Le mécanisme européen de stabilité déclenche une crise politique en Italie

Le premier ministre italien Giuseppe Conte recoit Kyriakos Mitsotakis, le premier ministre grec à Rome. ©Photo News

Accusé de "haute trahison", le Premier ministre Giuseppe Conte a dû défendre la position de son gouvernement face au Parlement. La coalition gouvernementale est déchirée entre sa traditionnelle allégeance vis-à-vis de l’Union européenne et une âme populiste, antisystème et souverainiste.

Bruxelles est à nouveau au cœur de la politique intérieure italienne. Le Premier ministre Giuseppe Conte, fortement fragilisé, a été contraint, ce lundi après-midi, de fournir au Parlement des explications sur la révision du Mécanisme européen de stabilité (MES) et sur le rôle du gouvernement italien dans ce processus.

La réforme du MES, négociée fin 2018 et qui devrait être définie mercredi prochain au cours d’une réunion de l’Eurogroupe, a, en effet, provoqué un véritable déchirement politique dans la péninsule et pourrait remettre en question la solidité, déjà aléatoire, du gouvernement jaune-rouge et la crédibilité de son premier représentant. Accusé d’avoir négocié "en cachette" cette réforme avec Bruxelles, en "trahissant la souveraineté nationale" et sans l’indispensable approbation du Parlement, Conte a défendu sa position avec fermeté.

"Le MES vole l’argent des pauvres pour le donner aux riches".
Matteo Salvini

"Ce traité européen n’a pas encore été signé. Les partis de l’opposition ont donc formulé des accusations infamantes contre moi! De plus, le MES ne favorise pas un pays par rapport aux autres. Il n’est autre qu’une assurance contre le danger de panique financière au sein de l’Union européenne", a-t-il expliqué devant les députés, avant qu’un débat enflammé n’agite le Sénat.

Un discours se voulant clair et rassurant face aux affirmations alarmistes de la Ligue de Matteo Salvini qui, encore une fois, a sciemment mis le feu aux poudres.

Équation simpliste

Vigoureusement épaulé par Giorgia Meloni, leader du parti de la droite radicale, Frères d’Italie, Salvini a entretenu ces derniers jours une équation simpliste qui a mis en ébullition l’opinion publique: "Le MES vole l’argent des pauvres pour le donner aux riches".

"Le MES a besoin de beaucoup d’améliorations."
Luigi Di Maio
Ministre italien des Affaires étrangères

Dans une vidéo postée sur Facebook, le secrétaire de la Ligue, a déclaré qu’en raison du Fond de résolution unique, associé au MES et créé pour protéger les institutions bancaires européennes en détresse, "l’épargne des Italiens sera utilisée pour sauver les banques allemandes". "Pourquoi nos retraités devraient-ils mettre en péril leurs économies parce que la Deutsche Bank a des problèmes?!" a-t-il asséné.

Une rhétorique exceptionnellement efficace auprès d’un électorat de plus en plus tenté par l’euroscepticisme, voire l’europhobie et qui a été, paradoxalement, adoptée aussi par le Mouvement 5 étoiles (M5S), l’un des deux partis formant l’actuelle coalition gouvernementale. Le leader du M5S et ministre des Affaires étrangères, Luigi Di Maio, a en effet déclaré, en désavouant le chef du gouvernement, "le MES a besoin de beaucoup d’améliorations. L’Italie ne peut le ratifier aveuglément…"

Report de la validation en vue

La coalition gouvernementale italienne apparaît ainsi, encore une fois, déchirée entre sa traditionnelle allégeance vis-à-vis de l’Union européenne et une âme populiste, anti-système et viscéralement souverainiste"Rien ne sera décidé avant le vote du Parlement du 10 décembre prochain", a ajouté Luigi Di Maio.

Et, face à une telle fronde et à de si fortes incertitudes, les partenaires européens de Rome semblent déjà résignés au report de la validation de l’accord.

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