La France se lance dans les quotas migratoires

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Paris annonce la création de quotas annuels de migrants souhaités par secteur de l’économie. Parallèlement, le gouvernement français présente des mesures pour durcir la lutte contre la migration clandestine et décourager le tourisme médical.

Le gouvernement français a présenté mercredi un paquet de mesures pour une immigration "maîtrisée". Il faut que "lorsque nous disons 'oui' ce soit vraiment 'oui', et lorsque nous disons 'non' ce soit vraiment 'non'", a dit le Premier ministre Édouard Philippe pour résumer l’intention.

Les deux annonces qui sortent du lot de vingt mesures communiquées – dont une grande partie avaient déjà été annoncées, et dont certaines sont déjà en vigueur – sont une politique de quotas et des restrictions d’accès à la protection médicale pour les nouveaux arrivants et les déboutés.

"[Il faut que] lorsque nous disons 'oui' ce soit vraiment 'oui' et lorsque nous disons 'non' ce soit vraiment 'non'."
Édouard Philippe
Premier ministre français

L’immigration "choisie" à la sauce Emmanuel Macron fait écho à celle portée en son temps par Nicolas Sarkozy. Alors ministre de l’Intérieur, le futur président avait défendu des quotas par nationalité puis par métier – idées finalement abandonnées. Les quotas professionnels qu’Édouard Philippe entend établir chaque année doivent mettre en évidence les carences du marché de l’emploi dans les secteurs en demande et faciliter la venue de non-Européens en France pour les combler.

La mesure ne fait pas l’unanimité au sein de la majorité – la ministre de la Justice Nicole Belloubet a émis des réserves sur ces quotas, estimant qu’à l’étranger, cela n’avait "pas marché" et que cela ne pouvait "pas être la seule réponse", a rapporté l’Agence France-Presse. À l’Assemblée nationale, plusieurs députés de La République en Marche ne voteront pas certaines des mesures présentées, a assuré l’un d’entre eux, Jean-François Cesarini.

À côté des quotas que Paris présente comme un signal d’ouverture envoyé à l’étranger, Paris veut aussi attirer 500.000 étudiants étrangers d’ici sept ans, pour "accentuer [le] rayonnement international [de la France]", selon Édouard Philippe.

La France va aussi réduire l’accès à l’aide médicale dont peuvent bénéficier les nouveaux arrivants: ils devront prouver qu’ils résident depuis trois mois au moins en France pour obtenir une assistance médicale. Une mesure qui vise en particulier à combattre les abus du tourisme médical et qui ne devrait pas empêcher la prise en charge pour "soins urgents" des demandeurs.

En cas de rejet d’une demande d’asile ou après l’expiration d’un titre de séjour, la couverture maladie dont pourront encore bénéficier les personnes rejetées tombera par ailleurs de un an à six mois.

Une séquence politique

Dans un communiqué, dix associations dont Médecins sans frontières et Médecins du monde ont dénoncé une mise en danger de la santé des étrangers "pour servir une politique migratoire". C’est une des nombreuses critiques que le plan a suscité tous azimuts. De manière plus générale, d’aucuns estiment qu’il n’aura pas d’impact significatif sur la situation – l’extrême droite le qualifiant d’escroquerie et la droite conservatrice parlant "d’affichage". Parmi les réactions de la presse, Le Monde estime dans un éditorial que les mesures présentées "ne modifieront que très marginalement les réalités". Et déplore l’utilisation par les exécutifs successifs de la thématique de l’immigration comme une "diversion" aux vraies inquiétudes des Français, qui portent selon un récent sondage avant tout sur le pouvoir d’achat, la santé, la sécurité sociale ou l’environnement.

Ce plan s’inscrit dans une séquence qui voit le gouvernement français occuper le terrain sur les thématiques traditionnellement chères à la droite conservatrice et à l’extrême droite – Emmanuel Macron a notamment marqué les esprits la semaine dernière en se livrant longuement sur ces sujets à l’hebdomadaire ultra-conservateur "Valeurs Actuelles".

Dimanche, un sondage paraissait déjà sur la prochaine présidentielle, qui donnait Macron et Le Pen au coude-à-coude au premier tour et prédisait un net renforcement de la cheffe de file de l’extrême droite au second. Le président français joue à plein la carte de ce possible duel en attaquant sa rivale sur son terrain de prédilection.

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