La Croatie, 28e membre de l'Union européenne

Fonds structurels, marché unique et rêve de croissance: la Croatie a faim. Le 28e membre de l’Union européenne espère beaucoup de son adhésion. Les fonds structurels devront être bien dépensés pour endiguer une récession latente. Pour le bilatéral entre la Belgique et la Croatie, tout reste à faire.

"Napokon!" — finalement!- doivent se dire les Croates. Cela fait 10 ans que le pays a lancé le processus d’adhésion à l’Union Européenne. Dès le 1er juillet, le drapeau aux 12 étoiles flottera dans un 28e pays. Un élargissement négocié de longue haleine et somme toute modeste pour l’Europe alors que la Croatie ne compte que 4,4 millions d’habitants. Une goutte d’eau parmi les 508 millions de citoyens européens mais une réelle opportunité à saisir pour ce pays où le PIB par habitant n’est que de 61% par rapport à la moyenne du continent.

Pour la Croatie, l’adhésion change les règles du jeu. Fini les douanes, la bureaucratie et les paiements qui vont avec, le marché commun lui ouvre grand les bras. Ses bas salaires devraient lui permettre d’attirer des entreprises étrangères, espère le pays. Mais elle devra travailler dur pour améliorer ses exportations et son attractivité. Parmi les principaux partenaires du pays à l’heure actuelle, trois se détachent avec, dans l’ordre: l’Italie, la Slovénie et l’Allemagne. Le pays veut capitaliser sur le fait que la moitié de la population parle l’anglais et un tiers l’allemand. Force est de constater que, mis à part quelques initiatives comme l’implantation de Galapagos ou les activités de BMT dans le pays (voir ci-dessous), le bilatéral entre la Belgique et la Croatie en est à ses balbutiements. En effet, avec 229,6 millions d’euros d’exportation de marchandises, la Croatie n’était que le 75e client de la Belgique en 2012. Au niveau des importations, le nouvel adhérent européen est le 92e fournisseur de la Belgique, avec 76,8 millions d’euros, laissant une balance commerciale positive pour la Belgique à hauteur de 152,8 millions d’euros.

Risque commercial élevé?

"Les secteurs public et privé étant engagés dans des stratégies de réduction de leur haut niveau d’endettement, le retour de la croissance ne peut émaner de l’économie intérieure. Par ailleurs, les exportations de ce petit pays s’avèrent insuffisantes pour doper l’activité, d’autant plus qu’elles sont destinées à près de 50% à la zone euro en crise. Les revenus du tourisme représentent environ un tiers des exportations de biens et services, soit 15% du PIB, mais leur potentiel de développement reste limité, même si des travaux de rénovation de l’infrastructure hôtelière sont en cours. Ensuite, l’industrie manque de compétitivité en raison de niveaux salariaux qui demeurent supérieurs à la moyenne dans les pays comparables et sont élevés par rapport à la productivité", analyse-t-on en détail à L’Office national du ducroire (ONDD), l’assureur-crédit public belge. Au "Ducroire", on classe le pays dans la catégorie C, risque élevé, pour le commerce. "La Croatie est engluée dans une récession qui dure depuis 2009. Le secteur privé (entreprises et ménages) est en cours de désendettement, les autorités publiques tentent de contenir la croissance de leur dette et les exportations sont incapables de prendre le relais, freinées par la crise qui touche la zone euro voisine ainsi que par des faiblesses structurelles. Il subsiste de nombreuses incertitudes quant au timing de la reprise. Pour ces raisons, et avec de surcroît une corruption qui demeure très présente, le risque commercial est important", ajoute-t-on au Ducroire.

Fonds structurels

Les représentants croates sont bien conscients de leurs problèmes structurels. "On a perdu entre 10 et 12% de notre PIB en 4 ans. Pour cette année, notre gouvernement prévoit 0,7% de croissance. Le FMI prévoit par contre une contraction de 0,2% et la Commission de 1%", explique Dragica Martinovic, directrice en Belgique de la Chambre croate du Commerce. Mais ils comptent sur leurs réformes et sur les opportunités de l’adhésion pour renouer avec la croissance

En trame de fond, une constante: les fonds structurels qui arriveront massivement dans le pays. 655 millions d’euros seront disponibles rien que pour 2012. Ensuite, 1,2 milliard par an. La question sera de savoir si la Croatie sera en mesure de dépenser ces fonds pour lesquels des dossiers très précis sont demandés par les institutions européennes avec pour finalité que chaque euro dépensé amène une valeur ajoutée au continent dans son ensemble. "La période de négociation pour la Croatie a été un peu plus longue. Ce qui laisse espérer que la préparation de la Croatie pour avoir la capacité administrative nécessaire pour bien dépenser les fonds soit bonne et qu’il n’y ait pas des problèmes comme dans d’autres pays qui ont eu accès à l’UE durant les deux derniers élargissements", nous explique Jader Cané, chef d’unité à la DG emploi de la Commission européenne.

Préparer la main-d’œuvre pour qu’elle soit adéquate pour les investisseurs étrangers est l’un des grands chantiers des organismes de promotion d’investissement dans le pays. "Il faut stimuler l’investissement et profiter des fonds européens pour éliminer les barrières, améliorer le climat des affaires et identifier les segments clés propices à l’investissement étranger", explique Zdenko Lucić, le directeur de l’Agence croate pour les investissements et la compétitivité. Il représente bien cette Croatie qui a faim de développement et qui espère y arriver grâce à son adhésion. Place à l’optimisme donc pour ce 1er juillet alors que ce vendredi, les dirigeants européens ont applaudi comme un seul homme l’entrée de la Croatie dans le club européen.

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