analyse

La quête d'une large majorité pour Ursula von der Leyen

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Avec l’élection du président du Parlement européen David Sassoli s’est immiscée l’ombre d’un doute: Ursula von der Leyen va-t-elle rassembler une large majorité des eurodéputés sur son nom? Si la candidate allemande pour la présidence de la Commission européenne ne parvient pas à réunir davantage de voix que Sassoli, elle ne sera pas élue.

La ministre allemande de la Défense est en campagne. Forte de sa désignation par le Conseil européen mardi, Ursula von der Leyen est virtuellement le successeur de Jean-Claude Juncker, qu’elle a rencontré jeudi matin au Berlaymont. Mais elle doit encore être formellement élue par le Parlement. Cette nomination semble acquise, dès lors qu’elle est le résultat d’un accord ente familles politiques. Mais l’ombre d’un doute plane tout de même. 

Nombre de députés sont insatisfaits par un paquet de postes décidé malgré eux. Au sein de sa propre famille politique, Ursula von der Leyen doit répondre à la frustration de ceux qui, jusqu’au bout, on défendu la candidature de son compatriote Manfred Weber. Ce dernier avait été désigné tête de liste pour les élections européennes et on l'avait présenté à l’électeur comme seul candidat légitime chez les chrétiens-démocrates pour diriger le Berlaymont.

Majorité absolue

Ursula von der Leyen doit réunir une majorité absolue à Strasbourg, lors d'un vote le 16 juillet. Il lui faudra donc au moins 376 voix. Scrutin confortable si l’on s’en tient à l’arithmétique: les trois familles politiques qui ont porté l’accord sur les hauts postes au Conseil européen – chrétiens-démocrates (PPE), socialistes (S&D) et libéraux (RE) – réunissent dans l’hémicycle 444 sièges.

J'ai l'intention de beaucoup écouter de façon à être en mesure, dans les quinze prochains jours, de développer un dialogue avec le Conseil et le Parlement, une vision pour les cinq prochaines années pour l'Europe.
Ursula von der Leyen
Candidate pour la présidence de la Commission

Le problème, c’est qu’il reste à mesurer à quel point les députés européens, élus directs, soutiennent l’accord passé par les chefs d’État et de gouvernement. Le paquet des grands postes impliquait une nomination sociale-démocrate pour le poste de président de l’hémicycle. C’est bien ce qu’il s’est passé: mercredi, le socialiste italien David Sassoli a été élu président de l'assemblée. Mais son élection, qui ne nécessitait qu’une majorité des votes exprimés, ne s’est faite qu’à 345 voix. La ministre de la Défense allemande en a donc besoin d’au moins 31 de plus.

Tournée de promotion

Dès mercredi, Ursula von der Leyen était au Parlement, à Strasbourg, pour une tournée des groupes politiques. "J'ai l'intention de beaucoup écouter de façon à être en mesure dans les quinze prochains jours de développer un dialogue avec le Conseil et le Parlement, une vision pour les cinq prochaines années pour l'Europe", a-t-elle déclaré à la presse. Jeudi, c’est le président du Conseil européen, Donald Tusk, qui se présentait à l’hémicycle pour défendre l’accord et soutenir sa candidate. "L'Europe ne parle pas seulement des femmes, elle choisit aussi des femmes", a lancé aux députés celui à qui Charles Michel succédera en décembre, avant d'ajouter espérer que ce choix "inspirera le Parlement européen dans sa décision".

La présence des Verts dans les organes de décision de l'UE bénéficierait à l'Europe dans son ensemble.
Donald Tusk
Président du Conseil européen

Pour lui répondre, certains ont laissé parler leur frustration. "Vous avez ouvert un conflit politique très grave entre le Conseil et le Parlement", lui a lancé au nom du groupe PPE l’Espagnol Esteban Gonzalez Pons, tout en assurant le président du Conseil que son groupe prendrait ses responsabilités en votant pour von der Leyen. La chef du groupe socialiste Iratxe García Pérez a aussi laissé entendre qu’elle défendait l’accord, tout en déplorant que le candidat tête de liste socialiste Frans Timmermans ait été écarté en raison de son combat pour l’État de droit.

Donald Tusk courtise les Verts

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Espérant sans doute former une assise plus large pour la candidate de la Commission, Donald Tusk a par ailleurs copieusement passé la pommade au groupe des Verts (74 sièges), mis hors-jeu par les tractations du Conseil où il n’est pas représenté. La présence des écologistes dans les organes de décision de l’Union "bénéficierait non seulement à la coalition mais à l'Europe dans son ensemble", a-t-il lancé, invitant de surcroît "tous [ses] partenaires à impliquer les Verts dans les nominations, même s'il n'y a pas encore de leader pour ce parti".

Un appel du pied reçu avec scepticisme par le coprésident belge du groupe, Philippe Lamberts: "Je crois vos mots sincères, mais je dois constater que [cette volonté] ne semble pas uniformément partagée", a-t-il déploré. Les Verts pourraient-ils obtenir en échange de leur soutien des postes en vue dans la prochaine Commission, voire un demi-mandat à la tête du Parlement? Réponse sous quinzaine.

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