Le précédent de l'Italie en 1992

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La taxe sur les dépôts bancaires en discussion à Chypre a eu un précédent en 1992 en Italie. Les marchés avaient été pris de court.

La taxe sur les dépôts bancaires en discussion à Chypre a eu un précédent en 1992 en Italie sous le gouvernement de Giuliano Amato, lui aussi confronté à une situation économique très difficile, ainsi qu'en Norvège en 1936, quoique pour des raisons bien différentes.

Le prélèvement, décidé par M. Amato en juillet 1992 et avec un effet rétroactif de deux jours, portait sur 6/1000 des dépôts bancaires des Italiens, rappelle Marco Giorgino, professeur de finance à l'institut MIP Politecnico de Milan, interrogé par l'AFP. Un montant par conséquent bien inférieur à celui qui pourrait à présent être exigé à Chypre (6,75% sur les dépôts bancaires en deçà de 100.000 euros et 9,9% au-delà de ce seuil, ainsi qu'une retenue à la source sur les intérêts de ces dépôts).

La manoeuvre de M. Amato, très rapide et qui avait pris les marchés de court, visait à rétablir les comptes publics très déficitaires du pays. Elle avait permis de lever 30.000 milliards de lires.

"L'Italie était au bord du gouffre, il n'y avait pas tant de solutions. Agir sur les impôts, sur le patrimoine ou l'immobilier aurait pris trop de temps: agir sur des comptes courants déjà liquides a été la solution", explique M. Giorgino.

A l'époque, la population avait eu "une réaction de surprise, pour certains négative, mais avec aussi la conscience que c'était nécessaire", rappelle-t-il. "Cela en a peut-être fait enrager certains, mais il n'y avait pas tant d'alternatives".

Quoiqu'il en soit, plus de 20 ans après, cet épisode "n'a pas été oublié", souligne-t-il, notant que le pic de la crise de la dette en Italie fin 2011 s'est traduit par un exode de capitaux vers l'étranger par crainte notamment de voir la ponction se répéter.

En 1936, la Norvège avait pour sa part imposé sans préavis une taxe sur les intérêts des dépôts bancaires, quoique dans des circonstances bien différentes.

Il s'agissait pour le gouvernement de mettre davantage à contribution les revenus du capital qui, selon lui, échappaient trop largement à l'impôt. Cette taxe élevée (25% sur les intérêts) devait être acquittée par les banques qui l'avaient largement répercutée sur les déposants.

Elle avait provoqué une controverse et conduit à une baisse momentanée des dépôts, selon Einar Lie, professeur d'histoire de l'économie à l'université d'Oslo. L'actuel président de la banque centrale américaine (Fed) Ben Bernanke, spécialiste de la crise des années 1930, relève que la taxe norvégienne avait été abrogée dès l'automne 1936.

En 2008, au moment de demander elle aussi un plan de sauvetage au Fonds monétaire international (FMI), l'Islande avait provoqué la colère de certains de ses déposants. Ce pays qui, comme Chypre, avait un secteur financier démesuré par rapport à son économie réelle, avait décidé de laisser ses banques faire faillite et de ne pas indemniser les clients étrangers (principalement britanniques et néerlandais) d'une d'entre elles, Icesave, qui avaient vu leurs économies disparaître.

 

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