L'affaire Benalla n'a pas été gonflée sur Twitter

©REUTERS

Rien ne prouve que l’affaire Benalla aurait été artificiellement amplifiée sur Twitter, contrairement aux conclusions préliminaires d’une étude de l’EU Disinfo Lab, relayées par L’Echo et une partie de la presse française.

L’affaire Benalla a-t-elle été enflée sur les réseaux sociaux par "gonflage numérique"? C’est ce que nous rapportions le 1er août, en relayant les conclusions préliminaires d’une analyse de l’EU Disinfo Lab, l’ASBL de lutte contre la désinformation en ligne fondée par le chercheur de l’Université catholique de Louvain (UCL) Nicolas Vanderbiest.

En attendant la publication de l’analyse complète, Alexandre Alaphilippe, directeur exécutif d’EU Disinfo Lab, nous en dévoilait les grandes lignes: l’affaire Benalla aurait généré sur Twitter 4 millions de tweets en trois semaines – quatre fois plus que le mouvement #Metoo et #Balancetonporc –; 1% des comptes avait produit près de la moitié de cette activité; et un quart de cette minorité active présentait "des concordances avec un écosystème proche de la Russie". D’où cette suspicion de "gonflage numérique" dont Alexandre Alaphilippe disait toujours chercher à déterminer la nature.

L’étude complète de l’EU Disinfo Lab, publiée mercredi, ne parle pas de "gonflage numérique."

Cette conclusion préliminaire a trouvé une large diffusion via les médias français, jusqu’à être reprise par des responsables de la majorité présidentielle, notamment le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, qui a appelé à ce que "toute la transparence soit faite sur la diffusion de ce type de messages".

Mais l’idée qu’un gonflage artificiel ait amplifié l’affaire Benalla sur le réseau a rapidement été remise en cause par des journalistes spécialisés et d’autres experts en communication numérique. "Nous avons cherché, par des moyens informatiques, à trouver des "canevas" communs: heures de publication, liens entre les divers comptes, etc. Rien ne nous a semblé pouvoir prouver une "collusion" entre les comptes, qui certes produisent frénétiquement des tweets, mais se suivent essentiellement entre eux et par affinités politiques", écrivent ainsi les journalistes du Monde Léa Sanchez et Samuel Laurent. L’analyste Damien Liccia, utilisant une autre méthodologie, conclut également que l’affaire Benalla n’a pas été amplifiée de manière significative par des comptes artificiels.

Finalement, l’étude complète de l’EU Disinfo Lab, publiée mercredi ne parle pas de "gonflage numérique". L’hypothèse qu’une organisation, étrangère ou non, ait pu artificiellement accentuer l’activité de la twittosphère n’est donc pas démontrée. Reste le constat de "l’hyperactivisme" d’une minorité de comptes qui, jusqu’à preuve du contraire, n’est pas forcément anormal dans le contexte d’une affaire qui touche au cœur du fonctionnement de l’État et en fragilise le Président.


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