Cri d'alarme sur la banquise

©Mohssen Assanimoghaddam/dpa

Le brise-glace Polarstern est rentré au port ce lundi à Bremmerhaven, dans le nord de l’Allemagne. La plus grosse expédition scientifique de tous les temps ramène 150 térabytes de données, qui doivent permettre de mieux comprendre le fonctionnement du climat sur la Terre.

La plus grande expédition scientifique jamais menée au pôle Nord a regagné son port d’attache en Allemagne, entourée d’une nuée de bateaux et avec un cri d’alarme sur la fonte des glaces, provoquée par le réchauffement climatique.

Pour les scientifiques de l’expédition internationale Mosaic (pour Multidisciplinary drifting observatory for the study of Arctic climate), qui viennent de se relayer à bord pendant 389 jours, le travail ne fait que commencer. Au cours des deux prochaines années, ils devront analyser  les 150 térabytes de données collectés au cours de leur expédition.

Parti le 20 septembre 2019 de Tromso en Norvège, le Polarstern s’est laissé prendre dans les glaces pour ensuite dériver au centre d’une banquise de d’abord 2,5 km sur 3,5 km autour du Pôle Nord. Pendant plus d’un an, 300 chercheurs de quelque 20 pays se sont relayés à bord du brise-glace et des six navires et brise-glace logistiques qui l’accompagnaient. Véritable station de mesure flottant par jusqu’à moins 42,3 degrés et dans le noir complet pendant l’hiver, la glace à la dérive est devenue une sorte de petite ville dédiée à la recherche, avec ses câbles électriques et ses pistes pour motoneiges. Jusqu’au "crac" assourdissant de fin juillet, qui a marqué la fin de l’expérience, lorsque la banquise s’est brisée en mille morceaux. "Nous avons vu comment la mer de glace de l’Arctique meurt à petit feu, explique le physicien et climatologue Markus Rex, le chef de l’expédition. En hiver, nous avons eu quelques degrés de plus que ce qui était normal dans le passé. Et en été, la glace était poreuse, fine et cassante avec des surfaces d’eau liquide à perte de vue, jusqu’à la ligne d’horizon. Si ça continue à ce rythme, on n’aura bientôt plus de glace en été dans la région."

"L’arctique, c’est un peu comme si vous trouviez une montre mécanique et que vous essayiez de comprendre comment elle fonctionne."
Markus Rex
Chef de l'expédition

Le Polarstern aura au final franchi 3.400 km en 10 mois. L’expédition, d’un budget de 140 millions d’euros, organisée par l’institut Alfred-Wegener de Bremmerhaven en coopération avec quelque 80 instituts de recherche, avait pour but de suivre au jour le jour une centaine de paramètres - concernant l’atmosphère, la qualité de la glace, l’océan, l’écosystème et la biogéochimie -, de 400 mètres sous la mer à 35.000 mètres d’altitude, à l’aide de ballons, de robots sous-marins, de rayons laser, de drones, de capteurs électromagnétiques et de satellites. "L’arctique, c’est un peu comme si vous trouviez une montre mécanique, et que vous essayiez de comprendre comment elle fonctionne, explique Markus Rex. Les pièces que vous trouvez quand vous la démontez n’ont rien de surprenant. Mais toute la question est de comprendre comment tous ces mécanismes fonctionnent ensemble."

Les chercheurs espèrent maintenant pouvoir procéder à de premières publications scientifiques d’ici un ou deux ans. "L’objectif est de mettre au point des modèles de prédiction du climat pour déterminer à quoi ressembleront les vagues de canicule, les pluies diluviennes ou les tempêtes dans 20, 50 ou 100 ans. "Pour établir des modèles climatiques, nous avons besoin d’observations in situ", explique Radiance Calmer, qui a séjourné à bord du Polarstern entre juin et septembre. L’expédition a bien failli tourner court, à cause de l’épidémie de Covid-19, qui a un temps empêché la rotation des équipes à bord, tous les deux mois, comme prévu.

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