouveaux objectifs climatiques.

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"Une pandémie qui ne semble pas s'essouffler"

Dépassant les divisions affichées au début de la pandémie, l'UE s'est appliquée à mieux coordonner la lutte contre le coronavirus en améliorant l'approvisionnement en équipements médicaux, en finançant un vaccin et en adoptant un important plan de relance économique, a rappelé la présidente. L'effort ne s'arrête pas là.

"L’Europe doit continuer à protéger des vies, alors que nous sommes au cœur d’une pandémie qui ne semble pas s’essouffler."
Ursula von der Leyen
Présidente de la Commission européenne

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"L’Europe doit continuer à protéger des vies, alors que nous sommes au cœur d’une pandémie qui ne semble pas s’essouffler", a-t-elle averti, proposant de renforcer les compétences de l'UE en matière de santé. "Nous devons créer une Union européenne de la santé plus forte", a-t-elle dit. Elle a proposé, entre autres, la création d'une agence européenne de recherche et de développement biomédicaux et des stocks stratégiques.

Une relance "verte" et numérique

"Nous pouvons nous attendre à une reprise de notre économie après une baisse de 12% du PIB au deuxième trimestre, mais l’incertitude persiste en Europe et dans le monde", a-t-elle dit.

"Je reconnais que passer de 40% à 55%, c’est peut-être trop pour certains et pas assez pour d’autres, mais notre économie peut y arriver."
Ursula von der Leyen
Présidente de la Commission européenne

Le plan de relance "NextGeneration EU", de 750 milliards d'euros, appuiera la reprise. La présidente de la Commission a plaidé pour accroître l'orientation "verte" des investissements en portant l'effort de réduction des émissions de gaz à effet de serre à -55% d'ici 2030."Passer de 40% à 55%, c’est peut-être trop pour certains et pas assez pour d’autres, mais notre économie peut y arriver".

Elle a proposé de doper les investissements "verts", pour développer de nouvelles technologies, comme l'utilisation de l'hydrogène pour produire de l'acier. À cet effet, "37% du plan Next Generation EU sera dépensé pour assurer les objectifs du Pacte vert", a-t-elle promis. Le plan de relance sera aussi financé à 30% par des obligations vertes.

20%
Parmi les propositions présentées, il y a celle d'affecter 20% du plan "NextGeneration EU" aux initiatives numériques.

Le secteur numérique sera l'autre levier de la reprise. La Commission propose d'affecter 20% du plan de relance aux initiatives numériques.

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"Notre leadership, ce n’est pas 'Europe First', nous avons choisi la solidarité."
Ursula von der Leyen
Présidente de la Commission européenne

Un vaccin pour tout le monde

L'Europe a rassemblé "plus de 40 pays pour lever 16 milliards d’euros afin de financer la recherche pour des vaccins et des traitements pour le monde entier", a-t-elle rappelé, fustigeant le "nationalisme des vaccins"."Notre leadership, ce n’est pas 'Europe First', nous avons choisi la solidarité, a-t-elle affirmé.

Hommage au peuple biélorusse

Ursula von der Leyen a plaidé pour un renforcement du multilatéralisme, une nouvelle relation avec les États-Unis, une grande vigilance envers la Chine. Elle a rappelé la solidarité de l'UE envers la Grèce et Chypre face à la Turquie. Concernant le Brexit, elle a estimé que "chaque jour qui passe voit les chances d’un accord flétrir".

"Le peuple biélorusse doit être libre de décider de son avenir seul."
Ursula von der Leyen
Présidente de la Commission européenne

La présidente a rendu un hommage aux manifestants en Biélorussie. "L’UE est aux côtés du peuple de Biélorussie. Nous avons tous et toutes été émus par l’immense courage dont ont fait preuve ces personnes rassemblées à Minsk, la réaction brutale du gouvernement biélorusse est une honte."

Elle a proposé aux États européens d'abandonner la règle d'unanimité lorsqu'il est question de prendre des décisions concernant les droits de l'homme et des sanctions, citant le cas de la Biélorussie.

Ursula von der Leyen a invité les Vingt-sept a faire preuve d'unité sur le front de la migration, déplorant "l'incendie du camp de migrants de Moria". Elle a annoncé qu'elle souhaite "abolir le règlement de Dublin" dans le cadre de la proposition sur la réforme des règles sur la migration prévue le 23 septembre.

La présidente de la Commission s'est érigée contre les discriminations, annonçant "un plan d'action" contre le racisme et les "crimes de haine, qu'ils se fondent sur la race, la religion, le genre ou la sexualité".

"Où est l’essence de l’humanité lorsque des carnavals antisémites sont présentés en pleine rue?"
Ursula von der Leyen
Présidente de la Commission européenne

Dans la foulée, elle s'est attaquée aux dérives du carnaval d'Alost."Où est l’essence de l’humanité lorsque des carnavals antisémites sont présentés en pleine rue?", a-t-elle regretté.

Le programme, ambitieux, a été ovationné. Reste à voir si les gouvernements européens, marqués par des divisions et des préoccupations nationales, auront la volonté de l'entériner.

"Une grande femme d'Etat pour l'Europe"

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a eu droit à une ovation des eurodéputés lors de son discours sur "l’état de l’Union". "L’Europe a fait de considérables progrès ces derniers mois", a salué Dacian Ciolos, le président du groupe libéral (RE), "mais la crise est toujours là", a-t-il averti. L’eurodéputée socialiste belge Kathleen Van Brempt (S&D) a félicité la présidente. "Elle s'est présentée comme une grande femme d'État pour l'Europe", a-t-elle dit.

"Cela a été une année remplie de défis, mais vous l’avez bien gérée", a renchéri le chef des démocrates-chrétiens (PPE), Manfred Weber. Il a invité l’UE a faire preuve de courage dans les matières internationales, en particulier face à la Chine, à la Russie et sur les sanctions contre le régime biélorusse. "Un vrai patriote n’est jamais la marionnette de Poutine", a-t-il dit. Pour Philippe Lamberts, coprésident des Verts, le relèvement des objectifs climatiques est une bonne chose, mais il a demandé d'aller plus loin encore, en insistant pour "une révision fondamentale de la politique agricole commune et de la politique commerciale".

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