Le ministre de l'Intérieur allemand met le feu au gouvernement Merkel

Le ministre de l’Intérieur, le conservateur bavarois Horst Seehofer (CSU) demande le renvoi aux frontières des réfugiés enregistrés dans un autre pays. ©REUTERS

Le viol et le meurtre d'une Allemande de 14 ans par un réfugié irakien suscitent une telle indignation publique qu'une scission politique se profile au sein de l'exécutif. La CSU envisage même de rompre l'alliance avec la CDU de Merkel.

C’est à l’origine un triste fait divers, mais qui prend un tour toujours plus politique.

Le 22 mai disparaît une jeune fille de 14 ans, retrouvée morte deux semaines plus tard. La victime aurait été violée et assassinée par un réfugié irakien de 20 ans, qui a précipitamment fait ses valises avec ses parents et cinq frères et sœurs, direction Erbil dans la partie kurde de l’Irak. Deux jours plus tard, l’Irakien est de retour en Allemagne, à bord d’un avion Lufthansa, à l’issue d’une rocambolesque procédure d’expulsion négociée avec le gouvernement autonome du Kurdistan irakien, provoquant la colère de Bagdad.

Ce énième cas de viol suivi du meurtre d’une jeune Allemande par un réfugié dont la demande d’asile avait été rejetée en décembre 2016 (mais toujours présent en Allemagne parce qu’une procédure d’appel est en cours) révolte l’opinion.

Depuis, pas un jour sans manifestations anti-réfugiés dans le Palatinat, la région où a eu lieu le drame, à l’ouest de l’Allemagne. La plupart sont orchestrées par le parti d’extrême droite AfD qui vient de faire une entrée fracassante au Bundestag. La pression a monté d’un cran sur la majorité d’Angela Merkel, qui semble au bord de l’implosion.

Deux camps se font face au sein du camp conservateur.

→ D’un côté, le ministre de l’Intérieur, le conservateur bavarois Horst Seehofer (CSU) demande le renvoi aux frontières des réfugiés enregistrés dans un autre pays, et la construction de centres fermés où les personnes devront attendre pendant toute la procédure d’examen de leur dossier. Mercredi, il posait à Berlin aux côtés du chancelier autrichien Sebastian Kurz, favorable lui à l’installation de tels camps en dehors de l’Union européenne.

→ De l’autre, Angela Merkel milite pour une solution européenne aux questions migratoires et refuse les reconduites aux frontières (qui en bout de chaîne accroîtraient les problèmes rencontrés par l’Italie et la Grèce) et veut conserver la procédure d’appel en vigueur, qui permet aux demandeurs d’asile déboutés par l’Office des migrations de se tourner vers la justice. Dans 40% des cas, ils obtiennent raison face aux tribunaux.

Selon le magazine "der Spiegel", les députés conservateurs allemands seraient en majorité favorables à la ligne Seehofer.

Face à ces tensions, la chancelière allemande cherchait jeudi à trouver un compromis avec ses alliés bavarois de l'Union chrétienne-sociale (CSU). Objectif: éviter toute confrontation.

Signe des divisions actuelles, les parlementaires de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de Merkel et ceux de la CSU, formation de Seehofer, se sont réunis séparément jeudi pour débattre des questions migratoires. Dans la foulée, un média annonçait que la CSU envisageait rompre l'alliance avec la CDU.

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