Le nombre de demandes d'asile en Europe a baissé de 44%

Un groupe de nouveaux arrivants tue le temps au parc Maximilien, devant l'office des étrangers, à Bruxelles. ©EPA

Les demandeurs d’asile sont toujours moins nombreux en Europe, même si la "pression migratoire" sur les frontières reste plus importante qu’avant la crise de 2015.

Les demandes d’asile au sein de l’Union européenne ont connu une chute spectaculaire l’an dernier et la tendance se poursuivait au cours des premiers mois de 2018. Selon le Bureau européen d'appui en matière d'asile (mieux connu sous son acronyme anglais Easo), 728.470 demandes de protection internationale ont été introduites l’an dernier au sein de l'UE+, c'est-à-dire l'Union européenne, la Norvège, la Suisse, le Liechtenstein et l'Islande. C’est une baisse spectaculaire de 44%, par rapport à l'année précédente, et le déclin observé l'an dernier se confirme aussi pour les quatre premiers mois de cette année. Le chiffre reste cependant "supérieur à avant la crise des réfugiés" de 2015, note le bureau dans son rapport annuel, présenté lundi.

Les deux tiers des demandeurs étaient masculins, près d'un tiers des demandeurs étaient mineurs, tandis que la moitié avait entre 18 et 35 ans. Le principal pays d'origine des demandeurs d'asile restait la Syrie (15%, ils étaient encore 26% en 2016), suivi par l'Irak (7%) et l'Afghanistan (7%). Viennent ensuite, dans l'ordre, le Nigéria, le Pakistan, l'Érythrée, l'Albanie, le Bangladesh, la Guinée et l'Iran.

"Une juste répartition des migrants via une réponse européenne coordonnée, humaine et partagée par tous les pays européens - pas justes ceux de la Méditerranée - est la seule solution qui sauve des vies, défend le droit et préserve l'unité européenne"
Eugenio Ambrosi
Office international des migrations

On retiendra encore qu’en 2017, pour la première fois depuis plusieurs années, l'arriéré de cas en attente - près d'un million - a été réduit par rapport à l'année précédente (-16%). Près de la moitié de ces dossiers non tranchés concernaient l’Allemagne. Le nombre de décisions rendues dans l’Union a baissé de 13% (à 996.684) par rapport à l'année précédente. Par contre, le nombre de décisions négatives a augmenté. Le taux de reconnaissance est tombé à 46% (une baisse de 14% sur un an). Une évolution que l'Easo explique par la manière dont les décisions se sont réparties: plus de décisions pour les demandeurs originaires de pays à faible taux de reconnaissance (Afghanistan, Iran, Nigéria) mais moins de décisions concernant au contraire les personnes issues de pays comme la Syrie ou l'Érythrée, pour lesquels les demandes sont plus souvent acceptées.

Chute des passages

À côté de ces démarches administratives, la "pression migratoire" est restée forte, indique le rapport. Elle a diminué pour la deuxième année consécutive, essentiellement sur les "routes" de la Méditerranée orientale et centrale. Cette dernière - via l'Italie et Malte - n’en reste pas moins la plus empruntée. Le Bureau a par contre constaté une recrudescence sans précédent des arrivées par la route de Méditerranée occidentale (vers la péninsule Ibérique). L'an dernier, 204.719 franchissements illégaux de frontière ont été détectés aux limites de l'Union - contre un demi-million l'année précédente. Selon les derniers chiffres de Frontex, l'Agence européenne des gardes-frontières, le nombre de franchissements irréguliers de frontière est tombé le mois dernier à moitié moins qu'un an auparavant (12.100).

La publication de ce rapport intervient alors que la "crise migratoire" est devenue un enjeu politique majeur dans plusieurs États, au point de se muer en crise existentielle pour l'Union européenne, qui ne parvient pas à s’accorder sur une politique migratoire commune assortie de solidarité vis-à-vis des États membres les plus exposés aux arrivées de demandeurs. "Une juste répartition des migrants via une réponse européenne coordonnée, humaine et partagée par tous les pays européens - pas juste ceux de la Méditerranée - est la seule solution qui sauve des vies, défend le droit et préserve l'unité européenne", a estimé lundi Eugenio Ambrosi, le Directeur pour l'UE de l'Office international des migrations.

Les tensions se sont exacerbées avec la décision du ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini (extrême droite) de refuser de laisser accoster l'Aquarius dans son pays, comme l'aurait voulu le droit de la mer. Le navire, qui avait porté secours à 629 migrants, a été accueilli dimanche à Valence, grâce à une décision ponctuelle du gouvernement espagnol, soulignant l’impuissance de l’Union européenne à agir collectivement et dans le cadre du droit.

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