La Commission secoue le cocotier belge

Réforme du marché du travail, baisse des dépenses publiques: l’équipe Barroso porte le fer là où cela fait mal.

Couper dans les dépenses publiques, réformer les marchés du travail, restructurer le secteur financier: la Commission européenne a publié mardi une liste de recommandations assez décapantes pour chaque pays de l'UE dans le cadre de la nouvelle procédure du " semestre européen ". C'est la première fois que l’exécutif européen se livre à cet exercice, mis en place en même temps que d’autres mesures pour tenter de coordonner davantage les politiques économiques et budgétaires nationales.

Ces recommandations font suite à la présentation le mois dernier, par chaque gouvernement, d’un programme national de réforme (PNR), qui contient des engagements précis pour le prochain budget. Elles devront encore être entérinées par les dirigeants de l’UE lors de leur prochain sommet, puis par les 27 ministres des Finances (Ecofin) et de l'Emploi (Epsco).

En Belgique, les recommandations de la Commission européenne ont suscité une avalanche de réactions

Les documents mis sur la table par l’équipe Barroso sont particulièrement précis et développés. La crise de la dette est passée par là : plus question de se contenter de vagues objectifs économiques sans connaître le volume de fonds mobilisable. " Je sais très bien qu'il faudra faire des choix difficiles pour atteindre ces objectifs. Mais si nous faisons cet effort, collectivement et sérieusement, nous pourrons tourner le dos à la crise", a fait valoir à strasbourg le président de la Commission, José Manuel Barroso. Ces recommandations ne sont assorties d'aucune sanction. Mais si un Etat membre n’en tient pas compte, " nous espérons que le Conseil des ministres aura une discussion profonde et que la pression des pairs s'exercera ", a souligné le commissaire aux Affaires économiques, Olli Rehn.

Les six recommandations adressées à la Belgique portent sur les finances publiques, le secteur bancaire, le marché du travail et la concurrence dans plusieurs secteurs. Au niveau national, elles ont suscité une avalanche de réactions, car elles concernent directement des dossiers très sensibles, comme l’indexation automatique des salaires, ou sujets à polémique, comme l’introduction d’ allocations de chômage dégressives dans le temps. A noter que l’évaluation de la Commission n’est pas que négative.

Si nous faisons cet effort, collectivement et sérieusement, nous pourrons tourner le dos à la crise.

Barroso

Le Premier ministre Yves Leterme a ainsi estimé qu’il s’agissait d’ " une analyse assez bonne de l'état de l'économie". Globalement, le chef du gouvernement s’est dit favorable à une réforme de l'indexation des salaires, mais s’est montré plus réservé quant aux efforts budgétaires demandés.

Dans les chancelleries politiques, le document de la Commission a été bien accueilli par l'Open Vld, la N-VA et le CD&V. "Qui ferme encore les yeux sur la nécessité de procéder à des réformes socio-économiques fondamentales commettra une négligence coupable", a affirmé le président de l'Open Vld, Alexander De Croo, qui a jugé que les recommandations correspondaient à la ligne défendue par les libéraux flamands. Le chef de groupe de la N-VA à la Chambre, Jan Jambon, a pour sa part souligné que d'autres institutions internationales avaient déjà adressé des recommandations similaires à la Belgique. " Il est grand temps que ces avis soient maintenant suivis ", a-t-il noté. " Nous devons prendre ces recommandations très au sérieux. Elles contiennent des points très importants ", a fait valoir de son côté à Strasbourg l’eurodéputée CD&V Marianne Thyssen.

En revanche, sa collègue Véronique De Keyser, Vice Présidente du Groupe Socialiste au Parlement européen a rejeté des recommandations " inacceptables et suicidaires ", " inspirées par une droite conservatrice européenne ". Du côté du cdH, le ton est moins tranché, mais certains points, comme la révision de l’âge légal de la retraite et ou le libellé sur l’indexation des salaires ont aussi été jugé " inacceptables ".

Ce que l'Europe reproche à la Belgique

1. Un marché du travail trop rigide

Entre 2005 et 2010, les salaires belges ont grimpé plus vite que dans les pays voisins. La compétitivité des entreprises belges est en berne, juge la Commission. Pire: notre handicap salarial va encore se creuser en 2011 et 2012. En cause: l’inflation élevée se répercute directement sur les salaires, via l’indexation.

2. Un budget pas assez structurel

La Commission demande à la Belgique d’accentuer ses efforts budgétaires structurels. Traduisez: il ne suffit pas de profiter de la bonne conjoncture. De quoi accentuer la pression sur le formateur Elio Di Rupo et les partis appelés à négocier un programme socio-économique.

3. Une concurrence insuffisante

Les prix sont plus élevés en Belgique que dans les autres pays membres, constate la Commission, en particulier dans deux secteurs: la distribution et l’énergie. Dans la distribution, la Commission pointe les barrières à l’entrée et les restrictions opérationnelles trop fortes, qui empêchent l’installation de nouveaux arrivants et l’expansion de nouveaux business models.

4. Des banques toujours fragiles

"Un des défis importants de la Belgique est de s’assurer un secteur financier stable, fonctionnant bien et capable de répondre aux besoins financiers d’une économie réelle". Plus de deux ans après le sauvetage public de nos institutions financières, la Commission européenne ne semble donc toujours pas convaincue du résultat et exige davantage de capital et moins de risques pour nos banques.

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